Négociations directes Liban Israël : le président Joseph Aoun a pris position lundi en faveur de pourparlers bilatéraux avec Tel-Aviv pour mettre fin à l’occupation israélienne dans le sud du pays. Le Hezbollah rejette cette voie et qualifie la démarche de trahison dans la rue. Malgré un cessez-le-feu de dix jours entré en vigueur vendredi, des frappes israéliennes ont encore blessé six personnes dans le sud lundi.
– Aoun assume les négociations directes Liban-Israël.
Le président libanais Joseph Aoun a tranché publiquement lundi. Il assume le choix d’engager des pourparlers bilatéraux directs avec Israël, malgré les tensions internes et l’opposition du Hezbollah. Deux objectifs guident cette démarche : mettre fin aux hostilités et déployer l’armée libanaise jusqu’aux frontières internationalement reconnues.
Selon un communiqué de la présidence, le chef de l’État a défini le cadre sans ambiguïté. « Le choix des négociations a pour objectif de mettre fin aux hostilités et à l’occupation israélienne dans des régions du sud du Liban, et de déployer l’armée jusqu’aux frontières internationalement reconnues », a affirmé Joseph Aoun.
Face à la réticence d’une partie de la population, le président a insisté sur la souveraineté du Liban dans ce processus annoncé par Donald Trump. « Personne ne partagera cette tâche avec le Liban, ni ne le remplacera dans cette mission », a-t-il assuré. Il a appelé au « plus large soutien national possible » pour que les pourparlers atteignent leurs objectifs.
Joseph Aoun a également posé la question de manière frontale. « Le Liban a deux choix, soit la poursuite de la guerre avec ses conséquences humanitaires, sociales, économiques (…) soit les négociations pour mettre fin à la guerre et aboutir à une stabilité durable », a-t-il déclaré. Les deux pays sont officiellement en état de guerre depuis des décennies.
– Cessez-le-feu : des frappes israéliennes malgré la trêve
La trêve de dix jours est entrée en vigueur vendredi. Pourtant, Israël a poursuivi ses opérations militaires dans le sud du Liban dès lundi. L’agence de presse nationale libanaise (ANI) a signalé une frappe de drone à Qaqaiyat al-Jisr, aux abords du fleuve Litani.
Six personnes ont été blessées dans cette attaque, selon le ministère libanais de la Santé. Des tirs d’artillerie israéliens ont également visé Houla, village situé à la frontière. L’ANI a aussi rapporté des « explosions » et des « destructions importantes » à Maiss al-Jabal, dans le sud du pays.
L’armée israélienne a justifié ces interventions. Ses soldats auraient « identifié des terroristes » dans les secteurs de Bint Jbeil et du Litani, accusés de « violer les termes du cessez-le-feu ». Ces individus ont ensuite été « éliminés » par l’armée de l’air, selon la même source.
Malgré la trêve, Israël a maintenu ses soldats dans le sud du Liban et instauré une « ligne jaune » de démarcation. Tel-Aviv dit vouloir s’assurer du désarmement du Hezbollah et protéger les habitants du nord d’Israël. Cette présence militaire constitue l’un des points de friction centraux dans les discussions en cours.
Depuis début mars, les frappes israéliennes ont causé 2 387 morts et un million de déplacés au Liban, selon un bilan officiel actualisé lundi.
– Contexte : une rencontre diplomatique inédite depuis des décennies
Le cessez-le-feu actuel découle d’une rencontre diplomatique historique. Les ambassadeurs libanais et israélien se sont réunis la semaine dernière aux États-Unis, une première depuis des décennies. Cette réunion a directement ouvert la voie à la trêve de dix jours en cours.
Pour la première fois depuis des décennies, les deux pays ennemis ont engagé un dialogue direct sur sol américain. Cette étape constitue un tournant dans la gestion du conflit, même si son issue reste incertaine. Elle établit un précédent diplomatique que le président Aoun entend désormais transformer en cadre de négociation formel.
La dynamique régionale pèse aussi sur le dossier. Téhéran avait posé la trêve comme condition préalable à la reprise des pourparlers avec Washington, dans la perspective d’un accord de paix durable entre l’Iran et les États-Unis. Le Hezbollah, de son côté, avait attaqué Israël le 2 mars, en représailles à l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.
Les négociations directes Liban-Israël s’inscrivent donc dans un contexte de tensions régionales imbriquées. La question iranienne et la question libanaise avancent en parallèle, sur des voies distinctes mais liées.
– Le Hezbollah rejette les négociations directes Liban-Israël.
Le Hezbollah s’oppose fermement à la démarche présidentielle. Hassan Fadlallah, député de l’organisation pro-iranienne, a exposé cette position lundi dans un entretien accordé à l’AFP.
« Il est dans l’intérêt du Liban, du président et du gouvernement de renoncer à la voie des négociations directes et de revenir à un consensus national pour décider de la meilleure option », a déclaré M. Fadlallah.
Le député a toutefois évoqué une alternative possible. « Peut-être qu’à travers des négociations indirectes, même par l’intermédiaire des États-Unis, nous pourrions atteindre » les objectifs du Liban, a-t-il estimé. Il a précisé que le Hezbollah souhaitait la poursuite de la trêve et qu’aucun contact direct n’existait avec le président Aoun.
L’opposition au processus s’exprime aussi dans la rue. Dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement chiite, des graffitis s’en prennent directement au chef de l’État. L’un le qualifie de « traître ». Un autre proclame : « Parler à Israël est interdit, non à la normalisation », ont constaté des journalistes de l’AFP.
– Simon Karam à la tête des négociations directes Liban-Israël
Les pourparlers avancent sur le plan organisationnel. L’ancien ambassadeur du Liban à Washington, Simon Karam, présidera la délégation libanaise lors des pourparlers bilatéraux. Joseph Aoun a précisé que ces discussions resteront « distinctes » des négociations parallèles entre l’Iran et les États-Unis.
Un responsable du département d’État américain a confirmé lundi à l’AFP la tenue d’une nouvelle série de discussions au niveau des ambassadeurs dès mardi à Washington.
Le président libanais a tenu à délimiter la portée exacte de ces pourparlers. Il a clairement rejeté toute assimilation à une démarche de normalisation diplomatique. L’objectif reste la fin du conflit armé et le retrait des forces israéliennes, pas un rapprochement politique de long terme.
La question de l’unité nationale demeure entière. L’opposition du Hezbollah fragilise la position libanaise dans ces pourparlers. Joseph Aoun l’a reconnu en appelant au soutien le plus large possible avant même l’ouverture des discussions.
Source : Agence France-Presse
















