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Frappes russes sur entrepôts : à Kiev, faire ses courses sous la menace des drones

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Frappes russes sur entrepôts : dans la région de Kiev, les frappes russes sur des entrepôts civils se sont multipliées ces derniers mois, selon une analyse de l’AFP. Rayons dégarnis, marques absentes et prix sous pression : les habitants adaptent leurs achats, pendant que les autorités demandent aux enseignes de repenser leur logistique.

Frappes russes sur entrepôts : des rayons qui se vident à Kiev

D’un œil, Maksym Tarasenko inspecte les rayons. De l’autre, il suit sur son téléphone l’avancée des drones russes au-dessus de Kiev. Pour ce jeune homme de 26 ans, faire ses courses de cette manière est devenu une habitude.

Une absence, pourtant, l’irrite. Amateur revendiqué de caféine, il cherche en vain sa boisson préférée. « Il n’y a absolument plus de Coca-Cola, pas même d’équivalent », regrette-t-il.

La scène se déroule dans un supermarché de Silpo, une enseigne ukrainienne. Son soda favori a disparu des étagères, et la cause tient, une fois encore, aux bombardements russes.

Ce manque n’est pas le premier. Le mois précédent, raconte Maksym, « il n’y avait plus de pommes de terre, de céréales et certains légumes manquaient ».

Une intensification mesurée

Ces pénuries s’inscrivent dans une tendance chiffrée. Au cours des neuf derniers mois, les entrepôts civils de la région de Kiev ont subi trois fois plus de bombardements russes que durant les quatre premières années d’invasion. Les deux tiers de ces frappes ont eu lieu depuis le début du mois d’août.

Ce constat provient d’une analyse réalisée par l’AFP. Elle repose sur les données de l’ONG Acled, spécialisée dans l’analyse des conflits armés, arrêtées au 18 septembre.

Une logistique centralisée mise à mal

Le diagnostic du ministre de l’Alimentation

Cette campagne a frappé le cœur du système de distribution. Le ministre ukrainien de l’Alimentation, Taras Vysotsky, a reconnu qu’elle avait « fortement perturbé, voire rendu inopérant » le modèle des grandes enseignes. Ce modèle repose sur des plateformes logistiques centralisées.

Face à ce constat, le ministre a demandé aux enseignes de décentraliser leur logistique. Il les a invitées à miser sur des circuits d’approvisionnement courts. Des entrepôts plus petits, ou installés dans les pays voisins, font aussi partie des pistes qu’il a avancées.

Fozzy revoit son organisation

Parmi les acteurs durement touchés figure le groupe Fozzy, propriétaire de Silpo. Début août, il a annoncé la réorganisation de sa logistique.

Aujourd’hui, l’atmosphère des rayons a changé. Malgré la disparition de certaines marques, les supermarchés ont retrouvé des couleurs. Fruits empilés avec soin, promotions criardes et petite musique candide composent à nouveau le décor.

Une normalité sous surveillance

Ce retour à l’ordre ne dissipe pas l’inquiétude. Les clients fixent nerveusement leurs téléphones. Au-dessus de la capitale, un épais nuage de fumée s’élève : des drones viennent de frapper un marché proche de la gare centrale.

Le contraste est saisissant entre l’ambiance des magasins et la réalité extérieure. Les courses se font désormais au rythme des alertes.

Frappes russes sur entrepôts : un coût économique chiffré

Un entrepôt réduit à l’état de carcasse

À une dizaine de kilomètres de là, en banlieue de Kiev, des pompiers s’activent autour d’une immense structure métallique calcinée. Au milieu des tôles fondues apparaissent quelques canettes, des bouteilles d’huile et des paquets de sel.

La veille encore, ce bâtiment servait d’entrepôt à l’enseigne ECO Market. Il offre une illustration concrète des frappes russes sur des entrepôts dans la périphérie de la capitale.

Un déficit pour l’État et une menace sur les prix

L’économiste Oleg Pendzyne avance un chiffre. D’après lui, ces attaques russes ont entraîné un déficit d’environ 1,3 milliard d’euros pour l’État ukrainien.

