Les frappes iraniennes dans le Golfe Persique entrent dans leur deuxième journée consécutive. Des missiles et des drones visent les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn, le Koweït et, pour la première fois, Oman. Le bilan provisoire compte au moins deux morts aux Émirats et des dizaines de blessés dans la région. L’Iran venge l’attaque américano-israélienne contre ses installations. Il venge aussi la mort de son Guide suprême Ali Khamenei.
Dubaï, Abou Dhabi, Doha : une nuit sous les missiles
Dimanche matin, les explosions ont de nouveau résonné sur les rives du Golfe. Des journalistes de l’AFP ont entendu des détonations à Dubaï, à Doha et à Manama, capitale du Bahreïn. La deuxième journée consécutive de frappes iraniennes s’ouvre dans une tension extrême. Après les premières salves du samedi, l’Iran intensifie sa campagne militaire contre ses voisins. La riposte est massive, méthodique et délibérément symbolique.
Aux Émirats arabes unis, le ministère de la Défense dresse un bilan d’une ampleur inédite : 137 missiles et 209 drones tirés par l’Iran ont visé le territoire national, majoritairement détruits ou interceptés. Mais certains ont atteint leur cible.
Des débris de missiles tuent un civil à Abou Dhabi. Un autre civil meurt dans un « incident » à l’aéroport international de la capitale. Sept personnes y sont également blessées.
Le ministère émirati parle sans ambiguïté d’une « attaque manifeste de missiles balistiques iraniens ».
À Dubaï, une explosion secoue The Palm. L’explosion touche l’île artificielle emblématique de l’émirat.
Un incendie a blessé quatre personnes. Dans le port de Jebel Ali, un tir de missiles iraniens a provoqué un feu, sans faire de blessés. Plus préoccupant encore : des témoins ont signalé de la fumée s’élevant depuis la base aérienne d’Al Dhafra, à Abou Dhabi, où stationnent des troupes américaines dont la 380e escadre expéditionnaire de l’US Air Force. Les entreprises de la zone ont demandé à leurs employés d’évacuer les lieux.
Pour Anwar Gargash, conseiller du président émirati, ces attaques constituent une « erreur de calcul » et isolent l’Iran « à un moment critique », selon des propos rapportés par l’AFP.
Oman ciblé pour la première fois : un signal diplomatique fort
Le coup de théâtre de cette deuxième journée vient d’Oman. Oman joue depuis des décennies un rôle de médiateur discret entre Téhéran et Washington. Le Sultanat est frappé pour la première fois. Deux drones atteignent le port de Duqm dimanche matin. Un travailleur est blessé. L’agence de presse omanaise cite une « source sécuritaire ».
Simultanément, des missiles prennent pour cible un pétrolier battant pavillon des Palaos au large des côtes omanaises. L’attaque blesse quatre membres d’équipage.
L’équipage évacue le navire en totalité.
Ce ciblage n’est pas anodin. Oman avait servi de cadre aux négociations reprises début février entre l’Iran et les États-Unis. En frappant Mascate, Téhéran envoie un message brutal : plus aucun acteur régional n’est hors de portée. La neutralité n’offre plus de protection.
Le Qatar accueille la plus grande base militaire américaine de la région. Il n’est pas épargné. Les frappes du samedi laissent des traces profondes. Huit personnes sont blessées. L’Iran a tiré 44 missiles et huit drones, selon un diplomate anonyme cité par l’AFP. La base d’Al-Udeid est directement touchée. Elle héberge le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).
Elle abrite ses forces aériennes et d’opérations spéciales. Un missile endommage un système radar à longue portée.
Dimanche matin, une épaisse fumée noire flotte encore au-dessus de Doha. Plusieurs fortes explosions ont retenti au sud de la ville.
Face à cette situation, l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a appelé le président américain Donald Trump pour plaider en faveur d’une « dangereuse escalade » à contenir.
Koweït, Bahreïn : les bases américaines dans le viseur
Le Koweït a fermé son espace aérien. Les frappes blessent douze civils. Des missiles atteignent aussi la base aérienne d’Ali Al-Salem. Les missiles blessent trois militaires.
Elle accueille du personnel américain, britannique et italien. Un drone atteint aussi l’aéroport international du Koweït. Des employés sont légèrement blessés. L’Autorité de l’aviation civile signale des « dégâts matériels limités au terminal passagers ».
Au Bahreïn, la tension monte autour du quartier général de la Cinquième flotte américaine, installée à Manama. L’armée bahreïnie abat 45 missiles et neuf drones iraniens. Mais quatre personnes restent blessées malgré ces interceptions. Des drones et des débris de missiles endommagent trois bâtiments résidentiels de la capitale, selon le ministère de l’Intérieur. Un drone frappe aussi l’aéroport international. Il ne fait aucune mort.
Face à l’ampleur des frappes, les autorités bahreïnies ont ordonné l’évacuation du quartier abritant le siège de la Cinquième flotte. L’ambassade américaine à Manama a annoncé sa fermeture « compte tenu des frappes de missiles en cours » et a autorisé son personnel non essentiel à quitter le pays.
L’Arabie saoudite en première ligne de la riposte diplomatique
Ryad n’est pas épargnée non plus. L’Arabie saoudite repousse des frappes contre sa capitale. Elle défend aussi sa province orientale, cœur de son industrie pétrolière. Le Royaume exprime sa « plus vive condamnation des attaques iraniennes » contre son territoire. Il dénonce plus largement « l’agression iranienne » dans la région.
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a multiplié les appels téléphoniques avec ses homologues émiratis, bahreïnis, qataris, koweïtiens et jordaniens. Il les a assurés de « la pleine solidarité du Royaume et de son soutien » et de la disponibilité de son pays « à mettre toutes ses capacités à leur disposition », selon la diplomatie saoudienne.
Ce front uni marque une nouvelle étape. L’architecture de sécurité régionale se désintègre. Les monarchies arabes évitaient toute confrontation directe avec l’Iran. Ce temps est révolu. Elles se retrouvent aujourd’hui sous le feu.
Téhéran avait pourtant prévenu ces dernières semaines. L’Iran menaçait de frapper les installations américaines dans le Golfe. La condition : une attaque de Washington. Washington a attaqué. L’Iran passe aux actes.
La question qui plane désormais sur la région est celle de la réponse américaine — et de son calendrier.
— Avec l’AFP, Abou Dhabi, 1er mars 2026
















