pixel

Me Sandra Sonna : « Les questions de fiscalité et de prévoyance sociale ne doivent plus faire peur »

Date:

Pages jaunes
Trans Afrique

Jeune camerounaise passionnée, Me Sandra Sonna s’emploie à rendre la fiscalité accessible à tous. Par une approche simple et concrète, elle s’impose comme une voix montante de la vulgarisation et accompagne contribuables et entrepreneurs dans un univers souvent perçu comme complexe.

Qui est Sandra Sonna au-delà des textes fiscaux ?

Au-delà des textes fiscaux, je suis avant tout une jeune camerounaise, quelqu’un qui travaille sur la compréhension et l’appropriation de la matière fiscale par les contribuables. La fiscalité est souvent perçue comme un domaine technique, rigide, parfois même intimidant. Pourtant, derrière cette technicité, il y a des réalités humaines très concrètes : des entrepreneurs qui prennent des décisions, des travailleurs qui cherchent à sécuriser leur avenir, des familles qui essaient de mieux gérer leurs ressources.

Je ne me limite donc pas à une lecture purement juridique des textes. Je m’inscris dans une démarche qui consiste à créer un pont entre la norme fiscale et son application dans la vie réelle. Mon rôle, tel que je le conçois, est d’aider à rendre cette matière compréhensible, exploitable et surtout utile.

Ce qui me définit, c’est aussi cette volonté de proximité. Je m’intéresse à la manière dont les contribuables vivent la fiscalité, aux difficultés qu’ils rencontrent, aux incompréhensions qu’ils expriment. Parce qu’au fond, le véritable enjeu n’est pas seulement de connaître la règle, mais de la comprendre suffisamment pour pouvoir l’appliquer sereinement. Et c’est précisément dans cette logique que je m’inscris.

Qu’est-ce qui vous a orientée vers la fiscalité et la prévoyance sociale, des domaines souvent perçus comme complexes ?

Avant de répondre à cette question, je souhaite préciser ici que je n’exerce pas dans la prévoyance sociale mais plutôt dans la fiscalité, ce qui rend mes connaissances dans la prévoyance sociale limitées. Ceci étant dit, mon orientation vers la fiscalité et la prévoyance sociale repose sur une prise de conscience progressive de leur impact réel sur les trajectoires individuelles et économiques.

Ce sont des domaines qui structurent profondément la vie des contribuables, mais qui restent paradoxalement mal compris par une grande partie de la population. La fiscalité, par exemple, influence directement la rentabilité d’une activité, la gestion des revenus, ou encore les choix d’investissement. La prévoyance sociale, quant à elle, conditionne la sécurité à long terme, notamment en matière de retraite ou de protection contre certains risques.

Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est le décalage entre l’importance de ces enjeux et le niveau d’information dont disposent les principaux concernés. Beaucoup évoluent dans un environnement où les décisions sont prises sans réelle visibilité, parfois sur la base d’informations incomplètes.

J’ai donc choisi de m’orienter vers ces domaines avec l’idée de ne pas seulement en maîtriser les aspects techniques, mais aussi de contribuer à leur compréhension. Parce qu’à mon sens, une discipline aussi structurante ne devrait pas rester inaccessible.

Y a-t-il eu un déclic dans votre parcours qui vous a poussée à vulgariser ces sujets ?

L’idée de vulgariser la fiscalité sur les réseaux sociaux est née d’une situation très concrète, presque banale, mais profondément révélatrice.

Un jour, alors que je rendais visite à ma mère, qui est commerçante, une dame s’est présentée comme étant en mission de contrôle. Très rapidement, elle a commencé à tenir un discours flou, intimidant, avec pour objectif implicite d’obtenir de l’argent. J’ai vu ma mère paniquer, alors même qu’elle était en règle sur le plan fiscal. C’est à ce moment précis que j’ai pris la parole. En utilisant un langage technique et en posant des questions précises, j’ai immédiatement constaté un changement d’attitude chez cette personne, qui a fini par se retirer. Cette scène a été un déclic.

J’ai compris que, dans notre contexte, beaucoup de contribuables ne sont pas en difficulté parce qu’ils refusent de payer l’impôt, mais parce qu’ils ne comprennent pas le système fiscal. Et cette méconnaissance ouvre la porte à des abus, à des pratiques d’intimidation, voire à des dérives. C’est donc de là qu’est née ma démarche : utiliser les réseaux sociaux pour rendre la fiscalité accessible, compréhensible et surtout utile. Mon objectif n’est pas seulement d’expliquer les textes, mais de permettre aux citoyens de se défendre, de se conformer correctement à la loi, et d’éviter de payer ce qu’ils ne doivent pas. Parce qu’au fond, une fiscalité bien comprise, c’est aussi une forme de protection.

