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Boko Haram et les otages au Niger : six Tchadiens séquestrés, un mort, des rançons en millions

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Boko Haram et les otages au Niger : sept Tchadiens ont été capturés le 31 mars dans le sud-est du Niger. L’un d’eux a été tué par les jihadistes. Les six survivants sont retenus contre des rançons atteignant 760 000 euros pour le seul médecin du groupe.

Boko Haram et les otages au Niger : sept hommes capturés près de Mariyari

Sept ressortissants tchadiens ont été enlevés le 31 mars 2026, tôt le matin, en territoire nigérien, à proximité de Mariyari. Saleh Haggar Tidjani, représentant de l’État dans la province tchadienne du Lac, a confirmé l’information à l’AFP samedi 4 avril.

Les jihadistes de Boko Haram ont « égorgé » l’un des sept hommes. Les six autres ont été « pris en otage ». Leurs familles, toutes au Tchad, ont appris la nouvelle par des voies informelles avant tout contact officiel.

Le secteur visé est le sud-est du Niger, frontalier du Tchad. Ce territoire fait l’objet d’attaques régulières de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). La junte au pouvoir à Niamey depuis 2021 peine à endiguer des violences jihadistes qui frappent le pays depuis près d’une décennie.

Des rançons exorbitantes exigées aux familles

Boko Haram exige des sommes considérables pour libérer les six survivants. Pour Tisembé Lamsikréo, médecin parmi les captifs, le groupe réclame 500 millions de francs CFA, soit près de 760 000 euros. Pour chacun des cinq autres otages, la demande atteint 50 millions de francs CFA — environ 76 000 euros par personne.

Ces montants écrasent les capacités financières de la grande majorité des Tchadiens. Mahamat Nour Moustapha, représentant de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme dans la province du Lac, l’a précisé samedi à l’AFP.

La rançon exigée pour Lamsikréo seul dépasse ce que la grande majorité des ménages tchadiens peut espérer réunir. Pour les cinq autres captifs, la somme de 76 000 euros par tête reste tout aussi inaccessible pour leurs familles.

Tisembé Lamsikréo avait quitté son pays pour suivre une formation en chirurgie pédiatrique à Niamey. Les jihadistes ont intercepté le convoi alors qu’il rentrait au Tchad pour les funérailles de son père. Sa spécialisation médicale explique la disproportion : Boko Haram réclame dix fois plus pour lui que pour chacun de ses compagnons.

Boko Haram et les otages au Niger : vidéos sur les réseaux, familles sans réponse officielle

Depuis le jeudi 3 avril, des vidéos circulent sur les réseaux sociaux. L’AFP n’a pas pu en vérifier l’authenticité. Un homme se présente comme Tisembé Lamsikréo. Cinq autres captifs apparaissent à ses côtés.

Tous appellent à l’aide et affirment que Boko Haram les a arrêtés « au nombre de sept ». Dans ces enregistrements, l’un d’eux indique qu’un compagnon a été « égorgé ».

Ces images donnent un visage aux Boko Haram otages Niger dont les familles cherchaient des nouvelles depuis le 31 mars. Leur diffusion sur les réseaux sociaux a alerté l’opinion publique tchadienne et déclenché une mobilisation rapide.

La famille du médecin a lancé une collecte de fonds. « La famille a commencé à faire une collecte de fonds pour sa libération », a déclaré à l’AFP son épouse, Sidonie Kambe Loue Badarde, bouleversée. Les autorités tchadiennes ne l’ont pas contactée depuis l’enlèvement, a-t-elle également affirmé. Elle se retrouve à gérer simultanément un deuil familial et la captivité de son mari, sans interlocuteur officiel.

L’Ordre des médecins du Tchad a mobilisé ses membres dès jeudi 3 avril. La collecte s’organise via des groupes WhatsApp que l’AFP a pu consulter. Leur mobilisation collective illustre la réponse de la société civile face à l’absence de communication officielle.

Un phénomène récurrent dans le bassin du lac Tchad

« C’est un phénomène récurrent dans le bassin du Lac où les éléments de Boko Haram procèdent souvent à des enlèvements pour exiger des rançons », a observé Mahamat Nour Moustapha.

La région du lac Tchad s’étend sur quatre pays : le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad. Depuis 2009, cette vaste étendue d’eau et de marécages s’est transformée en bastion jihadiste. Boko Haram et l’ISWAP y opèrent en exploitant la porosité des frontières et la faiblesse des États riverains.

En 2015, les quatre pays ont réactivé la Force multinationale mixte, mécanisme de sécurité régionale créé en 1994. Cet outil visait à coordonner la lutte contre les groupes armés autour du lac. Les tensions croissantes entre États membres ont progressivement fragilisé son efficacité.

Le Niger a officiellement quitté la Force multinationale mixte en 2025. Ce retrait prive la coalition d’un acteur géographiquement central. Le pays partage avec le Tchad une longue frontière poreuse, zone de transit privilégiée des mouvements jihadistes. La lutte antijihadiste dans le bassin repose désormais sur trois pays seulement.

Le Sahel, épicentre mondial du terrorisme pour la troisième année consécutive

L’affaire Boko Haram otages Niger s’inscrit dans une tendance régionale documentée et durable. Pour la troisième année consécutive en 2025, le Sahel a concentré près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde, selon l’Indice mondial du terrorisme publié en mars 2026.

L’an dernier, la région comptait près de la moitié des 5 582 morts attribués au « terrorisme » à l’échelle mondiale. Le rapport désigne le Sahel comme « épicentre » de ces violences.

Ces données confirment une détérioration continue de la sécurité dans la sous-région. Le retrait du Niger de la Force multinationale mixte en 2025 illustre la fragmentation des efforts collectifs face à une menace qui ne connaît pas de frontières.

Pour les six otages tchadiens et leurs proches, ces statistiques ont un visage et une urgence concrète. Ils attendent un geste des autorités. Ils collectent des fonds. Chaque jour de captivité pèse contre une rançon que peu de familles peuvent espérer réunir dans un pays au niveau de vie limité.

Source : Agence France-Presse

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