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Frappe aérienne au marché de Jilli : Abuja ordonne une enquête après au moins 56 morts au Nigeria

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La frappe aérienne au marché de Jilli du 12 avril a causé la mort d’au moins 56 personnes dans le nord-est du Nigeria. Le gouvernement fédéral a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête complète et indépendante sur cette opération militaire ciblant des jihadistes. Le bilan humain reste contesté : Amnesty International évoque plus de 100 morts.

La frappe aérienne au marché de Jilli provoque un bilan humain contesté

Samedi 12 avril, l’armée de l’air nigériane a bombardé une zone proche du village de Jilli. Le site se trouve à la frontière des États de Yobe et de Borno, dans le nord-est du pays. L’opération ciblait des jihadistes actifs dans ce secteur, un couloir que l’armée qualifie de l’un des plus actifs du nord-est.

Le marché de Jilli était fréquenté au moment du bombardement. Des images diffusées après la frappe montrent des corps calcinés parmi des étals carbonisés. L’ampleur des destructions atteste d’une présence civile importante sur le site.

Le bilan demeure disputé selon les sources. Un rapport de sécurité recense 56 morts. Amnesty International évoque plus de 100 morts. Un chef local fait état de 200 morts et blessés combinés. Ces écarts reflètent la difficulté d’accéder à la zone et la confusion qui suit ce type d’opération.

Le gouvernement ouvre une enquête complète et indépendante

Mardi, le gouvernement fédéral a officiellement ordonné l’ouverture d’une enquête complète et indépendante. La procédure examinera trois volets : les renseignements ayant guidé l’opération, la désignation de la cible et l’exécution de la frappe.

Mohammed Idris, ministre de l’Information, a précisé dans un communiqué : « Le gouvernement fédéral a ordonné une enquête complète et indépendante sur l’incident. » Il a ajouté : « Nous corrigerons les manquements et veillerons à ce que les responsabilités soient établies le cas échéant. »

Le ministre a également défini la nature de l’opération. Selon lui, il s’agissait d’une « opération délibérée, fondée sur le renseignement, et non d’une attaque indiscriminée, menée dans l’un des corridors insurgés les plus actifs du nord-est ». Le gouvernement a présenté ses « plus profondes condoléances » aux familles des victimes et exprimé sa « sympathie aux blessés ».

Cette enquête marque un tournant par rapport au discours initial des autorités, qui minimisaient les pertes civiles. Les allégations de victimes civiles ont contraint les institutions à reconnaître l’ampleur des dommages. Dès dimanche, l’armée de l’air avait déjà annoncé sa propre enquête interne.

Dix-sept ans d’insurrection jihadiste dans le nord-est

Le Nigeria affronte depuis 2009 une insurrection jihadiste dans son nord-est. Boko Haram a déclenché ce cycle de violences. Des factions dissidentes ont depuis amplifié la menace. Le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) figure parmi les organisations les plus meurtrières de la région.

Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria peine à sécuriser ces régions frontalières proches du Sahel. Les populations civiles y vivent sous la contrainte permanente de groupes armés. Cette pression rend toute distinction entre combattants et non-combattants extrêmement difficile à établir. Les bilans contradictoires de cette frappe en témoignent.

La situation s’est aggravée récemment. Au cours des 15 derniers jours, jihadistes et bandes criminelles armées, appelées « bandits », ont tué plus de 100 personnes dans le nord du pays. Ces groupes ont intensifié leurs raids contre des villages et des bases militaires depuis l’an dernier.

Dans ce contexte, l’armée nigériane a publié dimanche un communiqué sur le réseau social X. Elle y décrit la zone de Jilli comme « une enclave terroriste » et « un important corridor de déplacement terroriste ». L’armée précise avoir conduit une seule frappe sur un site situé « près du village abandonné de Jilli ».

Des experts estiment que les jihadistes utilisaient probablement le marché pour se ravitailler. Cette hypothèse aurait pu justifier une surveillance accrue de la zone. Pour les défenseurs des droits humains, elle ne suffit pas à valider un bombardement sur un site civil bondé.

Réactions : la frappe aérienne au marché de Jilli divise autorités et société civile

Le ministre de la Défense, Christopher Musa, a adopté un ton offensif après l’opération. « L’ami d’un voleur est un voleur », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « toute personne qui commerce ou apporte un soutien à ces groupes sera retrouvée et traitée comme un bandit ou un terroriste ».

Ce positionnement illustre un mécanisme bien documenté. Lorsque des civils meurent lors d’opérations militaires nigérianes, les autorités les accusent souvent d’abriter des jihadistes. Une accusation difficile à réfuter pour des populations prises en étau entre l’armée et les groupes armés.

Pour Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International au Nigeria, rien ne justifie une frappe sur un marché bondé. L’organisation note que si les jihadistes utilisaient effectivement le lieu, les autorités avaient l’obligation de protéger les civils présents. Amnesty réclame une enquête transparente et des comptes à rendre aux familles des victimes.

Le statut du marché au moment de la frappe alimente une controverse supplémentaire. Le gouverneur de l’État de Borno affirme que les autorités avaient fermé ce marché il y a cinq ans. Des habitants contestent cette version. Selon eux, le marché fonctionnait normalement avant le bombardement. Les images de corps calcinés parmi des étals carbonisés pèsent en faveur du témoignage des habitants.

Des enquêtes qui n’ont généralement abouti à aucun résultat concret

L’annonce d’une procédure suite à la frappe aérienne marché Jilli ne dissipe pas un scepticisme solidement ancré. Les frappes aériennes de l’armée nigériane ont déjà coûté la vie à des civils à plusieurs reprises. Ces procédures n’ont généralement abouti à aucun résultat concret.

Plusieurs incidents similaires ont précédé le bombardement du 12 avril. À chaque fois, les institutions ont ouvert des enquêtes. Aucune n’a débouché sur des sanctions publiques ni sur des changements documentés de procédure.

Ce précédent nourrit les doutes sur la capacité des institutions à établir les responsabilités. Amnesty International a publié les premières estimations sur l’ampleur des pertes civiles dans cette frappe. L’organisation suit ce dossier de près et exige des autorités qu’elles rendent compte des résultats.

Mohammed Idris a réaffirmé la position officielle. « Chaque vie nigériane est sacrée, et toute perte de vie civile est profondément regrettée », a-t-il déclaré. L’enquête devra établir si les militaires ont respecté les procédures en vigueur. Elle devra aussi déterminer si des responsables ont commis des fautes lors de l’opération du 12 avril. La communauté internationale et les organisations de droits humains attendent désormais des conclusions concrètes et des mesures correctives.


Source : Agence France-Presse

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