L’Iran ferme le détroit d’Ormuz : c’est la menace formulée dimanche par Téhéran face à l’ultimatum de Donald Trump. Des frappes ont simultanément visé les sites nucléaires de Dimona en Israël et de Natanz en Iran. L’OMS qualifie la situation de « phase périlleuse » et exige la retenue militaire maximale de toutes les parties.
L’Iran ferme le détroit d’Ormuz : l’ultimatum de Trump
Téhéran a posé ses conditions dimanche. Si les États-Unis mettent à exécution leur ultimatum — bombarder les centrales électriques iraniennes d’ici lundi soir —, l’armée iranienne fermera complètement le détroit d’Ormuz. L’annonce est sans ambiguïté, sans marge de manœuvre laissée à la diplomatie.
Ce passage maritime contrôle une part déterminante de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Sa fermeture totale représenterait un choc énergétique d’une ampleur sans précédent pour les marchés mondiaux.
Dans les faits, le détroit est déjà quasiment fermé depuis le déclenchement de la guerre, le 28 février. La société d’analyse Kpler a mesuré une chute de 95 % du transit de marchandises. Seul un nombre très restreint de navires a réussi à le franchir depuis le début du conflit.
Dix millions de barils bloqués chaque jour
Les effets économiques de ce blocus partiel sont déjà mesurables. Patrick Pouyanné, PDG du groupe pétrolier TotalEnergies, les a chiffrés publiquement. « Ce sont 10 millions de barils de pétrole par jour qui ne peuvent pas sortir du Golfe arabo-persique », a-t-il déclaré. Si le conflit dure « plus de six mois », « toutes les économies du monde en souffriront », a-t-il averti.
L’Iran a également élargi ses menaces aux infrastructures civiles.Téhéran a désigné les installations énergétiques régionales et les usines de dessalement d’eau comme « cibles légitimes » en cas de frappes américaines sur ses centrales électriques.
Face à la paralysie maritime, une coalition informelle se dessine. Une vingtaine de pays — dont les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, la France et le Japon — ont déclaré être « prêts à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit.
Sites nucléaires visés, l’alarme internationale monte
Iran ferme détroit Ormuz constitue la menace énergétique centrale. Mais le volet nucléaire suscite une inquiétude distincte et croissante au sein de la communauté internationale.
Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a publié une mise en garde sur X. La guerre est entrée dans une « phase périlleuse », a-t-il écrit. Il a appelé « urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires ».
Samedi, l’Iran a mené deux attaques particulièrement destructrices contre le sud d’Israël. L’une d’elles a ciblé Dimona, ville du désert du Néguev abritant le principal centre stratégique de recherche nucléaire israélien. Une trentaine de personnes ont été blessées dans ces frappes.
Le missile a percuté une zone résidentielle à environ cinq kilomètres du site ultra-secret. Israël est considéré comme le seul État doté de l’arme nucléaire au Moyen-Orient, même s’il entretient officiellement l’ambiguïté sur ce sujet.
Einav Alon, propriétaire d’un supermarché endommagé par la frappe, a livré son témoignage à l’AFP depuis Dimona. « Quand nous sommes sortis de l’abri, tout était détruit », a décrit cet homme de 37 ans.
Natanz ciblé : Téhéran et Washington s’affrontent
En frappant Dimona, l’Iran a affirmé riposter à une attaque « ennemie » menée contre son complexe nucléaire de Natanz, au sud de Téhéran. L’armée israélienne a déclaré ne « pas être au courant » de cette opération. Selon la télévision publique israélienne Kan, il se serait agi d’une action américaine.
L’Organisation iranienne de l’énergie atomique a formellement démenti toute contamination : « aucune fuite de matières radioactives n’a été signalée » sur le site de Natanz, déjà bombardé début mars.
Après chacune de ces frappes, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a exhorté « à la retenue militaire maximale ». Ses appels rejoignent ceux de l’OMS : les deux grandes institutions internationales s’alarment du risque nucléaire croissant que fait peser ce conflit sur la région et au-delà.
Depuis la ville d’Arad, dans le sud d’Israël également touchée, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a durci ses déclarations dimanche. Israël « viserait personnellement » les dirigeants de la République islamique, a-t-il annoncé, en ciblant en priorité les membres des Gardiens de la Révolution, corps d’élite des forces armées iraniennes.
Donald Trump avait engagé l’offensive militaire contre l’Iran aux côtés d’Israël avec l’objectif déclaré d’éliminer la menace nucléaire iranienne, déjà visée lors de la guerre de juin 2025.
La population de Téhéran suspendue à l’incertitude
À Téhéran, les frappes israélo-américaines se sont espacées ces derniers jours. Les marchés ont retrouvé une certaine effervescence. L’angoisse reste pourtant omniprésente dans la capitale iranienne.
« La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l’incertitude sur l’issue » de cette guerre, a confié à l’AFP Shiva, une Téhéranaise de 31 ans. Ce sentiment d’impasse résume l’état d’esprit général d’une population confrontée, à la quatrième semaine d’un conflit, à une issue toujours invisible.
Le pape Léon XIV a déclaré suivre la guerre avec « consternation ».
Le Liban et l’Irak élargissent le front
Le conflit s’étend désormais sur plusieurs axes simultanément. Sur la frontière nord d’Israël, une première victime civile a été tuée par un tir de roquette depuis le Liban. Le Hezbollah, entré dans la guerre aux côtés de l’Iran le 2 mars, a revendiqué des frappes contre des soldats israéliens.
Dimanche, l’armée israélienne a détruit un pont important dans le sud du Liban. Israël avait annoncé son intention de neutraliser les ponts utilisés par le Hezbollah au-dessus du fleuve Litani pour ses déplacements logistiques.
Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé « une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban ». Ces frappes constituent un « prélude à une invasion terrestre », a-t-il estimé.
En Irak, entre six et huit attaques nocturnes de roquettes et de drones ont ciblé un centre diplomatique et logistique américain à l’aéroport international de Bagdad, selon des sources sécuritaires locales. Ces opérations n’ont pas été revendiquées. Des factions armées irakiennes pro-iraniennes prennent régulièrement pour cible les intérêts américains depuis le début du conflit.
L’Iran ferme le détroit d’Ormuz et étend ses frappes dans le Golfe
Les tensions gagnent également les pays du Golfe. Trois missiles balistiques ont visé la région de Ryad dimanche. Les Émirats arabes unis ont déclaré avoir riposté à des attaques de missiles et de drones iraniens.
Près du détroit d’Ormuz, un « projectile inconnu » a explosé à proximité d’un navire naviguant au nord de la ville émiratie de Charjah. L’agence maritime britannique UKMTO a confirmé l’incident, sans signaler de blessés.
Dans ce contexte d’escalade généralisée, les appels à la désescalade se multiplient au niveau international. Aucune des parties impliquées n’a, à ce stade, montré de signe concret d’inflexion.
Source : Agence France-Presse












