Guerre prive école Liban depuis le 2 mars 2026. Près de 500 000 élèves libanais ne peuvent plus rejoindre leur classe. Les frappes israéliennes et les déplacements massifs ont paralysé le système éducatif d’un pays déjà fragilisé.
La guerre prive les enfants d’école au Liban : un demi-million d’enfants déscolarisés
Dans une salle du lycée Abdel Kader, au cœur de Beyrouth, Ahmad Melhem, 17 ans, fixe l’écran de sa tablette. Autour de lui, des matelas et des couvertures couvrent le sol. Sa famille a fui la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée quotidiennement par l’armée israélienne.
Ahmad tente de suivre des cours préenregistrés. Il n’a pas de connexion internet. Une ONG a installé une borne dans la cour du lycée, mais l’endroit grouille d’enfants et d’adultes. Difficile de se concentrer.
« Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves », dit-il à l’AFP. Le lycéen veut, à tout prix, décrocher son baccalauréat. Il rêve d’études d’ingénieur.
350 écoles publiques converties en centres d’hébergement
Selon l’Unicef, près de 500 000 élèves ont cessé de fréquenter leur établissement depuis le 2 mars. Quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centres d’accueil pour les personnes déplacées. Les établissements situés dans les zones bombardées ont fermé pour une durée indéterminée.
Les frappes israéliennes ont tué plus de 1 100 personnes au Liban, dont 122 enfants. Plus d’un million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile, selon les autorités libanaises.
Ahmad et sa famille ont pris des risques pour récupérer leurs livres scolaires avant de fuir. « Les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud », rappelle l’adolescent.
Son école privée a finalement repris un enseignement à distance deux semaines après le début du conflit. Les aménagements sont nombreux : les matières facultatives restent suspendues, les cours sont raccourcis. « Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent », confie Ahmad, qui décrit les cours en présentiel comme « plus stimulants ».
Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente en parallèle d’aider son fils cadet, huit ans, à suivre l’école en ligne. « Si je le laisse tout seul, il se met à rêvasser », dit-elle. Elle ne lâche pas sur l’essentiel : « La guerre a tout détruit. L’éducation est la seule chose qu’il reste à mes enfants. »
Le Liban en guerre depuis le 2 mars 2026
Le pays a basculé dans le conflit le 2 mars 2026. Ce jour-là, le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, en représailles à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei. Khamenei avait été tué le 28 février, premier jour de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
Depuis, les frappes israéliennes frappent régulièrement la banlieue sud de Beyrouth et d’autres localités du pays. Les populations fuient vers le nord et le centre, saturant les structures d’accueil.
Les écoles publiques, déjà peu équipées avant le conflit, absorbent des centaines de familles. Elles ne peuvent assurer ni cours en présentiel ni enseignement à distance dans des conditions satisfaisantes.
La guerre prive les enfants d’école au Liban : la fracture numérique entre élèves
Aya Zahran, 17 ans, a fui la banlieue sud avec sa famille. Elle est hébergée dans un lycée professionnel de Dekwaneh, dans la banlieue nord de Beyrouth. Ses journées se résument à « cuisiner et à travailler à rendre l’endroit vivable ».
Elle partage un seul téléphone avec ses frères et sœurs pour accéder aux cours en ligne. « Les liens transmis par l’école publique ne fonctionnent souvent pas », dit l’adolescente.
Cette situation illustre ce que le directeur de l’éducation de l’Unicef au Liban, Atif Ratique, qualifie de « fracture numérique ». Les élèves du sud du pays, les plus touchés par les bombardements, sont aussi les moins équipés. Les établissements publics ne disposent pas des ressources nécessaires pour assurer un enseignement à distance digne de ce nom.
Les alertes de l’Unicef : baccalauréat et mariages forcés
L’Unicef s’inquiète particulièrement pour les lycéens en terminale, comme Ahmad. Sans passage du baccalauréat cette année, ces élèves risquent de ne pas pouvoir rejoindre l’université l’an prochain.
Atif Ratique soulève une autre menace. Des filles et adolescentes déplacées pourraient abandonner l’école sous la pression de « mariages forcés ». La déscolarisation prolongée, dans un contexte de promiscuité et de précarité, aggrave ce risque.
Nassima Ismaël, déplacée de l’est du Liban, refuse catégoriquement ce scénario pour ses enfants. « Mes enfants sont d’excellents élèves, je ne veux pas qu’ils arrêtent l’école comme nous quand nous étions enfants », dit-elle. Elle évoque sa propre enfance, marquée par la guerre civile libanaise de 1975 à 1990.
La guerre prive les enfants d’école au Liban : les réponses d’urgence se mettent en place
Face à l’ampleur de la crise, le ministère libanais de l’Éducation et l’Unicef ont lancé une plateforme en ligne proposant des cours préenregistrés. Cette initiative vise à compenser l’absence de connexion fiable dans les centres d’hébergement.
Un service d’assistance téléphonique a également été mis en place, par l’Unicef et une ONG libanaise. Les élèves peuvent y joindre un professeur sans avoir besoin d’internet. Ce dispositif cible en priorité les zones les moins connectées, notamment dans le sud du pays.
Ahmad Melhem, lui, garde les yeux fixés sur ses livres. Il veut terminer le lycée. Devenir ingénieur reste son objectif. Pour l’heure, il compose avec les moyens du bord, dans une salle de classe devenue dortoir.
Source : Agence France-Presse
















