Raul Castro inculpé de meurtre d’Américains tués en 1996 — la justice des États-Unis a frappé mercredi l’ancien chef d’État cubain d’un acte d’accusation pour complot en vue d’assassiner des ressortissants américains. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui. Washington intensifie ainsi sa pression sur La Havane, déjà soumise à un blocus pétrolier total depuis janvier.
La justice américaine vise directement Raul Castro inculpé meurtre
Raul Castro, 94 ans, est le frère du défunt Fidel Castro. Il incarne depuis plus de soixante ans le pouvoir communiste cubain. En 1996, au moment des faits reprochés, il occupait le poste de ministre de la Défense.
La justice américaine l’accuse, avec d’autres personnes, d’avoir organisé le meurtre de citoyens américains. L’acte d’accusation porte sur un complot en vue d’assassiner des ressortissants des États-Unis. Les faits remontent au 24 février 1996.
Ce jour-là, deux avions civils ont été abattus par l’armée cubaine au-dessus du détroit de Floride. Les pilotes appartenaient à l’association anticastriste « Brothers to the Rescue » (« Les Frères à la rescousse »). Quatre personnes ont péri dans ces attaques.
L’affaire des avions de 1996, point d’origine de l’inculpation
L’incident du 24 février 1996 avait déclenché une crise diplomatique grave entre Washington et La Havane. Les deux avions civils avaient décollé de Floride pour mener des missions de surveillance au-dessus du détroit.
Les membres des « Brothers to the Rescue » effectuaient régulièrement ces vols. Leur objectif était de repérer des migrants cubains en mer et d’alerter les garde-côtes américains sur leur position.
Cuba avait envoyé des chasseurs militaires pour intercepter les deux appareils. L’armée cubaine les avait ensuite abattus, tuant les quatre membres d’équipage à bord.
Le gouvernement cubain a toujours défendu cet acte comme une réponse légitime à une violation de son espace aérien. Cette position a été réaffirmée mercredi dans un communiqué officiel de La Havane. Selon ce texte, les tirs constituaient un acte d' »auto-défense légitime ». L’acte d’accusation américain ne détaille pas publiquement les preuves retenues à charge.
Raul Castro inculpé de meurtre : Cuba face à une pression sans précédent
L’annonce s’inscrit dans une stratégie américaine de pression maximale sur l’île caribéenne, située à quelque 145 kilomètres des côtes de Floride.
Depuis janvier, Washington a imposé un blocus pétrolier total à Cuba. Cet embargo énergétique s’ajoute à l’embargo économique général en vigueur depuis 1962. L’île traverse une grave crise économique, aggravée par des coupures d’électricité quotidiennes qui paralysent la vie de la population.
La date de l’annonce n’est pas fortuite. Le 20 mai est le jour anniversaire de la proclamation de la République de Cuba en 1902, après l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne et la fin de l’occupation militaire américaine. Le gouvernement communiste, lui, célèbre plutôt le 1er janvier 1959, date de la Révolution castriste.
Ce choix de calendrier s’inscrit dans une logique de signal politique. Washington a déjà eu recours à un mécanisme similaire. En janvier dernier, l’administration Trump avait utilisé un acte d’accusation américain pour justifier la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié de longue date des autorités cubaines. Maduro est actuellement détenu aux États-Unis en attente de son procès.
Déclarations américaines : Trump, Blanche et Rubio
Donald Trump a qualifié l’inculpation de « très grand jour ». Le président américain a toutefois exclu toute escalade militaire immédiate. « Il n’y aura pas d’escalade. Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Cet endroit est en train de tomber en ruines », a-t-il affirmé.
Le ministre de la Justice par intérim, Todd Blanche, a tenu une conférence de presse à Miami. Il s’est dit convaincu que Raul Castro finira ses jours incarcéré aux États-Unis. « Cette inculpation n’est pas une mise en scène. Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre. Nous nous attendons à ce qu’il se présente ici de son plein gré ou d’une autre manière et qu’il soit incarcéré », a déclaré Blanche. Il a refusé de comparer le cas de Raul Castro à celui de Nicolas Maduro.
Le secrétaire d’État Marco Rubio, d’origine cubaine, a adressé mercredi un message vidéo en espagnol directement à la population de l’île. Rubio a accusé les dirigeants communistes de vol, de corruption et de répression. Il a mis en cause le conglomérat Gaesa, qui contrôlerait selon lui 70 % de l’économie cubaine avec 18 milliards de dollars d’actifs.
Rubio a formulé une proposition concrète. Il a renouvelé une offre d’aide américaine de 100 millions de dollars, qui serait distribuée via des organisations caritatives.
La réponse cubaine et les voix dissidentes à Washington
La Havane n’a pas tardé à répliquer. Le président cubain Miguel Diaz-Canel a dénoncé sur X « une manœuvre politique, sans aucun fondement juridique, qui ne cherche qu’à grossir le dossier qu’ils fabriquent pour justifier l’insensé projet d’une agression militaire contre Cuba ».
Le message de Rubio adressé directement aux Cubains va plus loin. Il évoque une « nouvelle voie » proposée par Trump, « où vous avez véritablement la possibilité de choisir qui gouverne votre pays et de voter pour le remplacer s’il ne fait pas bien son travail ». Ces mots s’apparentent à un appel explicite à la révolte populaire.
À Washington, des voix s’élèvent contre cette stratégie. Le député démocrate Gregory Meeks estime que l’inculpation « ressemble plus à un prétexte pour une escalade, peut-être même une invasion illégale de Cuba, qu’à une quête de justice ». Il plaide pour un retour à la politique de détente amorcée sous Barack Obama. En 2015, Raul Castro lui-même avait conduit ce rapprochement historique avec Washington. Donald Trump l’avait ensuite remis en cause lors de son premier mandat.
Raul Castro inculpé de meurtre : une diaspora cubaine qui attendait ce moment
À Miami, la décision de Washington a été accueillie avec soulagement par une partie de la communauté cubaine en exil. « L’inculpation ? Tous les Cubains l’attendaient », a déclaré à l’AFP Francys Fabelo, exilée cubaine de 67 ans vivant dans le quartier de la Petite Havane. « Depuis plus de 60 ans, le peuple a beaucoup souffert. »
Cette communauté, largement opposée au régime de La Havane, soutient la politique de pression maximale conduite par l’administration républicaine. Miami abrite l’une des plus importantes concentrations de Cubains en exil aux États-Unis.
Sur l’île, la situation reste critique. Les coupures de courant s’enchaînent. L’économie s’enfonce. Le blocus pétrolier total imposé par Washington depuis janvier prive Cuba de ses principales sources d’approvisionnement en énergie.
Raul Castro est désormais sous le coup d’un mandat d’arrêt américain. À 94 ans, il reste l’une des figures les plus emblématiques du communisme cubain. Todd Blanche s’attend à ce qu’il finisse ses jours derrière les barreaux américains. L’île, elle, entre dans une nouvelle phase d’incertitude, prise entre la pression extérieure de Washington et la crise intérieure qui ronge son économie.
Source : Agence France-Presse












