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Terres rares : La guerre secrète des États-Unis contre la Chine

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Derrière les missiles envoyés au Moyen-Orient et les technologies du quotidien, Washington mène une course stratégique contre Pékin pour contrôler les terres rares. Dépendants de la Chine pour ces métaux essentiels à l’armement et à l’industrie numérique, les États-Unis accélèrent mines, recyclage et alliances internationales dans une bataille géopolitique qui pourrait redessiner l’équilibre mondial des puissances.

Les États-Unis veulent bâtir à marche forcée une chaîne d’approvisionnement en terres rares, ces métaux présents dans les missiles envoyés sur l’Iran ou les smartphones du monde entier, pour ne plus dépendre de la Chine, encore incontournable pour l’instant.

Il ne faut que quelques grammes de ces éléments pour une télévision ou un ordinateur portable, mais plusieurs centaines pour un missile Tomahawk ou Patriot.

Or la Payne Institute de l’école des Mines du Colorado estime que plusieurs milliers de missiles ont été utilisés par les États-Unis contre l’Iran depuis le début de la guerre fin février. « Le conflit au Moyen-Orient met en évidence les minéraux essentiels » aux opérations militaires « et les points de rupture possible de la chaîne d’approvisionnement », observe Mahnaz Khan, vice-présidente du centre de réflexion Silverado Policy Accelerator.

« Cela pourrait rendre plus difficile la reconstitution de l’arsenal » américain, prévient-il. Quoi qu’il arrive, « reconstituer les stocks [américains] de munitions et les ramener au niveau désiré va prendre des années », a prévenu, fin avril, le centre de réflexion CSIS.

Les terres rares les plus utilisées sont le néodyme et le praséodyme. Ceux-ci servent à la fabrication d’aimants dits permanents, environ dix fois plus puissants que des aimants classiques, utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes ou les smartphones. Le samarium, un autre de ces 17 éléments métalliques, se retrouve dans des aimants prisés de l’industrie de la défense.

Sous l’impulsion de Donald Trump, lors de son premier mandat, puis de Joe Biden, les États-Unis ont porté leur part de la production mondiale de terres rares de 3% à 13%, à coups de subventions et d’incitations fiscales. Jusqu’à 2025, il n’existait qu’une seule mine d’importance aux États-Unis, le site de Mountain Pass (Californie) exploité par MP Materials.

Première depuis plus de 70 ans, la Brook Mine ouvert

Première depuis plus de 70 ans, Ramaco Resources a ouvert, en juillet, la Brook Mine (Wyoming), mais le site n’a encore rien produit à ce jour. D’autres projets sont en gestation dans le Montana, le Wyoming ou le Nebraska. Les États-Unis comptent aussi sur le recyclage, via les nouveaux venus REEcycle ou Phoenix Tailings, mais aussi MP Materials.

Dans le même temps, le gouvernement américain cherche hors de ses frontières et vient de faciliter l’acquisition du producteur brésilien Serra Verde par la start-up USA Rare Earth, dans laquelle il a pris 10% en janvier. Mais l’extraction n’est que la première étape d’un processus qui comprend aussi le raffinage et la séparation (pour isoler les différents éléments de terres rares), avant la transformation.

C’est grâce à la séparation que la Chine contrôle le secteur, avec encore 91% des volumes en 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les autorités chinoises ont restreint l’exportation de plusieurs de ces éléments l’an passé, avant de suspendre la mesure, consacrant la maîtrise de cette ressource comme un levier géopolitique.

Inde, Japon ou France mettent, eux aussi, les bouchées doubles pour desserrer l’étau chinois sur les terres rares. Le sujet est au menu des discussions entre Donald Trump et Xi Jinping en Chine cette semaine. MP Materials, dans lequel le gouvernement américain a pris une participation d’environ 15%, s’apprête à démarrer la séparation à Mountain Pass « de façon imminente », a indiqué jeudi le PDG James Litinsky.

Un autre industriel a pris le contrôle de l’Australien ASM

En janvier, un autre industriel américain, Energy Fuels, également producteur d’uranium, a pris le contrôle de l’Australien ASM et prévoit la construction d’un site aux États-Unis, qui effectuera également la séparation. USA Rare Earth a, quant à lui, pris une participation (12,5%) au capital du spécialiste français Carester, avec lequel il développe cette technique.

Quant au dernier maillon de la chaîne, les jeunes entreprises Vulcan Elements et eVAC Magnetics produisent déjà des aimants permanents depuis l’an dernier, en attendant d’être rejoints par MP Materials prochainement. « Nous ne faisons pas que vendre des aimants », déclare à l’AFP le patron de Vulcan Elements, John Maslin. « Nous offrons une chaîne d’approvisionnement sûre, indépendante de la Chine. »

« Il va falloir du temps »

« Il va falloir du temps » avant que la concurrence « atteigne une échelle suffisante pour réduire significativement les parts de marché des producteurs chinois », avertit Roderick Eggert, professeur à l’école des Mines du Colorado. Pour jouer sur plusieurs tableaux, les États-Unis ont passé, ces derniers mois, des accords avec plusieurs pays producteurs: Australie, Thaïlande, Rwanda ou République démocratique du Congo.

Pour John Maslin, l’hypothèse d’une autonomie complète des Etats-Unis, de l’extraction à la commercialisation d’aimants permanents, n’est plus farfelue. « Mais l’industrie va devoir innover et surpasser la Chine », prévient le dirigeant, « pas uniquement copier ce qu’elle fait ».

© Agence France-Presse

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