Les consommateurs pourraient également être concernés. Taras Vysotsky a averti que la réorganisation de la logistique pourrait faire augmenter le prix des denrées alimentaires jusqu’à 2,5 %.

Cet avertissement intervient dans un contexte d’inflation déjà mesurée. Selon la banque centrale ukrainienne, les prix ont progressé de 8,1 % en août sur un an.

Boryspil, ville d’entrepôts devenue cible

Le phénomène dépasse les seules grandes surfaces de la capitale. Depuis août, une odeur de brûlé plane en permanence sur Boryspil. Cette petite ville, entourée d’entrepôts, est devenue une cible privilégiée de Moscou.

Entre colère et sang-froid, les habitants s’adaptent

Maksym Tarasenko et la « panique » recherchée

Maksym Tarasenko livre sa propre lecture des attaques. Selon lui, Moscou cherche à « créer une panique généralisée parmi les civils ».

Il se souvient des premières pénuries. Elles ont provoqué une ruée sur certains produits, les habitants voulant constituer des réserves avant l’hiver.

Le jeune homme affirme, lui, garder son calme. Il a trouvé une solution à proximité : « Un petit marché s’installe près de chez moi. J’y achète parfois des produits de base, c’est un peu moins cher ».

Une solution de repli est déjà prête. Si la situation se dégradait encore, Maksym a repéré en province un producteur auprès duquel acheter des pommes de terre.

Anya Dmyterko face à la hausse des prix

Sur le marché central de Boryspil, le ton est tout aussi direct. « Ça tape fort sur le portefeuille ! » lâche Anya Dmyterko, épicière affable de 35 ans.

Elle mesure le changement à l’aune de son pouvoir d’achat. « Avec mille hryvnias (19,50 euros environ), je pouvais acheter des provisions, de la viande, des sucreries pour les enfants », explique-t-elle. « Aujourd’hui, tu ne peux pratiquement plus rien acheter ».

Les sirènes hurlent à nouveau sur le marché. Anya pousse son diable chargé de saucisses, sans lever les yeux.

La soirée impose une autre routine. Quand les drones approchent, l’épicière « attrape en vitesse ses trois enfants et file au sous-sol ».

Avant l’hiver, marchés et épiceries prennent le relais

De nouveaux clients malgré le danger

Le risque n’éloigne pas la clientèle d’Anya. De nouveaux acheteurs affluent, attirés par des rayons moins touchés que ceux des grandes surfaces. Pénuries et hausse des prix y pèsent moins lourdement.

Ce mouvement renvoie à la structure des achats décrite par Oleg Pendzyne. Les supermarchés, rappelle-t-il, restent surtout fréquentés par « la jeune génération, citadine, avec des revenus confortables ».

La majorité des familles ukrainiennes suivent un autre schéma. Chaque mois, elles achètent « 45 % de leurs produits sur les marchés » et « 30 % dans les épiceries de quartier », selon l’économiste.

Un risque de pénurie écarté pour le moment

Ces commerces s’approvisionnent directement auprès des producteurs nationaux. D’après Oleg Pendzyne, ce circuit permet, pour l’heure, d’écarter tout « risque de pénurie alimentaire ».

Son diagnostic vaut donc pour la situation actuelle. Il ne s’étend pas au-delà.

Des enseignes contraintes de se réorganiser

Pour les grandes enseignes, la suite passe par la transformation de leur logistique. Taras Vysotsky a fixé la direction : décentralisation, circuits courts, entrepôts plus petits ou situés dans les pays voisins.

Cette adaptation comporte un coût potentiel. Selon le ministre, elle pourrait renchérir les denrées alimentaires jusqu’à 2,5 %.

L’hiver en ligne de mire

Dans le marché, les batteries antiaériennes se font entendre. Leur bruit ne suffit pas à couvrir les discussions qui l’animent ces derniers jours, consacrées à l’inflation et à l’arrivée de l’hiver.

Anya a déjà commencé ses préparatifs. Cornichons et tomates finissent en bocaux.

« L’essentiel, c’est qu’il y ait de la nourriture, de l’eau », conclut-elle. « Sans Coca-Cola, ce n’est pas une catastrophe ».

Source : Agence France-Presse

 

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