Les églises dites de réveil ont envahi les quartiers des grandes métropoles. Il en est de même de nos villages. Au milieu des prières, du bruit à n’en point finir. Et autres pratiques, au nom de Dieu. Évocation !
Alors, il y a quelques jours, le Minat, Atanga Nji a dit fermer plus de 1 400 églises de réveil. Les motifs, ou tout au moins les éléments déclencheurs, sont précis. On a parlé du fonctionnement de manière clandestine ou non conforme au Cameroun. Mais en vérité, la sortie du ministre de l’Administration territoriale s’appuie sur deux faits majeurs.
Un drame sécuritaire et humain
D’abord Paul Atanga Nji a vu un drame sécuritaire et humain. Avec notamment le meurtre froid d’une fillette de 11 ans au quartier Nkolndongo à Yaoundé. La mise en cause a affirmé avoir agi par ordre d’un prophète. Ce dernier lui avait promis la richesse en échange d’un sacrifice. Une situation douloureuse qui va cristalliser l’exaspération de l’opinion publique face aux dérives sectaires, à l’escroquerie morale et aux manipulations.
Ensuite, il y a l’absence de statut légal et le trouble à l’ordre public. Il est clairement établi que sur le plan administratif, la majorité de ces chapelles opèrent sans décret présidentiel d’autorisation. Toute chose qui est l’unique voie légale de reconnaissance pour les associations religieuses au Cameroun.. À cela s’ajoutent les nuisances sonores répétées en milieu résidentiel.
Tout à côté des drames sans fin. Il y a du bruit dans les prières. Dimanche 19 juillet 2026, nous sommes au village Babenga, dans l’arrondissement de Dibombari. Une maison érigée en chapelle, accueille une cinquantaine de fidèles. L’ambiance est surchauffée. Le concert est parfait. Guitares, tambours, prédications en version bilingue. Les décibels sont à 1000.
Atanga Nji somme les églises non déclarées de se mettre en règle
Dérives dramatiques
Et Dora la voisine doit se conformer. « C’est comme ça ici, tous les dimanches de 8h du matin jusqu’à 15 h de l’après-midi. C’est non-stop. Et comme c’est un petit mur qui nous sépare, imaginez ce que nous ressentons. Des fois c’est des nuits prières pour les délivrances », révèle la voisine.
Pour Papa Ebongue, « il faut que le ministre Atanga Nji ne laisse plus ces églises-là. Je le soutiens fermement dans cette action. La question des églises de réveil constitue un phénomène de société majeur à l’échelle nationale. Du moins, on veut penser que ces congrégations répondent à un besoin de spiritualité, de communauté et même d’espoir. Mais leur prolifération incontrôlée s’accompagne régulièrement de dérives dramatiques. Et Atanga Nji a raison », dit l’enseignant retraité.
Aussi, Claude Bernard Elamé fait ressortir les facettes d’un drame social et humain. L’anthropologue parle de l’exploitation économique et de l’enrichissement illicite. « Certains pseudo-pasteurs autoproclamés mettent en place des mécanismes d’extorsion sophistiqués. Et la vente d’objets qui font des miracles, notamment des huiles d’onction. De l’eau bénite, des bracelets ou des mouchoirs vendus à des prix exorbitants », explique-t-il.
Guérisons par la prière
Enfin de course, on met les fidèles sous une pression de culpabilité. Ici alors, L’idée que la pauvreté ou la maladie est le résultat d’un manque de générosité envers l’église est martelée. Le verset est connu : « Plus tu donnes, plus Dieu te bénit ».
En fait, les experts sur la question ont fait ressortir les conséquences sur le plan sanitaire qui sont tragiques. Paul Ekabouma voit l’abandon des traitements médicaux. « Des malades du Vih/Sida, du cancer. Ou du diabète sont incités à stopper leurs soins au profit de guérisons par la prière. Ce qui entraîne des décès pourtant prévisibles et évitables », dit l’ancien étudiant en sociologie des religions.
Pour les psychologues, il y a le non-respect de la santé mentale. Ici, « les troubles psychiatriques sont quasi systématiquement interprétés comme de la possession démoniaque. Les pasteurs procèdent à des séances de désenvoûtement brutales et à la séquestration de patients », révèle Bebey Konrad.
La destruction des familles
Le psychologue va plus loin et parle des dérives sectaires et la destruction des familles. Les mots qui sortent tout le temps, ce sont des accusations de sorcellerie. « Des enfants, des personnes âgées ou des proches sont désignés comme responsables des malheurs de la famille. Comme conséquences immédiates, les rejets, les marginalisations, des lynchages… »
Du coup, on est noyé dans une sorte d’isolement dans les relations. En fait, « les fidèles sont très souvent incités à couper les ponts. Avec leurs proches non croyants, jugés néfastes ou mauvaises compagnies. Il ne faut pas négliger les dérives criminelles et fanatiques».
Face à tout ce qui a été dit, Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, a certainement vu juste. Avec lui, la leçon est vite tirée. « Le drame des églises de réveil réside dans l’instrumentalisation de la détresse humaine ». Ainsi, « la limite doit être tenue entre la liberté religieuse fondamentale. Et la nécessité pour l’État de protéger ses citoyens. Contre l’imposture, l’escroquerie et la mise en danger des citoyens », tout est clair.












