Le ministre de l’Administration territoriale du Cameroun, Paul Atanga Nji sollicite le concours des sous-préfets. Ainsi que celui des chefs traditionnels, des élus locaux et des responsables religieux. Afin de garantir le succès du 4ᵉ recensement général de la population. Un aveu des résultats insatisfaisants alors que les opérations s’achèvent le 31 juillet.
Le 17 juillet, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji a adressé un fax aux sous-préfets des dix régions. Il les instruisait de superviser personnellement les opérations menées par les agents recenseurs sur l’étendue du territoire. Ces agents sont mobilisés depuis quelques semaines dans le cadre du 4ᵉ recensement général de la population et de l’habitat. Dont les résultats sont jugés « médiocres » par le Minat.
Faciliter la tâche aux agents déployés
Une opération qui est couplée au recensement général de l’agriculture et de l’élevage. Le Minat a envoyé le même texte aux chefs traditionnels, aux élus locaux ainsi qu’aux responsables religieux. Il leur demande de faciliter la tâche aux agents déployés pour le recensement.
La sortie du ministre Atanga Nji intervient à quatorze jours de la clôture des opérations. Lancées le 24 avril dernier, elles devaient initialement s’achever le 19 mai 2026. Cependant, rendu à la date butoir, les résultats escomptés n’avaient pas été atteints. Contraignant les autorités à prolonger la campagne jusqu’au 31 juillet.
Une rallonge budgétaire de 6 milliards
Or, cette prorogation du délai de la conduite des opérations de recensement a également entraîné une rallonge budgétaire. Initialement de 13,2 milliards de francs Cfa, le budget est passé à 19 milliards. Soit une enveloppe supplémentaire de six milliards.
Paradoxalement, de nombreux agents recenseurs ont affirmé n’avoir toujours pas perçu les rémunérations promises à l’issue de leur formation. Ce à quoi, s’ajoutent les problèmes de logistique avec pour corollaire des retards considérables dans la conduite des opérations. Retards qui sont à l’origine de la prorogation du calendrier.
La sortie du Minat est jugée par de nombreux acteurs comme un nouvel aveu des dysfonctionnements persistants. Ce d’autant plus qu’elle intervient à seulement quatorze jours de la clôture de la campagne.
4ᵉ recensement général : Le cri d’alarme d’un agent recenseur
Des Camerounais non recensés
Or, ils sont nombreux, les Camerounais des dix régions qui affirment n’avoir pas reçu la visite des agents recenseurs. « Moi, personnellement, je n’ai jamais été recensé. Je ne me souviens pas qu’un jour quelqu’un soit venu frapper à ma porte. Pour dire qu’il est là pour le recensement. », déclare Thierry, analyste politique, interviewé par radio Equinoxe.
« Même dans la rue, que ce soit dans les marchés, je n’ai jamais été approché par un agent recenseur. », poursuit-il. Trois panélistes sur trois présents au débat matinal radiodiffusé du lundi 20 juillet sur cette chaîne déclarent n’avoir pas été recensés.
Du carrefour Ari au lieu-dit Village, en passant par Logbaba, d’autres citoyens approchés affirment n’avoir pas été recensés. Ces témoignages en disent long sur l’échec qui se profile à l’horizon, avec le risque d’une seconde prorogation du délai. « J’ai des raisons de penser qu’ils ont les résultats connus d’avance qu’ils vont essayer d’imposer », s’inquiète un auditeur.
Un problème d’impréparation ?
Des acteurs pointent également l’impréparation dont sont coutumières les autorités camerounaises. Le 4ᵉ recensement général de la population avait initialement été annoncé en 2015 par un décret. Cependant, les ministères impliqués n’ont anticipé ni la communication ni la phase opérationnelle.
Ce qui pourrait expliquer les réticences affichées par certains Camerounais. Du moins ceux qui ont été approchés par les agents recenseurs à ce stade des opérations. « Le Cameroun compte 12 603 chefferies de 3ᵉ degré, 862 chefferies de 2ᵉ degré, 80 chefferies supérieures. »
Recensement général : le dénombrement démarre le 24 avril prochain
Ces chiffres sont énumérés par Dieudonné Tedjisse, homme politique. Pour lui, « On n’avait pas besoin d’agents recenseurs pour aller se balader. On aurait dû tout simplement confier aux chefs de village de 3ème degré qui, en l’espace d’une semaine, auraient pu effectuer ce travail sans couac. Puisqu’on se connait tous au village, y compris ceux de la diaspora. »
Maîtriser les besoins d’investissement
Hormis la réticence de la population, les difficultés financières des agents recenseurs constituent l’autre facteur du retard déploré. Comme le confirme Ghislain Mpessa, contrôleur des opérations à Douala 4ème. « Dans ma zone, il y avait trois agents sur cinq qui n’avaient pas reçu leurs payements. Depuis, deux les ont reçus », affirme-t-il.
Selon la ministre du Développement urbain et de l’Habitat, les données démographiques collectées via le recensement sont d’une importance capitale. Elles permettent à l’Etat de maîtriser les besoins en investissements. Et, par conséquent, de corriger sa politique en matière d’habitat, de l’agriculture et de l’élevage.
Ces explications s’adressent au premier chef aux personnes jusqu’ici sceptiques. Notamment ces Camerounais, nombreux, qui soupçonnent des objectifs inavoués cachés par le gouvernement. Le dernier recensement général de la population camerounaise remonte à 2005.












