La ville de Douala se retrouve encore face aux pluies avec ses inondations. Alors la métropole économique est à l’épreuve du climat et de la gestion urbaine. Du moins la grande saison des pluies est là.
Les alertes météorologiques de l’Onacc appellent à la vigilance des autorités. Et le drame récurrent des inondations remet en lumière les failles d’un développement urbain soumis aux aléas du désordre et de l’incivisme.
Bassins d’eau remplie de boue
En effet, le scénario se répète chaque année avec une régularité qui inquiète. Des tempêtes d’eau s’abattent sur Douala. Non sans transformer en quelques heures les grandes artères commerçantes, les carrefours infranchissables. Et les quartiers résidentiels en bassins d’eau remplie de boue.
Alors question. Pourquoi Douala est-elle si vulnérable ? Les géographes situent la ville sur une zone côtière au fond du golfe de Guinée. Et « Douala bénéficie d’un climat équatorial dit « camerounais », caractérisé par des précipitations parmi les plus élevées d’Afrique centrale.
Pour Ekwalla Babo, « l’imperméabilisation galopante des sols, due à la bétonisation non régulée, empêche l’infiltration naturelle des eaux. Les bassins versants comme celui du Tongo-Bassa ou de la Bessèkè se retrouvent saturés en un temps record », nous explique le géographe.
Des drains sont bouchés
Pour lui encore, « Le problème de Douala n’est pas uniquement le volume d’eau qui tombe du ciel. Mais la vitesse à laquelle cette eau rencontre des obstacles humains sur son chemin vers le fleuve Wouri. Des drains sont bouchés et l’incivisme urbain est criard».
En effet, « dans plusieurs arrondissements, notamment Douala 3ᵉ, 4ᵉ et 5ᵉ, les drains majeurs construits sont fréquemment obstrués. Par des tonnes de plastiques et d’ordures ménagères. Ce colmatage réduit drastiquement la capacité d’évacuation des canalisations, provoquant un refoulement immédiat des eaux dans les concessions », le constat est clair.
Dans son classement, il va présenter les caractéristiques des quartiers concernés. Ainsi donc, à Douala 2ᵉ, c’est-à-dire Youpwè, Nkolmintag, Babylone. Il y a une proximité de la mangrove, de la nappe phréatique avec les habitations. A Douala 3ᵉ, si on prend Makèpè-Missokè, Logbessou, Japoma. On va constater une grande occupation des lits majeurs des drains avec notamment des déchets plastiques.
Garder la tête hors de l’eau
Pour ce qui est de Douala 4ᵉ à Bonabéri, les quartiers Mabanda et Grand hangar sont des points identifiés. Avec des zones marécageuses et des pentes faibles qui retardent l’écoulement des eaux. Enfin, Douala 5ᵉ, plus précisément Bépanda, Makèpè, Lendi. Ici, le sol sablonneux est sujet aux éboulements, ravinement.
L’autre problème, et pas des moindres, c’est l’occupation des zones humides, marécages. Des flancs de collines instables. Ce qui correspond à une pression foncière intense. « Pour de nombreux ménages à faibles revenus, s’installer dans un bas-fond inondable. Représente souvent la seule option abordable à proximité des bassins d’emplois », constate-t-on.
En principe, nous fait-on comprendre, l’alerte lancée par l’Onacc rappelle que le risque climatique n’est plus une menace distante. Mais un quotidien à gérer. Si la prudence individuelle est un appel pour sauver des vies lors des pluies diluviennes. Il faut une réponse de la ville. « La Communauté urbaine de Douala doit allier rigueur foncière, incivisme combatif et infrastructures modernes. Cecci va permettre à la métropole économique de garder la tête hors de l’eau », va expliquer Jean-Yves Bouele, aménagiste.