Vous dites que « la fiscalité ne doit plus être un sujet de peur ». Pourquoi fait-elle encore si peur aujourd’hui, notamment au Cameroun ?

Pour répondre à cette question, je pourrais m’appuyer sur une réflexion de Simone de Beauvoir qui disait : « Le premier fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir. »

Cette citation illustre en partie la réalité que nous observons. Le premier blocage, selon moi, réside effectivement dans un manque d’appropriation de l’information par certains contribuables. Aujourd’hui, l’information existe, mais tout le monde ne fait pas l’effort d’aller la chercher, de la comprendre ou de s’y intéresser réellement. Il y a encore une certaine distance, voire une forme de résignation, face aux questions fiscales. Cela dit, il serait réducteur de s’arrêter à cet aspect.

Un second blocage majeur concerne le déficit de communication institutionnelle. Les textes fiscaux, bien qu’existants et accessibles, restent souvent techniques, peu vulgarisés et difficilement exploitables pour le contribuable moyen. L’État ne met pas toujours suffisamment l’accent sur la pédagogie, l’explication concrète et l’accompagnement.

À cela s’ajoute un troisième élément : la complexité perçue du système fiscal. Pour beaucoup, la fiscalité est associée à quelque chose de rigide, opaque, voire intimidant. Cette perception freine naturellement l’envie de comprendre et d’interagir avec le système. Au final, ces blocages créent un cercle vicieux : le contribuable ne comprend pas, donc il subit ; et parce qu’il subit, il développe une méfiance vis-à-vis de l’impôt. C’est précisément pour briser ce cercle que la vulgarisation fiscale est aujourd’hui essentielle.

Selon vous, quelle est l’erreur la plus fréquente que commettent les contribuables camerounais ?

L’erreur la plus fréquente réside dans l’absence de démarche proactive. Beaucoup de contribuables abordent la fiscalité uniquement lorsqu’elle devient une obligation immédiate ou une source de problème. Cette approche tardive limite considérablement les marges de manœuvre et expose à des risques évitables.

On observe également une forte dépendance à des informations informelles entre autres conseils approximatifs, pratiques non vérifiées, habitudes transmises sans fondement juridique. Cela crée un environnement propice aux erreurs, parfois répétées sur plusieurs années. Une autre difficulté concerne le manque de suivi. Les obligations sont parfois exécutées sans contrôle réel : déclarations non vérifiées, cotisations mal comprises, documents non conservés.

Enfin, il existe une confusion entre optimisation et contournement. Certains cherchent à réduire leur charge fiscale sans maîtriser les règles, ce qui peut les exposer à des sanctions. Dans la majorité des cas, ces erreurs ne traduisent pas une volonté de fraude, mais un déficit de compréhension et de structuration.

Calcul des pensions retraites : la dénonciation d’un cadre de la Cnps

Beaucoup de travailleurs ignorent encore leurs droits à la CNPS. Comment expliquez-vous ce déficit d’information ?

Ce déficit d’information s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, il existe un problème d’accessibilité de l’information. Les dispositifs sont en place, mais les informations ne sont pas toujours diffusées dans un langage adapté ou à travers des canaux réellement accessibles à tous.

D’autre part, il y a un manque de sensibilisation continue. Les travailleurs ne sont pas systématiquement accompagnés dans la compréhension de leurs droits et obligations, ce qui entraîne une connaissance partielle du système.

Il faut également prendre en compte un facteur culturel : la prévoyance sociale est souvent perçue comme un sujet lointain, qui ne devient prioritaire qu’à un stade avancé de la vie professionnelle.

Enfin, il y a une responsabilité individuelle. Beaucoup de travailleurs ne suivent pas activement leur situation, ne vérifient pas leurs cotisations, et ne cherchent pas à comprendre les mécanismes. Au final, ce déficit résulte d’un manque d’interaction entre l’information disponible et son appropriation réelle.

Quels conseils pratiques donneriez-vous à un jeune salarié ou entrepreneur pour mieux préparer sa retraite dès aujourd’hui ?

Le premier conseil serait de considérer la retraite comme un processus, et non comme un événement. La préparation doit commencer dès les premiers revenus. Cela implique d’abord de comprendre son régime de prévoyance : comment les cotisations sont calculées, quels sont les droits associés, et quelles sont les conditions d’accès aux prestations.

Ensuite, il est essentiel de suivre sa situation de manière régulière. Vérifier ses cotisations, s’assurer de la conformité des déclarations, conserver ses justificatifs. Mais il est tout aussi important de ne pas dépendre d’un seul mécanisme. La CNPS constitue une base, mais elle doit être complétée par une stratégie personnelle : épargne, investissements, diversification des sources de revenus.

Enfin, la régularité est un élément clé. La construction d’une sécurité financière repose davantage sur des efforts constants que sur des actions ponctuelles.

