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Nigeria : Des écoliers libérés après rançon de Boko Haram

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Le gouvernement nigérian a payé plusieurs millions de dollars à Boko Haram pour libérer jusqu’à 230 enfants et membres du personnel. Deux commandants jihadistes ont également été relâchés dans le cadre de cet accord. Cet accord va à l’encontre de la loi nationale qui interdit tout paiement aux ravisseurs. La libération intervient dans un contexte de kidnapping massif au Nigeria.

L’insurrection de Boko Haram et les crimes de groupes armés touchent indistinctement chrétiens et musulmans. Le 21 novembre, près de 230 élèves et membres du personnel de l’internat catholique Saint Mary ont été enlevés. Cet internat se situe dans l’État du Niger. Les jihadistes responsables sont affiliés à Boko Haram.

Selon plusieurs sources au sein des services de renseignement, le gouvernement nigérian a versé une rançon de plusieurs millions de dollars. Cette rançon visait à obtenir la libération des élèves et du personnel. Deux commandants de Boko Haram ont également été relâchés dans le cadre de cet accord.

Cet accord va à l’encontre de la loi nationale interdisant tout paiement aux ravisseurs. L’argent a été transporté par hélicoptère jusqu’au bastion de Boko Haram à Gwoza, dans l’État de Borno. Cette région se situe dans le nord-est du pays, à la frontière avec le Cameroun. L’argent a été remis à Ali Ngulde, un commandant local, selon trois sources différentes à l’AFP.

La région est tellement isolée et la couverture téléphonique très mauvaise que Ali Ngulde a dû se rendre au Cameroun. Il devait confirmer que la rançon avait été livrée et autoriser la libération du premier groupe de 100 écoliers. Ces élèves font partie de l’internat catholique Saint Mary de Papiri, selon les mêmes sources.

Protestations mondiales

Le paiement d’une rançon aux jihadistes avait déjà suscité des protestations mondiales après l’enlèvement de 276 jeunes filles à Chibok en 2014. La plupart de ces filles étaient chrétiennes. Ce nouveau paiement risque d’irriter encore davantage le président américain Donald Trump. Il s’est récemment présenté comme un défenseur des chrétiens du Nigeria.

Les responsables du gouvernement nigérian nient avoir versé de l’argent au groupe armé qui le 21 novembre a enlevé près de 300 élèves et membres du personnel de l’internat Saint Mary, dans le centre de l’État du Niger. Au moins 50 d’entre eux avaient réussi à échapper aux ravisseurs.

Boko Haram, qui mène une insurrection sanglante depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria et s’est spécialisé dans les enlèvements de masse, n’a pas été directement lié à ce kidnapping. Mais plusieurs sources sécuritaires ont affirmé à l’AFP que l’un de ses commandants les plus redoutés en était à l’origine. Il s’agit du jihadiste Sadiku, à la tête d’une cellule dans l’État du Niger.

Accusé d’avoir mené un attentat à la bombe

Cet homme tristement célèbre est accusé d’avoir mené en 2022 un spectaculaire attentat à la bombe et à l’arme à feu. L’attaque visait un train reliant la capitale Abuja à Kaduna. Cet attentat lui avait déjà permis de récupérer une somme considérable en échange de la libération de ses otages. Parmi ces otages se trouvaient des banquiers et des fonctionnaires.

Son implication a également été confirmée au chercheur Vincent Foucher, spécialiste du conflit jihadiste au Nigeria. Cette confirmation provient d’une source proche des jihadistes et d’une autre source au sein du gouvernement.

Deux semaines de négociations

Retenus dans un camp près de Borgu, à 370 kilomètres de Minna, les élèves et le personnel de St. Mary ont été libérés. Cette libération intervient après deux semaines de négociations menées par le conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu.

Selon quatre sources proches des négociations, ils ont recouvré la liberté après le versement par le gouvernement d’une « énorme » rançon. Le montant total a été estimé à 40 millions de nairas par personne, soit environ sept millions de dollars au total, par une de ces sources. Une autre a évoqué un montant nettement inférieur de deux milliards de nairas (1,5 million de dollars) en tout.
Les Services de sécurité nigérians (DSS) ont catégoriquement nié avoir payé la moindre somme, affirmant que « les agents du gouvernement ne paient pas de rançons ».

Mais un porte-parole a déclaré que si une famille souhaite libérer ses proches, personne ne peut l’en empêcher.

Le Nigeria est sous forte pression diplomatique depuis que Donald Trump a dénoncé à l’automne dernier la « persécution » des chrétiens par des « terroristes islamistes dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Les États-Unis ont mené des frappes aériennes le jour de Noël visant des jihadistes dans l’État de Sokoto (nord-ouest).

Abuja et les experts de la région rejettent cette grille d’analyse, les violences touchant indistinctement les fidèles des deux religions dans ce pays divisé entre un nord principalement musulman et un sud majoritairement chrétien. Les enlèvements de masse ont connu une recrudescence ces derniers mois, touchant en majorité des musulmans, mais celui de St. Mary’s a été le plus médiatisé.

