Chroniqueur Ras Bath condamné à dix ans de prison dont trois avec sursis : un tribunal de Bamako a tranché lundi. L’influenceuse Rokia Doumbia, dite « Rose, la vie chère », écope de la même peine. Les deux voix critiques de la junte comparaissaient pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».
Chroniqueur Ras Bath condamné : le tribunal de Bamako a tranché
Un tribunal de Bamako a prononcé lundi de lourdes peines contre deux voix critiques de la junte. Ras Bath et Rokia Doumbia écopent chacun de dix ans de prison, dont trois avec sursis.
Les juges les ont reconnus coupables d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État ». Ces qualifications découlent d’une émission animée par Ras Bath en 2023.
Cette émission traitait de la hausse des prix et des difficultés économiques des Maliens. Elle a suffi à ouvrir une procédure criminelle contre le chroniqueur et son invitée.
Les deux accusés étaient déjà privés de liberté depuis plusieurs années. Leur procès s’est ouvert alors qu’ils comptaient parmi les critiques les plus audibles de la junte.
Deux figures très suivies dans le box
Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, a 53 ans. Il anime des émissions de radio et de télévision et compte parmi les figures connues de la société civile malienne.
Rokia Doumbia, 48 ans, comparaissait à ses côtés. Cette influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux milite contre la cherté de la vie sous le nom de « Rose, la vie chère ».
Son combat contre le coût de la vie lui a valu ce surnom. Ses prises de parole en ligne visaient le quotidien économique des Maliens.
Le chroniqueur est aussi le fils de l’ancien ministre Mohamed Aly Bathily. Il porte la parole du Collectif pour la défense de la République (CDR).
Le tribunal veut prouver une « association »
Pendant les audiences, le tribunal a cherché à démontrer un lien organisé entre les deux accusés. Ras Bath avait invité « Rose, la vie chère » à deux reprises dans de précédentes émissions.
Les juges ont produit des échanges WhatsApp entre les prévenus. Cette pièce devait étayer la thèse de l’association de malfaiteurs.
Les avocats de Ras Bath ont nié ces accusations. La défense conteste toute entente organisée entre son client et l’influenceuse.
Le parquet a retenu deux qualifications lourdes. Ces chefs d’accusation ont conduit le dossier devant la chambre criminelle de la Cour d’appel.
Un procès ouvert le 10 août à Bamako
Le procès s’est ouvert le 10 août devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako. L’apparition de l’accusé a marqué l’opinion malienne.
Sa maigreur, ses traits tirés et son visage fermé ont choqué de nombreux Maliens. Le chroniqueur est détenu depuis mars 2023.
Le verdict est tombé lundi, une semaine après l’ouverture des débats. Les juges ont prononcé la même peine contre les deux prévenus.
Chroniqueur Ras Bath condamné : un parcours judiciaire chargé
Ras Bath doit sa notoriété à ses émissions « Cartes sur table » et « Le Grand dossier ». La jeunesse malienne le suit massivement.
Il y donne une voix aux marginalisés de la société. Il y dénonce aussi les problèmes sociaux et politiques qui affectent les Maliens.
Sa formule « Choquer pour éduquer » résume ce discours direct. Cette méthode lui a valu une forte audience, mais aussi plusieurs démêlés judiciaires.
Les autorités l’arrêtent une première fois en août 2016 pour « incitation à la désobéissance des troupes ». Ses partisans se mobilisent et il sort de détention deux jours plus tard.
En juillet 2017, la justice le condamne en son absence à douze mois de prison ferme. Il se trouve alors à l’étranger et ne purge pas cette peine.
Le chroniqueur rejoint en 2020 le mouvement de contestation du M5-RFP contre le président Ibrahim Boubacar Keïta. En décembre de la même année, une nouvelle arrestation le vise dans une affaire de présumé complot contre le gouvernement de transition.
La procédure tombe faute de preuves. Il retrouve la liberté en avril 2021.
La justice malienne le vise ainsi à intervalles réguliers depuis 2016. Une autre affaire le ramène en prison en mars 2023. Il avait affirmé que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été « assassiné ».
Le Mali sous contrôle militaire depuis 2020
Deux coups d’État successifs, en 2020 et 2021, ont porté les militaires au pouvoir. La junte dirige le pays depuis cette séquence.
Ces militaires ont imposé de sévères restrictions aux libertés. Ils réduisent au silence l’opposition et les voix dissidentes.
Leurs méthodes associent mesures coercitives, mises en cause judiciaires et dissolution des partis politiques. Le général Assimi Goïta conduit cette transition.
La junte avait promis de remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024. Elle n’a pas tenu cet engagement.
Reporters sans frontières place le Mali au 121e rang sur 180 pays. Ce chiffre figure dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de l’ONG.
« Ras Bath et Rose souffrent le martyre »
Souleymane Camara préside le Réseau des Défenseurs des Droits Humains du Mali. Il a réagi lundi auprès de l’AFP après l’annonce de ces lourdes condamnations.
« Ras Bath et Rose souffrent le martyre… De telles choses ne se seraient pas passées si nous étions en démocratie, car ils ne faisaient que leur travail », a-t-il déclaré.
Le défenseur des droits humains a martelé un second message. « Ce ne sont pas les poursuites judiciaires ou les menaces de poursuites qui empêcheront les citoyens d’exprimer leur ras-le-bol ! »
Il met aussi en cause l’institution judiciaire. « La justice malienne a cessé de jouer son rôle de garant de la Constitution et des droits des citoyens depuis qu’elle a avalisé les différents coups d’État », a-t-il ajouté.
Le ministère public a défendu la ligne inverse. « Ras Bath est un danger pour la transition », a déclaré le procureur pendant le procès, selon deux avocats interrogés par l’AFP sous couvert d’anonymat.
Le magistrat a précisé sa demande devant le tribunal. « Il faut le tenir loin des réseaux sociaux, de la radio », a-t-il poursuivi.
Chroniqueur Ras Bath condamné : la défense saisit la Cour suprême
Me Ladji Traoré a réagi immédiatement au verdict. L’avocat a annoncé un pourvoi devant la Cour suprême.
« Nous n’acceptons pas cette décision », a-t-il martelé. Cette annonce ouvre un nouveau round judiciaire pour le chroniqueur et l’influenceuse.
Sur les dix ans prononcés, trois restent assortis du sursis. Les deux condamnés demeurent en détention après plusieurs années derrière les barreaux.
Le verdict frappe deux voix qui portaient la critique économique et sociale au Mali. Souleymane Camara affirme pourtant que les poursuites n’arrêteront pas l’expression du mécontentement.
Le pourvoi annoncé par Me Ladji Traoré fixe désormais la prochaine étape. La Cour suprême devra examiner cette décision de la chambre criminelle.
Source : Agence France-Presse












