La commission électorale zambienne a levé vendredi la suspension du dépouillement de l’élection présidentielle en Zambie, organisée jeudi. Elle a publié dans la foulée de premiers résultats très parcellaires. Hakainde Hichilema devance Brian Mundubile dans les quatre premières circonscriptions sur 226.
Élection présidentielle en Zambie : la commission relance le dépouillement
La commission électorale zambienne a levé vendredi la suspension du dépouillement. Le pays avait voté jeudi pour désigner son président et ses députés.
« La suspension du dépouillement et de la publication des résultats est levée avec effet immédiat », a déclaré aux médias la présidente de la commission électorale, Mwangala Zaloumis. Elle avait auparavant indiqué que la « menace pesant sur le processus électoral a été neutralisée ».
Cette même institution avait interrompu le comptage à la mi-journée. Elle justifiait alors sa décision par des « violences ».
Aucun précédent n’existe dans ce pays d’Afrique australe, qui avait connu une transition démocratique pacifique en 2021. L’interruption a donc frappé un scrutin scruté de près, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières.
Des résultats très parcellaires dans quatre circonscriptions
La commission a publié vendredi les résultats de quatre circonscriptions, sur 226 au total. Ces données restent très parcellaires.
Hakainde Hichilema, président sortant et candidat à sa réélection, y rassemble 22.476 voix. Brian Mundubile en obtient 14.388.
Le candidat le mieux placé derrière eux n’atteint même pas un nombre à trois chiffres, avec 91 voix. Ces premiers décomptes confirment un duel entre les deux favoris.
Une tendance pourrait se dégager dès samedi. La commission a annoncé des « résultats importants » à cette date.
Quatorze candidats participaient à la course pour la présidence. Le corps électoral comptait 8,7 millions de personnes.
Ces quatre circonscriptions ne représentent qu’une fraction des 226 que compte le scrutin. Les électeurs y désignaient à la fois le chef de l’État et les députés.
Une victoire revendiquée avant l’interruption
Brian Mundubile avait revendiqué sa victoire vendredi, peu avant l’annonce de la suspension. L’opposant dirige une coalition de partis d’opposition.
Il affirme avoir « remporté cette élection tant au niveau présidentiel qu’en termes de majorité des sièges au Parlement », dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Ancien ministre sous Edgar Lungu, entre 2015 et 2021, il incarne le retour du camp battu en 2021.
Hakainde Hichilema a répondu sur un autre registre. Le président sortant a appelé les Zambiens à la patience.
Élection présidentielle en Zambie : un scrutin sous haute tension
La campagne a été marquée par des heurts. L’opposition a tenté de capitaliser sur le mécontentement d’une partie de la population pour revenir sur le devant de la scène.
Transparency International Zambia recense 152 incidents violents dans 46 circonscriptions. Seize d’entre eux sont survenus pendant et après le jour du scrutin.
Le groupe d’observation des Églises chrétiennes de Zambie a rapporté vendredi un autre type d’incident. Cette structure scrute le processus électoral avec une indépendance et une fiabilité reconnues.
Dans deux bureaux de vote, « des militants de l’UPND ont chassé tous les observateurs électoraux et les agents des autres partis politiques, les empêchant ainsi d’assister au dépouillement », selon ce groupe. L’accusation vise directement le camp du président sortant.
Une transition pacifique en toile de fond
La Zambie avait connu une transition démocratique pacifique en 2021. Ce précédent nourrissait la réputation démocratique du pays avant le vote de jeudi.
La commission des droits humains de Zambie avait déjà alerté à la veille de l’élection. Elle disait alors « suivre de près les arrestations et détentions visant des candidats politiques, leurs sympathisants et des journalistes ».
Un géant du cuivre à la réputation démocratique fragilisée
Cette confusion porte un coup à la réputation de démocratie stable de la Zambie. Le pays occupe le deuxième rang africain et le huitième rang mondial pour la production de cuivre.
Ce métal reste indispensable aux réseaux électriques, aux centres de données et aux véhicules électriques. Les investisseurs internationaux surveillent donc de près la stabilité politique zambienne.
Edgar Lungu, mort en 2025, avait laissé un pays en défaut de paiement souverain. Des années d’endettement massif avaient précédé cette faillite.
Hakainde Hichilema avait remporté la présidentielle en 2021, à sa sixième tentative. Il a depuis obtenu un accord historique de restructuration de la dette.
« HH » a également rétabli un programme du Fonds monétaire international. Le chef de l’État a remis l’économie sur la voie de la croissance.
Ce bilan lui vaut les éloges des bailleurs de fonds et des investisseurs internationaux. L’opposition, elle, mise sur le mécontentement d’une partie des Zambiens.
Pékin garde par ailleurs une place particulière à Lusaka. La Chine a multiplié les investissements dans le secteur minier de ce pays historiquement proche d’elle.
Réactions : la commission recadre tous les candidats
Mwangala Zaloumis a réagi à la revendication de victoire de l’opposant. Elle a exhorté tous les candidats à « s’abstenir de se proclamer vainqueurs de ces élections ».
Brian Mundubile avait de son côté attaqué la suspension du comptage. Il accusait cette décision de « créer un vide dangereux à un moment où l’intégrité du scrutin nécessite la plus grande protection ».
Hakainde Hichilema a demandé aux 8,7 millions d’électeurs de rester « sereins, patients et patriotes en attendant les résultats officiels communiqués par les instances chargées de la gestion du scrutin ». Un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux a porté ce message.
Le Parti unifié pour le développement national (UPND), sa formation, a durci le ton. « Seule la commission (électorale) est habilitée à annoncer les résultats de cette élection », a averti le parti présidentiel.
Transparency International Zambia s’est dite vendredi « très préoccupée par l’escalade de la violence politique à travers le pays ». Son directeur général Maurice Nyambe a jugé que la « mesure trop radicale » de suspension totale du dépouillement risquait d’« engendrer davantage d’incertitude ».
Élection présidentielle en Zambie : la suite attendue avant le 17 août
Le calendrier reste serré. Les résultats définitifs de la présidentielle devaient être annoncés d’ici au 17 août.
Un deuxième tour doit départager les deux premiers candidats si aucun n’obtient plus de 50% des suffrages exprimés. Cette hypothèse reste ouverte à ce stade du dépouillement.
Une victoire dès le premier tour exigerait donc plus de la moitié des suffrages exprimés. Les quatre circonscriptions déjà publiées ne permettent aucune projection nationale.
Samedi constitue donc la prochaine étape décisive. La commission a promis des « résultats importants » pour cette journée.
Les 226 circonscriptions livreront ensuite l’image complète du vote présidentiel et parlementaire. Chaque nouveau lot de chiffres pèsera sur le climat politique.
La commission électorale joue aussi sa propre crédibilité. Sa décision d’interrompre le comptage a nourri les critiques de l’opposition et de la société civile.
Hakainde Hichilema défend un bilan économique salué à l’international. Brian Mundubile revendique déjà une double victoire, présidentielle et parlementaire.
Les prochaines heures trancheront entre ces deux récits. Le pays attend désormais des chiffres officiels sur l’ensemble du territoire.
Source : Agence France-Presse












