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Retour difficile à Khartoum : la désillusion des Soudanais revenus dans une capitale en ruines

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Trans Afrique

Plus d’un an après la reconquête de la capitale soudanaise par l’armée, le retour difficile à Khartoum nourrit la désillusion de ceux qui ont choisi de revenir. Bombes non explosées, médicaments introuvables et quartiers dévastés rythment leur quotidien. Les autorités, elles, continuent d’inciter la population à réinvestir la ville.

Retour difficile à Khartoum : un quotidien jugé invivable

À Khartoum, des bombes explosent sans prévenir. Les médicaments restent difficiles à trouver et les ruines s’étendent à chaque coin de rue. La reprise de la ville par l’armée remonte pourtant à plus d’un an.

Emad Khaled mesure chaque jour l’écart entre ses espoirs et la réalité. Cet homme d’affaires soudanais de 43 ans le dit sans détour : « C’était une erreur de faire revenir ma famille ici ».

Il fait partie des 2,7 millions de personnes qui ont décidé de rentrer. Ces personnes étaient épuisées par la guerre et par les déplacements forcés. Celles qui s’étaient réfugiées dans l’Égypte voisine ont parfois subi des persécutions raciales.

L’homme d’affaires dépeint une vie quotidienne impossible à tenir. Ses enfants ne peuvent pas aller à l’école dans une ville ravagée par la guerre. Il prévoit donc de les renvoyer en Égypte, tandis que lui doit rester sur place, « pour le travail ».

Bombes, coupures, pénuries : les obstacles au quotidien

Des engins explosifs cachés dans la ville

Depuis la reconquête, des dizaines d’enfants ont été tués ou blessés par des bombes. Ces engins n’avaient pas explosé pendant les combats. Ils restent dissimulés dans des maisons ou dans les rues.

La menace concerne presque toute l’agglomération. Selon l’ONU, à peine 1 % de la superficie de la ville ne présente pas de risque.

Eau, électricité et emploi

Les coupures d’eau et d’électricité se succèdent sans relâche, parfois pendant des jours. Elles persistent malgré les travaux de reconstruction. Une autre difficulté s’y ajoute pour les habitants : trouver un travail.

Des soins hors de portée

Thuraya Babiker pensait être revenue pour de bon. Trois mois après son retour, cette retraitée de 86 ans fait déjà ses valises. « Avec mon mari et ma plus jeune fille, nous partons aux Émirats arabes unis », explique-t-elle, à regret.

Les soins médicaux dont elle a besoin lui sont inaccessibles. Ce manque touche pourtant un secteur qui a bénéficié d’efforts de reconstruction.

Lors de la reprise de Khartoum l’an dernier, les organisations caritatives se sont empressées de rebâtir les hôpitaux. Certains établissements sont désormais « meilleurs qu’avant », assure le personnel de santé. Malgré ces efforts, bon nombre de services et de traitements font encore défaut.

Le médecin Haifa Omar reconnaît les limites de la prise en charge. « Nous sommes contraints de demander aux patients d’acheter eux-mêmes certains médicaments », admet-il. « A chaque fois j’ai la gorge nouée, parce que je sais à quel point leur situation est difficile. »

Une course aux traitements

Imam Babiker, 34 ans, a dû visiter dix pharmacies avant de trouver le traitement de son père contre la tension artérielle. Il constate aussi que le « prix change chaque jour ».

Pour conserver l’insuline de sa mère, diabétique, il a acheté un réfrigérateur. Mais « l’électricité est coupée 12 heures par jour, donc elle s’abîme », déplore-t-il. D’autres habitants ont vu leur frigo volé par des pillards et ne peuvent stocker ni viande ni légumes.

Des étudiants sommés de revenir

Les étudiants de Khartoum ont eux aussi reçu l’ordre de rentrer. En juillet, les autorités ont mis fin à l’enseignement en ligne.

Un étudiant, qui préfère rester anonyme, exprime son agacement. « L’université refuse de me laisser soutenir ma thèse à distance, alors même que mon directeur de recherche se trouve à l’étranger et refuse de rentrer », explique-t-il.

Retour difficile à Khartoum : une capitale ravagée par la guerre

Les hostilités ont éclaté en 2023. Elles opposent l’armée régulière soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Quatre millions d’habitants de la capitale ont alors pris la fuite.

L’armée a repris la ville l’an dernier. Le gouvernement a rapidement encouragé la population à revenir, soucieux de donner une image de normalité. Ailleurs dans le pays, les combats continuent.

Plusieurs mesures ont accompagné cette politique. Les ministres ont été pressés de réinvestir leurs quartiers et les fonctionnaires ont été priés de revenir. À l’aéroport de Khartoum, les vols domestiques ont repris.

L’ombre d’une grande capitale africaine

Khartoum était autrefois une grande capitale africaine de 8 millions d’habitants. La ville n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Dans les secteurs huppés, seul le chant des oiseaux rompt le silence. Les villas sont vides, lorsqu’elles n’ont pas été pulvérisées par des missiles. Sous les pas, le verre des fenêtres brisées crisse.

Le centre-ville est jonché de carcasses de bâtiments noircis. Selon un haut responsable de l’ONU, l’ampleur des destructions y dépasse celle observée sur d’autres théâtres de guerre, y compris en Ukraine.

Une économie effondrée

L’économie nationale s’est effondrée. Le taux de change atteint désormais 8 000 livres soudanaises pour 1 dollar. Ce niveau est 16 fois plus élevé qu’avant la guerre.

« Tout ceci est politique » : les voix des habitants et des analystes

Une autre élève tente désespérément d’obtenir une bourse en Égypte pour repartir de zéro. Elle décrit des autorités fermées aux demandes des étudiants. « Ils n’ont rien voulu entendre. « Leur seule priorité, c’est que les gens reviennent », confie-t-elle.

Cette étudiante voit dans cette politique une intention précise. « Pour moi, tout ceci est politique : ils veulent donner l’illusion que la situation est normale, alors qu’elle ne l’est absolument pas ».

L’analyse de Kholood Khair

L’analyste Kholood Khair apporte un éclairage sur la stratégie des autorités. Selon elle, l’image d’une capitale stable est essentielle pour incarner « le contrat social soudanais ». Elle rappelle que Khartoum a été historiquement épargnée par les conflits qui déchiraient les confins du pays.

« Et c’est ce qu’elles cherchent à rétablir en incitant les gens à rentrer », observe-t-elle.

Des familles déjà sur le départ

Pour plusieurs habitants revenus, la décision est prise ou en préparation. Emad Khaled prévoit de renvoyer ses enfants en Égypte, faute de pouvoir les scolariser. Il reste à Khartoum pour son travail.

Thuraya Babiker quitte la ville trois mois seulement après son retour. Elle part aux Émirats arabes unis avec son mari et sa plus jeune fille. Les soins dont elle a besoin restent inaccessibles sur place.

Une étudiante cherche, de son côté, à rejoindre l’Égypte grâce à une bourse. Son objectif est de reprendre à zéro.

Des risques toujours présents

Les dangers décrits par les habitants demeurent. À peine 1 % de la superficie de la ville ne présente pas de risque, selon l’ONU. L’électricité peut être coupée 12 heures par jour, selon Imam Babiker, et les coupures durent parfois des jours.

Face à ces difficultés, les autorités maintiennent leur cap. L’enseignement en ligne a pris fin en juillet et le retour de la population reste leur priorité, selon les étudiants interrogés.

Source : Agence France-Presse

 

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