La diaspora camerounaise se met en première ligne des réclamations liées au respect des droits de l’homme au Cameroun. Notamment la libération des détenus politiques arrêtés fin 2025 dans le cadre des manifestations post-électorales. Elle a saisi la justice belge à cette fin au début de juillet dernier.
Le 6 novembre 2025, Paul Biya avait prêté serment pour son huitième mandat à la tête du Cameroun. Quelques semaines plus tôt, il était proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 12 octobre par la Cour constitutionnelle. Au détriment d’Issa Tchiroma Bakary, crédité de seulement 35 % des suffrages exprimés en sa faveur, d’après la Cour.
Des dirigeants camerounais au banc des accusés
Dix mois après ces échéances, le climat sociopolitique au Cameroun n’est pas apaisé. Des centaines de Camerounais, pour la plupart des jeunes, croupissent toujours derrière les barreaux. Ils avaient été interpellés dans le contexte des manifestations ayant suivi la proclamation de la victoire contestée du président sortant.
Une situation qui préoccupe aussi bien les organisations de défense des droits de l’homme que les Camerounais de la diaspora. En effet, début juillet 2026, ces compatriotes ont saisi la justice belge contre certains membres du gouvernement camerounais.
Les accusés sont de hauts responsables supposés avoir joué un rôle de premier plan dans la transmission des ordres pendant les manifestations. Notamment ceux d’entre eux qui ont donné l’ordre d’ouvrir le feu sur des manifestants. Des généraux d’armée sont visés.
Tout comme des ministres, dont celui de l’Administration territoriale et son homologue de la Défense. Sans compter le secrétaire général de la présidence de la République.
Le Cameroun et la convention de Genève
Le dépôt de la plainte avait été précédé par une marche le long des artères de Bruxelles, la capitale de la Belgique. Les manifestants avaient parcouru près de dix kilomètres à pied.
La diaspora camerounaise de Belgique associe donc désormais sa voix au plaidoyer des Ong locales et internationales. Lors de sa manifestation à Bruxelles, elle a exigé la libération de toutes les personnes interpellées. Des présumés contestataires aujourd’hui qualifiés de détenus politiques.
Bibou Nissak et Alain Fogue sont emprisonnés depuis la présidentielle de 2018 et les contestations qui ont suivi. Djeukam Tchameni les y a rejoints à l’issue de la présidentielle du 12 octobre 2025. Dans la foulée des contestations. Et, plus récemment, Jacques Bertrand Mang, un ancien allié de Cabral Libii du Pcrn a été jeté à la prison de New-Bell.
Les manifestants de Bruxelles brandissaient les portraits de ces détenus politiques. Pour les compatriotes de la diaspora, leur détention vise à museler toute voix discordante. Le plaidoyer de la diaspora concerne également les détenus de la crise anglophone, qui rentre bientôt dans sa septième année.
Libertés publiques, mal gouvernance
« Depuis 2018, il y a des prisonniers qui sont embastillés dans les prisons de Kondengui et de New-Bell », scandait un manifestant. Les activistes de Bruxelles rappellent que le Cameroun a signé la convention de Genève. Et que les autorités de leur pays se doivent de respecter les libertés publiques.
La mobilisation visait à sensibiliser l’opinion publique européenne sur la situation des droits de l’homme au Cameroun. Il était question notamment de « dénoncer la malgouvernance au Cameroun, le changement de Constitution ».
« Ce n’est pas normal que nous, parce qu’on dénonce, nous sommes persona non grata au Cameroun. Ce n’est pas normal. Vraiment on exige que le Cameroun soit aussi un peu comme la Belgique, que tout le monde soit tranquille et en paix », scandait un participant à la marche.
Les manifestants ont marché sur près de dix kilomètres jusqu’au palais de justice. Où ils ont déposé une plainte contre des autorités de leur pays.












