Léon XIV en Algérie pour la deuxième journée consécutive d’une visite sans précédent. Mardi, le pape a marché dans les pas de son père spirituel, saint Augustin, à Annaba, dans l’est du pays. Ce premier déplacement d’un souverain pontife dans ce pays à majorité musulmane s’est déroulé sous haute sécurité, sur fond d’un double attentat-suicide que les autorités algériennes ont refusé de commenter.
Léon XIV en Algérie : Annaba, étape sur les traces d’Augustin
Annaba, l’antique Hippone, a accueilli mardi le chef de l’Église catholique. La ville de l’est algérien était placée sous un dispositif de sécurité strict. Des policiers en uniforme occupaient plusieurs kilomètres le long du trajet papal, dans des rues largement désertes.
Sous la pluie, Léon XIV a visité le site archéologique romain de la ville. Il a planté un olivier, geste aux résonances symboliques dans ce contexte géopolitique tendu. Une chorale entonnait des chants en latin, en amazigh et en arabe, mêlant trois langues qui traversent l’histoire pluriséculaire de la région.
L’après-midi, le pape a célébré une messe à la basilique Saint-Augustin. Dans son homélie en français, il a appelé les chrétiens d’Algérie à « témoigner de l’Évangile, par des gestes simples, des relations authentiques et un dialogue au jour le jour ». Ce message sobre convenait à une communauté qui représente moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants du pays.
À la fin de la messe, Léon XIV a exhorté l’assemblée à reconnaître « que la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient au fond de notre orgueil ». Il a remercié les autorités algériennes d’avoir « veillé à la réussite » de sa visite. « Ce voyage est pour moi un don particulier de la providence de Dieu », a-t-il déclaré.
Un père spirituel venu du IVe siècle
Saint Augustin (354-430) fut évêque d’Hippone, l’actuelle Annaba. Né sur cette terre nord-africaine, ce penseur éminent reste l’une des figures intellectuelles les plus influentes de l’histoire de l’Église. Son œuvre théologique continue de nourrir la pensée catholique mondiale.
Il a légué son nom à l’ordre des Augustins, fondé au XIIIe siècle. Léon XIV est issu de cet ordre religieux. Sa venue à Annaba ferme ainsi une boucle historique de seize siècles.
L’islam sunnite est religion d’État en Algérie. La présence catholique dans le pays est infime : les chrétiens représentent moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants. Malgré cela, la visite a suscité une émotion sincère parmi les fidèles réunis à la basilique.
Sœur Rose-Marie de Tauzia, une religieuse qui vit à Alger depuis vingt ans, a confié à l’AFP être « magnifiquement » heureuse. Le pape est venu « annoncer la paix » dans un monde « en tension », a-t-elle expliqué. Elle a ajouté que les Algériens partagent cette joie : « il y a une gratitude, ils sont mis en valeur, c’est important ».
Un double attentat-suicide ignoré des autorités
Le déplacement de Léon XIV s’est déroulé sans incident sur son itinéraire direct. Pourtant, un double attentat-suicide a frappé Blida pendant la visite. Cette ville se situe à une quarantaine de kilomètres d’Alger. Une source occidentale informée du dossier a confirmé les faits à l’AFP. L’agence a par ailleurs authentifié des images de l’attaque.
Les autorités algériennes n’ont émis aucune déclaration. Les médias locaux ont maintenu un silence total sur l’événement. Il s’agit pourtant du premier attentat-suicide en Algérie depuis plus de six ans, selon les données compilées par l’AFP.
Blida avait compté parmi les villes les plus meurtries lors de la décennie noire. Ce rappel de la fragilité sécuritaire du pays survient au moment précis où le monde catholique y projette une image de paix. Ce mutisme s’inscrit dans un contexte de contrôle strict de l’espace public. Depuis le mouvement Hirak de 2019, qui réclamait des réformes profondes, les autorités ont progressivement repris la main sur la communication nationale, dénoncent des ONG.
Léon XIV en Algérie : appels au pardon devant les martyrs
Dès le lundi à Alger, le pape avait multiplié les actes symboliques. Devant le Monument des martyrs, il a lancé un puissant appel au « pardon ». Ces martyrs sont les victimes de la guerre d’indépendance contre la France, conflit meurtrier mené de 1954 à 1962.
Léon XIV a exhorté à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ». Devant le président Abdelmadjid Tebboune, il a aussi invité les responsables du pays à promouvoir une société civile « libre ». Ce message résonnait avec une acuité particulière dans un pays où les libertés publiques restent sous surveillance.
Le pape a visité la Grande Mosquée d’Alger, puis s’est rendu à la basilique Notre-Dame d’Afrique. Là, il s’est recueilli dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et des religieuses assassinés durant la décennie noire. Cette guerre civile entre groupes islamistes et forces gouvernementales a fait 200 000 morts de 1992 à 2002.
La presse algérienne a salué la visite. Le Quotidien d’Oran a estimé qu’elle confirmait que « l’Algérie est une terre militante pour la paix ». Ce premier voyage papal dans le pays s’inscrivait dans une tournée de quatre pays africains.
Trump attaque, le pape répond sans reculer
La tournée africaine de Léon XIV a essuyé des critiques venues de Washington. Dimanche, Donald Trump a déclaré ne pas être « un grand fan » du pape américain. Il l’a accusé de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien. Cette diatribe a dominé une partie de la couverture médiatique en début de visite.
Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président JD Vance, converti au catholicisme, a demandé au Vatican de « s’en tenir aux questions morales ». Ces prises de position conjuguées ont ajouté une dimension politique à une visite déjà chargée de symboles.
Léon XIV a répondu avec clarté. Il a estimé que l’Église avait « le devoir moral » de s’exprimer contre la guerre. Soulignant son absence de « peur » face à l’administration Trump, le pape a toutefois précisé qu’il ne voulait pas « entrer dans un débat » avec elle.
Sur fond de guerre au Moyen-Orient, ces tensions entre Washington et le Vatican illustrent des divergences profondes sur la manière de traiter les conflits armés à l’échelle internationale.
Cap sur le Cameroun, puis l’Angola et la Guinée équatoriale
Mercredi, Léon XIV, 70 ans, quittera Alger pour le Cameroun. Cette escale constituera la deuxième étape de son premier voyage africain. Le pape se rendra ensuite en Angola, avant de conclure en Guinée équatoriale. La tournée prendra fin le 23 avril.
En Algérie, cette visite sans précédent a posé les jalons d’un dialogue nouveau entre le Vatican et un pays à majorité musulmane. Accueilli avec les honneurs et des mesures de sécurité draconiennes, Léon XIV a porté un message de fraternité interreligieuse dans une région marquée par les crispations géopolitiques. Sur les terres de saint Augustin, seize siècles après la mort du prestigieux évêque d’Hippone, la présence du pape américain reste un symbole fort.
Source : Agence France-Presse
