Entre perception et réalité, que faut-il vraiment savoir sur la CNPS au Cameroun ?

Il est important d’adopter une approche nuancée. La CNPS est un mécanisme de protection sociale qui joue un rôle fondamental, mais qui est souvent mal compris. Beaucoup de critiques proviennent d’un manque d’information sur son fonctionnement réel.

Pour en tirer pleinement bénéfice, il est indispensable de comprendre les règles : conditions d’affiliation, modalités de calcul des prestations, obligations des employeurs, procédures. Il est également essentiel d’adopter une posture active. Être affilié ne suffit pas. Il faut suivre sa situation, vérifier ses droits, et s’assurer que les informations sont correctes. En réalité, la CNPS ne doit pas être perçue comme un dispositif isolé, mais comme un élément d’un ensemble plus large de protection sociale. Mais, il faut également le dire, les camerounais sont paresseux.

Vous êtes de plus en plus suivie sur les réseaux sociaux. Comment vivez-vous cette montée en visibilité ?

Je la considère avant tout comme une responsabilité. Dans un domaine comme la fiscalité, la parole engage. Une information mal interprétée ou approximative peut avoir des conséquences concrètes pour les personnes qui la reçoivent.

Cette visibilité m’oblige donc à maintenir un niveau d’exigence élevé, tant sur le fond que sur la forme. Il ne s’agit pas seulement d’être accessible, mais aussi d’être rigoureuse et pertinente. Je reste également attentive à ne pas céder à la facilité de la simplification excessive. L’enjeu est de trouver un équilibre entre accessibilité et précision.

Au final, la visibilité n’est pas une finalité en soi. Elle n’a de sens que si elle permet de produire un impact réel.

Avez-vous une anecdote marquante d’une personne que vous avez aidée grâce à votre contenu ?

J’ai eu l’occasion de recevoir plusieurs témoignages qui traduisent un impact concret. Par exemple, une personne m’a confié qu’elle associait systématiquement la fiscalité à quelque chose de stressant, presque anxiogène. Le simple fait d’entendre ce mot lui provoquait un rejet. Aujourd’hui, grâce aux contenus qu’elle suit régulièrement, elle explique avoir développé une compréhension plus sereine et accessible de ses obligations.

Un autre témoignage m’a particulièrement marquée : un entrepreneur a commenté l’une de mes publications en affirmant que celle-ci lui avait permis d’éviter une erreur importante, allant jusqu’à dire que cela avait « sauvé son activité ». Ce type de retour illustre très bien l’impact concret que peut avoir une information fiscale claire et bien expliquée.

Au-delà de ces exemples, ce que j’observe de manière générale, c’est un changement progressif dans la manière dont les entrepreneurs abordent la fiscalité. Ils passent d’une logique de peur ou de contrainte à une logique de compréhension et d’anticipation. Et pour moi, c’est là que réside le véritable impact : permettre aux acteurs économiques de prendre de meilleures décisions, en toute connaissance de cause.

Direction générale des impôts : des agents dans l’étau de la corruption en France

Quel impact souhaitez-vous laisser à long terme à travers votre travail ?

Je souhaite contribuer à installer une culture de la compréhension fiscale. Aujourd’hui, beaucoup de décisions sont prises dans l’incertitude. Si mon travail peut permettre de réduire cette incertitude, alors il a du sens. À long terme, j’aimerais voir des contribuables plus autonomes, capables de comprendre leurs obligations, de dialoguer avec l’administration et de prendre des décisions éclairées.

L’objectif n’est pas seulement d’informer, mais de transformer la manière dont ces sujets sont perçus et abordés.

Si vous aviez un message à adresser à la jeunesse camerounaise, quel serait-il ?

Je dirais simplement ceci : ne négligez pas les sujets que vous ne comprenez pas encore. La fiscalité, la gestion, la prévoyance sont souvent perçues comme secondaires, alors qu’elles structurent profondément votre avenir. Prenez le temps de vous informer, de poser des questions, de chercher à comprendre les mécanismes qui encadrent votre activité parce qu’au final, ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement ce que vous gagnez, mais ce que vous comprenez et maîtrisez.

- Pub -
Pages jaunes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager :

spot_imgspot_img

Populaires

Dans la même catégorie
Associé

PK 5 – Douala : Des vidéos X pour les 10 et 11 ans

Deux adolescents ont fait l’actualité au quartier PK 5,...

Dr. Gaston Effa : « La femme drépanocytaire peut accoucher »

Dr Gaston Effa est hématologue en service à l’Hôpital Laquintine...

Yaoundé : La Gendarmerie met la main sur 36 motos volées

La Gendarmerie du Mfoundi a frappé un grand coup...

Quartier Kotto : Elle a 65 ans, lui en a 25

Au quartier Kotto Immeubles à Douala 5ᵉ, le climat...