Les pourparlers Cuba États-Unis à Havane franchissent un cap décisif. Un responsable du ministère cubain des Affaires étrangères a confirmé lundi une rencontre diplomatique de haut niveau, tenue le 10 avril dans la capitale cubaine. Prisonniers politiques et crise énergétique ont structuré les échanges.
Les pourparlers Cuba États-Unis Havane confirmés par La Havane
Alejandro Garcia a rompu le silence lundi dans les colonnes du quotidien d’État Granma. Sous-directeur général chargé des relations bilatérales avec les États-Unis au ministère cubain des Affaires étrangères, il a confirmé la tenue d’une réunion entre les deux délégations. « Une rencontre entre les délégations cubaine et américaine s’est tenue récemment ici à Cuba », a-t-il déclaré.
Cette confirmation répond aux révélations du média américain Axios, publiées vendredi. Garcia a reconnu que les informations parues dans la presse américaine correspondaient à la réalité des faits. Il a cependant refusé d’entrer dans le détail, citant « un sujet sensible » devant être géré « avec discrétion ».
La Havane n’a pas communiqué officiellement la date précise de la rencontre. Axios a situé la réunion au 10 avril. Garcia n’a pas précisé la durée ni les conclusions formelles des échanges.
Un niveau diplomatique élevé, la famille Castro en première ligne
La composition des délégations révèle le sérieux accordé à ces négociations. Garcia a détaillé les rangs représentés : « Du côté américain ont participé des secrétaires adjoints du Département d’État et du côté cubain, cela s’est déroulé au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. »
Axios a rapporté que Raul Guillermo Rodriguez Castro figurait parmi les participants cubains. Petit-fils de l’ancien dirigeant Raul Castro, il n’occupe aucune fonction officielle au sein du gouvernement. Il assure cependant la sécurité personnelle de son grand-père. Des médias américains l’avaient déjà identifié comme interlocuteur de responsables proches de Marco Rubio dans des conversations secrètes antérieures. Sa présence à La Havane le 10 avril confirme la continuité de son rôle officieux au sein de ces négociations.
La famille Castro s’implique directement dans ces pourparlers. Jeudi, Mariela Castro, fille de Raul Castro, avait confié à des journalistes que son père participait « aux analyses pour la prise de décisions » dans le cadre des discussions. L’implication de Raul Castro confirme le poids de l’ancien dirigeant, malgré l’absence de titre officiel.
Les pourparlers Cuba États-Unis Havane dans un contexte de pressions maximales
Les négociations s’inscrivent dans une relation bilatérale marquée par une hostilité de longue date. L’embargo américain contre Cuba reste en vigueur depuis 1962. Washington affiche ouvertement son objectif : provoquer un changement de régime à La Havane.
Depuis janvier, la pression américaine a pris une dimension énergétique. Les États-Unis ont imposé des restrictions drastiques aux importations de pétrole cubaines. Ces mesures aggravent une crise déjà profonde sur l’île. Un pétrolier russe a néanmoins atteint l’île fin mars, contournant partiellement le dispositif américain.
Sur le plan diplomatique, les signaux ont mis du temps à s’aligner. Donald Trump déclarait depuis la mi-janvier que des discussions avaient lieu avec de hauts responsables cubains. Miguel Diaz-Canel, président cubain, a attendu deux mois pour confirmer ces pourparlers publiquement. Ce délai traduit la sensibilité de la question pour les deux parties. La confirmation de Diaz-Canel a néanmoins donné à ces échanges une légitimité publique des deux côtés.
À la mi-mars, Cuba a posé un geste d’ouverture économique. La Havane a annoncé que les membres de la diaspora cubaine et leurs enfants — en particulier la communauté émigrée aux États-Unis — pourraient investir sur l’île et y détenir des entreprises dans de nombreux secteurs, dont l’agriculture et les banques. Marco Rubio a jugé ces mesures « loin d’être suffisantes ». Fervent opposant au régime communiste, il a réclamé un changement économique et politique « radical » à Cuba.
Pétrole, prisonniers et accusations de chantage : les positions divergent
Sur la forme des échanges, Alejandro Garcia a contredit les récits publiés par certains médias américains. « Dans le cadre de la réunion, aucune des parties n’a fixé d’échéances ni formulé de demandes comminatoires, comme l’ont indiqué certains médias de presse américains. Tous les échanges se sont déroulés de manière respectueuse et professionnelle », a-t-il assuré.
Cette version s’oppose directement aux informations d’Axios. Le média américain, citant un responsable du Département d’État, avait affirmé que les diplomates américains avaient mis sur la table la libération de prisonniers politiques. Les deux versions de la même réunion s’opposent sur les points essentiels. Cette divergence de récits reflète une méfiance persistante entre les deux parties, malgré l’ouverture d’un canal diplomatique direct.
Sur le fond, la délégation cubaine a porté la question énergétique. « La levée du siège énergétique contre notre pays a constitué une priorité absolue pour notre délégation », a déclaré Garcia. Il a qualifié les restrictions pétrolières de « punition injustifiée infligée à l’ensemble de la population cubaine ». Garcia a également dénoncé le « chantage » de Washington contre les pays désireux d’exporter du pétrole à Cuba.
Des libérations contestées par les ONG, le Vatican en position de médiateur
Avant la rencontre du 10 avril, Cuba avait posé plusieurs gestes destinés à signaler sa bonne volonté. La Havane a annoncé la remise en liberté de 51 prisonniers, présentée comme une preuve de « bonne volonté » envers le Vatican. L’Église catholique assure historiquement un rôle de médiateur entre les deux pays. Le 4 avril, Cuba a gracié plus de 2 000 prisonniers supplémentaires, qualifié de « geste humanitaire et souverain » à l’occasion de la Semaine sainte.
Ces annonces ont rencontré un accueil mitigé. Des ONG de défense des droits humains ont dénoncé le manque de transparence dans le processus de libération. L’organisation Cubalex, basée à Miami, a indiqué récemment avoir pu confirmer uniquement la libération de « 24 prisonniers politiques » sur les 51 annoncés par La Havane. Cubalex a également précisé qu’aucun détenu pour raison politique n’avait bénéficié de la grâce collective du 4 avril.
Ces données fragilisent la communication officielle cubaine sur ses gestes de bonne foi. Les pourparlers Cuba États-Unis à Havane se poursuivent dans un contexte de méfiance persistante. Les prochains échanges diront si ces discussions discrètes peuvent produire des résultats vérifiables.
Source : Agence France-Presse
















