Le président américain Donald Trump ne montre aucune inquiétude concernant la trajectoire baissière que prend le dollar. Mais cette indifférence risque de ne pas être du goût de tous les Américains, à qui elle pourrait coûter cher.
– Quasiment -15% en un an –
Interrogé mardi sur la valeur de la monnaie des Etats-Unis, le président américain l’a trouvée « formidable », estimant que « le dollar se porte très bien ».
Ces commentaires n’ont pas été appréciés par les marchés, plongeant temporairement la devise à un niveau plus vu depuis juin 2021, à 1,20 dollar pour un euro.
En martelant le lendemain que la Maison Blanche a « une politique en faveur d’un dollar fort », le ministre de l’Economie Scott Bessent a bien tenté d’éteindre l’incendie.
« Mais les seuls commentaires qui comptent au sein de l’administration américaine sont ceux de Trump », estime auprès de l’AFP Adam Button, analyste en chef des changes pour la plateforme InvestingLive. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le dollar s’est replié de près de 15% face à l’euro.
Avec les nombreuses incertitudes entourant la politique du chef d’Etat et « les inquiétudes concernant l’indépendance » de la banque centrale américaine, « les problèmes pour le dollar continuent de s’accumuler », estiment Shaun Osborne et Eric Theoret, de Scotiabank.
« Le premier mandat du président américain a fait plus de mal que de bien au dollar. Le second mandat ne s’annonce guère meilleur », écrivait il y a quelques jours Antje Praefcke, analyste au sein de la banque d’investissement Commerzbank.
– « Jouer avec le feu » des droits de douane –
Donald Trump a fait des droits de douane la pierre angulaire de sa politique, aussi bien économique que diplomatique, imposant des surtaxes sur toute une panoplie de produits importés.
Un dollar plus faible est de nature à soutenir l’agenda protectionniste du républicain. « Cela rend les exportations plus compétitives. Mais cela rend également les importations plus coûteuses« . Explique auprès de l’AFP Oren Klachkin, économiste chez Nationwide. En décourageant les achats à l’étranger, Donald Trump cherche à réduire le déficit commercial américain, l’une de ses obsessions.
Stephen Miran, l’un des principaux conseillers de Donald Trump à son retour à la présidence, a largement théorisé cette pratique. « D’un point de vue commercial, le dollar est constamment surévalué », estimait-il dans une doctrine publiée au moment des élections présidentielles de 2024.
Celui qui est désormais gouverneur au sein de la banque centrale américaine (Fed) appelait à déprécier la monnaie, regrettant au passage le statut particulier du dollar, notamment dans les échanges commerciaux mondiaux.
Mais mener une telle politique « c’est jouer avec le feu », juge Adam Button. Avec un « fort » affaiblissement de la monnaie sur une période restreinte, « les dommages pourraient l’emporter sur les avantages », estime auprès de l’AFP Francesco Pesole, stratégiste changes au sein de la banque ING.
– Consommateurs américains –
Les premiers à en subir les conséquences sont les consommateurs américains, poumon de la première économie mondiale. Les Etats-Unis restent encore très dépendants des importations pour toute une variété de produits et tout réindustrialiser localement pourrait prendre des années, voire des décennies, relèvent les experts.
En attendant, des importations rendues plus onéreuses par la baisse du dollar « exercent une pression supplémentaire sur les consommateurs, en particulier les ménages à faibles revenus qui sont déjà confrontés à des coûts élevés sur plusieurs fronts », selon Oren Klachkin.
L’économie américaine semble de plus en plus à deux vitesses, avec les ménages des classes moyennes et populaires qui font état de difficultés croissantes, tandis que le train de vie des foyers aisés ne semble pas affecté. Le coût de la politique de la Maison Blanche risque aussi de se répercuter sur les crédits remboursés chaque mois par les ménages du pays.
La perte de valeur du dollar rend moins attirant le marché de la dette américain, et si les milliers de milliards actuellement investis par des acteurs étrangers « quittent les États-Unis, les Américains paieront plus cher leurs prêts immobiliers », souligne Adam Button.
© Agence France-Presse
















