Le chef d’état-major de l’armée éthiopienne a publiquement mis en cause l’Érythrée, le Soudan et l’Égypte ce dimanche 27 septembre 2026. Il accuse ces trois pays d’apporter leur soutien aux groupes armés qui affrontent ses troupes depuis mercredi dans le nord de l’Éthiopie.
Les combats ont repris mercredi dans le nord du pays, où le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), formation politique qui gouverne de fait l’Etat régional, illégalement selon le gouvernement fédéral, a indiqué répondre à une « invasion » des forces fédérales éthiopiennes. Une guerre meurtrière a déjà opposé les deux camps entre 2020 et 2022.
Des combats ont depuis été signalés dans les Etats régionaux voisins de l’Amhara et de l’Afar, dans des zones frontales du Tigré. Mais les communications étant en grande partie coupées au Tigré et ses environs depuis vendredi, l’évolution des combats est difficile à déterminer.
En Amhara, les miliciens locaux Fano, qui ont pris les armes contre le gouvernement fédéral en 2023, participent aux combats, selon Acled, une ONG spécialisée dans la collecte et l’analyse des conflits.
« Nous combattons des forces organisées et alliées pour servir les intérêts de forces extérieures », a affirmé sur la chaîne Youtube des forces armées éthiopiennes (ENDF), leur chef d’état-major, le maréchal Birhanu Jula.
« Ni l’Erythrée, ni le TPLF ne peuvent arriver à quoi que ce soit seuls, même alliés, à moins d’être soutenus et approvisionnés par le Soudan, l’Egypte et d’autres puissances extérieures », qu’il n’a pas nommés, a accusé le maréchal Jula.
Déplacement massif de 150 000 personnes
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Les autorités éthiopiennes accusent depuis plusieurs mois le TPLF de s’être rapproché de l’Erythrée voisine. Le 22 septembre, sept groupes armés de divers Etats régionaux d’Ethiopie, dont les Fano et le TPLF, avaient annoncé une alliance pour « renverser » le gouvernement fédéral.
Dimanche, un drone a frappé un immeuble hébergeant la télévision officielle du Tigré, à Mekele, capitale de cet Etat régional le plus septentrional de l’Ethiopie, dont les autorités rebelles se disent en « guerre totale » contre le gouvernement fédéral, ont indiqué plusieurs journalistes de la chaîne à l’AFP.
En Afar, une source au sein d’une ONG locale a indiqué à l’AFP que les forces du TPLF s’étaient emparées dimanche de la localité d’Erebti, située dans une zone montagneuse à une soixantaine de kilomètres de la frontière du Tigré par la route, après d’intenses combats ayant notamment impliqué des tirs d’artillerie lourde.
Selon cette source, les combattants tigréens progressent désormais vers la localité d’Afdera, à une centaine de kilomètres plus à l’est, verrouillés vers l’unique axe arrivant de Djibouti, d’où vient l’essentiel des importations de l’enclavée éthiopienne.
« Sur la base des estimations reçues des communautés », on peut « dire prudemment que 150.000 personnes sont désormais déplacées » des zones de l’Afar théâtres de combats, a précisé la source humanitaire, même s’il est selon elle « impossible de connaître leur nombre exact car il est impossible d’accéder aux zones rurales ».
« A l’heure actuelle, nous essayons de rassembler de la nourriture » et « de l’eau à apporter par camions » aux déplacés, a ajouté cette source.
La menace d’une nouvelle guerre
A Mekele, l’immeuble de Tigrai TV a été touché par une frappe de drone vers 09H00 (06H00 GMT) dimanche, ont indiqué à l’AFP des journalistes de cette chaîne, organe officiel des autorités dissidentes du Tigré.
« Nous avons entendu une forte détonation provoquée par une frappe de drone ailleurs et nous avons quitté le bâtiment. Juste après notre départ, le bâtiment (de Tigrai TV) a été touché et endommagé », a déclaré à l’AFP l’un de ces journalistes.
La chaîne, qui emploie plus de 400 journalistes, a arrêté ses retransmissions en plein direct, a précisé à l’AFP un autre journaliste.
Aucun blessé n’est pour l’instant recensé, ont-ils indiqués.
Des photos prises par un journaliste local montrent la façade du bâtiment endommagée et noircie, avec de nombreuses vitres soufflées par l’explosion.
Les autorités fédérales éthiopiennes avaient annoncé le 21 septembre avoir suspendu « pour une durée indéterminée » Tigrai TV et interdit à tout média de relayer ses informations.
La chaîne, active sur X, n’a pas encore commenté l’attaque.
La reprise des combats dans le nord de l’Ethiopie, après des mois de tension, fait planer le spectre d’une nouvelle guerre à grande échelle, quatre ans après un précédent conflit au Tigré, l’un des plus meurtriers au monde ces dernières années, qui a fait au moins 600.000 morts entre 2020 et 2022, selon une estimation de l’Union africaine jugée basse par de nombreux experts.











