À Tiné, au Tchad. Faouzi Abdulbagi Mahammat Anour, un Soudanais de 18 ans, fait partie des blessés de drones qui affluent depuis le Soudan. Le visage brûlé et l’œil droit perdu. Il a trouvé refuge de l’autre côté de la frontière après avoir été touché lors d’une attaque.
Le jeune homme faisait pâturer le troupeau familial au nord-est de la ville jumelle de Tina, au Soudan. Une zone qui échappe encore aux Forces de soutien rapide (FSR). Quand il a été pris pour cible par un drone ce 14 juin à 10 heures du matin.
Huit heures plus tard. Il se retrouve alité à l’hôpital de Tiné, côté tchadien. Les mains brûlées et figées dans des bandages. L’histoire de l’attaque est racontée par son cousin, Tadjerdin Mahammat Anour, 15 ans.
Le conflit qui oppose depuis avril 2023 au Soudan l’armée soudanaise aux paramilitaires des FSR, ses anciens alliés. A fait plus de 11.000 morts parmi les civils et a entraîné le déplacement forcé. De plus de 15 millions de personnes, selon l’ONU.
Plus de 1.000 morts parmi les civils
« Notre cousin de 16 ans est mort sur le coup ». Glisse l’adolescent vêtu d’une tunique blanche. Lui une grande partie du visage brûlé.
« Je ne comprends pas pourquoi on a été visés. Nous n’avions pas d’armes », se désole-t-il.
Après quatre jours d’hospitalisation, le jeune Tadjerdin sort accompagné de son oncle, Souleymane Haggar Anour. Pour ce dernier, la responsabilité de l’attaque fait peu de doute.
« Comme le monde ne s’intéresse pas à ce qu’il se passe au Soudan. Les FSR en profitent pour se comporter en terroristes en visant les civils ». Avance le Soudanais de 27 ans coiffé d’un long kadamoul blanc.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme. Plus de 1.000 civils ont été tués par des frappes de drones au Soudan. Ceci au cours des cinq premiers mois de l’année 2026.
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Les Zaghawas, ethnie majoritaire au Darfour, sont particulièrement ciblés par les FSR. Comme l’a établi la justice française en février.
« L’utilisation croissante des drones a profondément transformé le paysage sécuritaire au Soudan ». Note l’ONG Centre mondial pour la responsabilité de protéger dans un bulletin publié le 17 juin.
« Ces frappes se sont considérablement intensifiées avec une précision croissante. Dans le ciblage des zones civiles, notamment des marchés, des quartiers résidentiels, des hôpitaux », détaille l’organisation.
« Depuis début mai. Les frappes de drones autour de Tina, au Soudan, près de la frontière tchadienne. Se sont intensifiées, entraînant des arrivées répétées de patients blessés ». alertait l’ONG Médecins sans frontières (MSF) début juin.
Depuis l’ouverture de l’hôpital fin février. Sur les près de 300 personnes accueillies au service de chirurgie. Plus de 90% sont des victimes de drones, estime son responsable Malachie Mbaïramadji.
« Les blessures par drones entraînent des brûlures… »
« Les blessures par drones entraînent des brûlures, des fractures, des plaies. Des pertes de membres », énumère l’infirmier de 31 ans. Charlotte sur la tête lors d’une ronde matinale dans son service.
De l’autre côté du mur jaune et vert de la chambre des deux cousins. Trois autres Soudanais blessés par des drones sont des alités. Hissen Ibrahim Abdelmadjid, 15 ans, reste allongé sur le ventre, le dos à moitié brûlé.
A ses côtés, Rama Adam Ibrahim, 17 ans. Vient de recevoir une greffe de peau prélevée sur sa cuisse pour reconstruire celle de son pied droit.
A l’autre bout de la pièce, Ahmat Adam Ateib, 22 ans, a une broche dans la jambe droite. Pour ressouder son fémur doublement fracturé.
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Système de santé gravement endommagé
Impossible pour ces Soudanais de se faire soigner dans leur pays. « Tous le système sanitaire côté soudanais est déstabilisé« . Explique Cissé Boucari Hamadoum, coordinateur de projet MSF à Tiné.
« Le personnel de santé a fui. Les structures de santé ont été détruites, où sont devenues inaccessibles. Donc Tiné est le premier hôpital accessible pour les victimes de l’autre côté de la frontière » insiste-t-il.
Depuis le début du conflit au Soudan. 755 attaques contre des centres de santé ou hôpitaux ont été recensées. Selon un rapport de l’association Insecurity Insight publié début juin. L’organisation attribue les deux niveaux de ces attaques aux FSR.
MSF fournit du personnel, des équipements et des médicaments à l’hôpital de Tiné. « Mais on n’est pas en mesure de soigner les blessures les plus graves. Par exemple lorsque le corps est brûlé à plus de 50% », poursuit Cissé Boucari Hamadoum.
Il pointe le manque de moyens pour prendre en charge les blessés. « Les réfugiés continuent d’arriver, mais les partenaires diminuent », s’inquiète-t-il.
Les blessés les plus graves sont envoyés à l’hôpital d’Abéché, à plus de six heures de piste au sud. Avec la saison des pluies qui commence à la fin du mois, ce temps de trajet pourrait doubler.
Mais d’autres menaces semblent plus pressantes que la pluie.
« Les signaux sont au rouge ». Glissent plusieurs sources locales, qui disent craindre une attaque imminente des RSF pour prendre la ville Tina. Jusque-là défendue par la Joint Force, alliée à l’armée soudanaise.












