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Centrafrique : le revirement de la milice AAKG désavoue Bangui

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La stratégie de Bangui vole en éclats dans le sud-est centrafricain. Formée par le pouvoir et entraînée par le groupe Wagner. La milice AAKG est désormais en conflit ouvert avec ses anciens alliés. Un revirement brutal qui anéantit les espoirs du gouvernement de reconquérir cette région reculée.

Le Haut-Mbomou, dans le sud-est de ce pays enclavé d’Afrique centrale, avait retrouvé un calme relatif après des années de violences.

Ces violences ont été attribuées aux groupes armés issus de la Séléka, à une ancienne alliance rebelle à dominante musulmane qui avait renversé le président François Bozizé en 2013, et à l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement rebelle né en Ouganda.

Ce retour progressif de la sécurité reposait en partie sur une alliance de circonstance entre les Forces armées centrafricaines (FACA), leurs alliés paramilitaires russes, s’élevant à quelque 1.700 combattants dans le pays, et une milice locale créée au sein de la communauté zandé, majoritaire dans la région : Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG).

Aujourd’hui, cette même milice est devenue l’un des principaux facteurs d’instabilité dans la région. Les hommes qui combattaient hier aux côtés des FACA et de Wagner les affrontent désormais, tout en tenant en otage depuis plus de sept mois quatre fonctionnaires.

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La stratégie de reconquête

Cette rupture illustre les limites de la stratégie de Bangui consistant à s’appuyer sur des groupes d’autodéfense locaux pour étendre son contrôle sur les régions les plus enclavées du pays.

L’AAKG est apparue en 2023 dans cette région frontalière du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo, longtemps marquée par la présence de combattants de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), l’une des principales factions de l’ex-Séléka dirigée par Ali Darassa.

Les populations locales, majoritairement zandé, dénonçaient depuis des années les exactions commises par ces groupes armés, accusés de pillages, d’enlèvements et d’exactions contre les civils.

Pour reprendre le contrôle de cette région éloignée, Bangui a favorisé la constitution d’un groupe d’autodéfense local. Selon plusieurs sources proches du pouvoir, les premiers membres de l’AAKG ont été recrutés avec l’appui des autorités avant d’être formées par Wagner.

« Nous leur avons fourni des formations (…). Ce sont des fils du pays qui manifestaient le désir de défendre leur territoire. C’était donc normal », a expliqué à l’AFP un conseiller de président centrafricain Faustin-Archange Touadéra.

Les combattants de l’AAKG participent ensuite aux offensives menées contre l’UPC. Grâce à leur parfaite connaissance du terrain et à leur implantation locale, ils jouent un rôle déterminant dans la reconquête de plusieurs localités, présentée comme un tournant majeur dans la stabilisation du sud-est du pays. Mais cette alliance s’est rapidement fissurée.

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Des engagements non tenus

Selon plusieurs sources locales ou proches du pouvoir, les premières tensions apparaissent autour du paiement des soldes promises aux combattants et de leur intégration au sein des forces régulières. Les miliciens estiment avoir été abandonnés après avoir contribué à la reconquête de la région.

Fin 2024, les relations entre l’AAKG et l’Etat se dégradent et se transforment progressivement en affrontement ouvert. Bangui accuse désormais la milice de défier l’autorité de l’État, tandis que celle-ci dénonce des promesses non tenues.

« Aujourd’hui, beaucoup sont manipulés parce qu’on leur a miroité des promesses fallacieuses. On ne combat pas un État impunément », note le conseiller de la présidence.

Depuis, les affrontements entre les FACA, appuyées par Wagner, et l’AAKG se succèdent. Les autorités affirment avoir arrêté plusieurs membres de la milice ces derniers mois. Des sources locales rapportent également que plusieurs chefs présupposent avoir été interpellés ou contraints de se cacher. Malgré ces opérations, l’AAKG conserve une capacité d’action importante dans plusieurs zones reculées où la présence des forces gouvernementales demeure limitée.

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Les captifs de la crise

Le conflit a pris une nouvelle dimension le 28 décembre 2025 avec l’enlèvement de quatre fonctionnaires à Bambouti, attribués à la milice, parmi lesquels la sous-préfète Koumba Ndiaye.

Du fait de cette prise d’otage, Bangui refuse toute négociation directe avec le groupe armé. Cette ligne de fermeté est régulièrement rappelée par la présidence, qui nie toute légitimité politique à la milice et affirme son intention de reprendre le contrôle de la région par la voie militaire.

Fin juillet, un collectif de députés a lancé un appel solennel aux responsables de l’AAKG afin qu’ils libèrent les otages, exhortant également les autorités à poursuivre leurs efforts pour sécuriser le Haut-Mbomou.

Ils ont également voulu attirer l’attention sur les souffrances des populations civiles, prises entre les affrontements, les déplacements forcés et les attaques d’autres groupes armés, notamment la LRA.

Malgré le soutien de Wagner, Bangui peine encore à rétablir son emprise dans une région où les distances sont considérables, les infrastructures quasi inexistantes et où les groupes armés continuent de profiter de l’isolement des populations.

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