Des kidnapping massifs

Le pays est depuis longtemps en proie à des kidnapping massifs, les criminels et les groupes jihadistes collaborant parfois pour extorquer des millions aux familles des otages, et les autorités semblent impuissantes à les arrêter.

Les lois criminalisant le paiement de rançons n’ont pas mis fin à cette épidémie, avec 828 enlèvements comptabilisés pour la seule année 2025, selon l’observatoire américain Armed Conflict Location & Event Data (ACLED).

C’est plus que le Mexique et la Colombie réunis. Les enlèvements « impliquent souvent plusieurs victimes », a expliqué Ladd Serwat, analyste de l’ACLED pour l’Afrique. Seuls le Cameroun voisin et la Birmanie ont connu un nombre plus élevé.

L’enlèvement de St. Mary’s est intervenu alors que, selon certaines informations, les hommes de Sadiku avaient quitté leur bastion de Shiroro et avaient besoin de fonds, rapporte M. Foucher, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). « Leur mission a toujours été d’obtenir de l’argent » pour les dirigeants de Boko Haram dans le nord-est, poursuit-il.

Une loi criminalisant le paiement de rançons

Dans le cadre de l’accord concernant les enfants de St. Mary, des sources ont indiqué que Boko Haram avait également exigé que l’armée nigériane autorise les habitants du village d’Audu Fari, dans la région de Borgu, à rentrer chez eux après en avoir été chassés par les militaires.

Audu Fari a servi de voie d’approvisionnement pour Sadiku et ses combattants, ainsi que de lieu de transit pour leurs familles qui se rendaient dans ses camps depuis les bastions de Boko Haram dans le nord-est. En 2022, le Nigeria a adopté une loi criminalisant le paiement de rançons, avec des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans.

Mais des Nigérians continuent de payer pour libérer leurs proches, pendant que les autorités ferment les yeux. La crise des kidnappings est devenue « une industrie structurée et lucrative ». Elle a rapporté environ 1,66 million de dollars entre juillet 2024 et juin 2025, selon un rapport de SBM Intelligence. SBM Intelligence est un cabinet de conseil basé à Lagos.

Gagner rapidement de l’argent

Les groupes armés et les criminels se tournent vers les enlèvements pour gagner rapidement de l’argent. Le Nigeria est un pays où plus de la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Les inégalités y sont également très importantes. Selon des sources sécuritaires, les autorités ont parfois versé de l’argent pour sauver des victimes d’enlèvements massifs.

Ces versements concernent aussi des personnalités très en vue. Lors d’un enlèvement de masse dans l’État de Kaduna, plus de 180 fidèles chrétiens ont été capturés en janvier. Le gouverneur local a alors exclu le paiement d’une rançon. Les victimes ont été libérées trois semaines plus tard, mais aucun détail sur les négociations n’a été rendu public.

78.000 dollars pour 340 écoliers

En décembre 2020, les autorités de l’État de Katsina ont versé 30 millions de nairas, près de 78.000 dollars. Cette somme visait à libérer 340 écoliers kidnappées dans un lycée de la ville de Kankara. Le cerveau de cet enlèvement, Awwalun Daudawa, a confirmé le paiement dans une conversation téléphonique avec un intermédiaire.

L’enregistrement de cette conversation a fuité. Le conseiller à la sécurité nationale, Nuhu Ribadu, a plusieurs fois obtenu la libération de victimes aux mains de bandits sans paiement. Son bureau a toujours insisté sur ce point. La NSA n’a pas répondu aux multiples demandes de réaction de l’AFP.

Un autre porte-parole sécuritaire a qualifié de « fausses informations » les allégations selon lesquelles une rançon aurait été déposée par hélicoptère. « Soyons rationnels. C’est une erreur. C’est ridicule. C’est presque inimaginable », a-t-il affirmé.

Il est impossible que les bandits continuent à libérer 

Un analyste de l’État de Zamfara, dans le nord-ouest du pays, touché par les enlèvements, a fait une observation. Il estime qu’il est impossible que les bandits continuent à libérer les personnes kidnappées sans paiement en échange. « Le gouvernement nie ce que nous savons tous », a-t-il ajouté sous couvert d’anonymat.

Selon lui, l’État paie des rançons lorsque des écoliers et des victimes de haut rang sont concernés. Dans certains cas, des membres des forces de l’ordre servent d’intermédiaires pour remettre l’argent aux ravisseurs, a raconté Abubakar Abdulkarim à l’AFP. M. Abdulkarim a demandé l’aide des forces de l’ordre pour remettre 4.000 dollars aux criminels.

Cet argent visait à libérer son frère aîné, enlevé alors qu’il travaillait dans sa ferme à Kontagora. Kontagora se situe dans l’État du Niger. Parfois, les familles des victimes qui n’ont pas de moyens ont recours au financement participatif pour collecter des fonds.

Au début de l’année, une cagnotte en ligne a circulé, affichant la photo d’un chef traditionnel du sud-ouest du Nigeria, kidnappé le soir du Nouvel An, afin de collecter les 11.400 dollars exigés par ses ravisseurs.

© Agence France-Presse

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