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Pétrolier russe sous sanctions : l’Anatoly Kolodkin force le blocus américain sur Cuba

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Un pétrolier russe sous sanctions se dirige vers Cuba avec 730 000 barils de brut à son bord. L’île, privée de tout pétrole depuis le 9 janvier, fait face à des coupures d’électricité pouvant dépasser vingt heures par jour. Le blocus américain sur l’approvisionnement en carburant de l’île n’a pas enrayé l’avancée du navire. La fenêtre d’intervention de Washington semble désormais fermée.

Un pétrolier russe sous sanctions défie le blocus américain

L’Anatoly Kolodkin se trouvait dimanche au nord d’Haïti. Sa destination : le port de Matanzas, dans l’ouest de Cuba. Ce pétrolier russe, placé sous sanctions américaines, transporte 730 000 barils de brut. Il doit accoster lundi, selon la société d’analyse maritime Kpler.

Washington avait imposé un blocus rigoureux sur l’approvisionnement en carburant de l’île communiste. L’avancée de ce navire vers les côtes cubaines n’a provoqué aucune tentative d’interception américaine. Sa trajectoire se poursuit sans déviation vers Matanzas. Sa progression n’a suscité aucune réaction visible de la part des autorités américaines.

Le pétrolier avait chargé sa cargaison dans le port russe de Primorsk le 8 mars. Un bâtiment de la Marine russe l’a ensuite escorté à travers la Manche. Les deux navires se sont séparés à l’entrée de l’Atlantique, selon la marine britannique. L’Anatoly Kolodkin a ensuite poursuivi seul sa route vers les Caraïbes.

730 000 barils de brut pour douze jours de répit

Cuba n’a plus importé de pétrole depuis le 9 janvier 2026. Ce jour-là, le Mexique effectuait sa dernière livraison, avant de cesser tout envoi sous la pression directe de la Maison Blanche. Depuis lors, près de dix millions de Cubains subissent les conséquences directes de cette rupture brutale d’approvisionnement.

Les coupures d’électricité frappent l’île de façon régulière et prolongée. Elles dépassent souvent vingt heures par jour. Cuba a subi sept pannes nationales depuis le début de 2024, dont deux survenues en mars seulement. Ces interruptions répétées pèsent sur la population et sur l’ensemble des activités du pays.

Les prix des carburants ont fortement progressé. Les transports publics ont été sévèrement réduits sur l’ensemble du territoire. Certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination de l’île. Face à l’ampleur de la crise, le président cubain Miguel Diaz-Canel a imposé un rationnement strict du carburant ainsi que diverses mesures destinées à réduire la consommation d’énergie. Ces décisions touchent directement le quotidien des Cubains.

La cargaison de l’Anatoly Kolodkin n’apporte qu’un répit partiel. Selon Jorge Piñón, expert de l’énergie cubaine à l’université d’Austin, au Texas, le brut russe pourrait être transformé en environ 250 000 barils de gazole. Cette quantité couvrirait la demande nationale pendant seulement 12,5 jours, selon les estimations de cet ancien cadre du secteur pétrolier.

Cuba privée de ses deux fournisseurs régionaux depuis janvier

Cuba a perdu ses deux principaux fournisseurs de pétrole en quelques semaines. Le Venezuela couvrait l’essentiel des approvisionnements de l’île depuis vingt-cinq ans. Caracas a mis fin à ses livraisons en janvier, à la suite de la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines.

Le Mexique a lui aussi cessé ses envois sous la pression de Washington. Cuba se retrouve désormais sans fournisseur régional opérationnel. L’île dépend entièrement de livraisons extérieures dans un contexte de blocus américain maintenu.

Un second pétrolier avait un temps suscité quelques espoirs. Le Sea Horse, battant pavillon hongkongais, avait été signalé comme transportant du gazole russe en direction de Cuba. Il a finalement pénétré dans les eaux vénézuéliennes, selon les données de Kpler. Cuba ne bénéficiera pas de cette cargaison.

Les relations entre Moscou et La Havane remontent à la période soviétique. Elles se sont renforcées depuis que la Russie a déclenché son offensive à grande échelle contre l’Ukraine en 2022. Les deux pays collaborent étroitement sur les plans politique et économique. L’envoi de l’Anatoly Kolodkin illustre la solidité de cette alliance face aux pressions américaines.

Le 19 mars, Washington avait précisé que l’assouplissement récent des sanctions américaines visant le pétrole russe ne s’appliquait pas aux livraisons à Cuba ni à la Corée du Nord. Cette clarification excluait explicitement La Havane de tout bénéfice d’une éventuelle révision de la politique pétrolière américaine. La position de Washington demeurait donc sans ambiguïté sur ce point.

Pétrolier russe sous sanctions : l’expert écarte toute interception

Jorge Piñón a déclaré à l’AFP être surpris que les États-Unis n’aient pas tenté d’intercepter le navire avant qu’il ne s’approche aussi près de Cuba. Pour cet ancien cadre du secteur pétrolier, la fenêtre d’action américaine s’est pratiquement refermée.

« Je pense qu’à ce stade, les chances que les États-Unis tentent de l’arrêter ont pratiquement disparu », a-t-il affirmé. Il a précisé que, une fois le navire entré dans les eaux cubaines, « il sera presque impossible pour le gouvernement américain de l’arrêter ». L’expert n’identifiait aucun scénario d’intervention crédible à ce stade.

Le 20 mars, le Kremlin avait reconnu discuter avec Cuba des moyens d’aider l’île. Moscou avait toutefois refusé de commenter les informations circulant sur une livraison secrète de gazole russe. La trajectoire de l’Anatoly Kolodkin n’a été révélée que par les données de suivi maritime indépendantes.

Trois semaines avant que le carburant atteigne la population

L’arrivée du pétrolier ne signifie pas un soulagement immédiat. La cargaison doit d’abord être traitée dans les installations de raffinage cubaines. Selon Jorge Piñón, ce processus prendra entre 15 et 20 jours. La distribution des produits raffinés nécessitera encore 5 à 10 jours supplémentaires.

« Le besoin urgent aujourd’hui à Cuba, c’est le gazole », a insisté cet expert. La décision sur l’affectation du carburant reviendra entièrement au gouvernement cubain. Deux priorités s’affrontent directement : alimenter les groupes électrogènes de secours pour réduire les coupures d’électricité, ou fournir du gazole aux autobus, tracteurs et trains indispensables au fonctionnement minimal de l’économie.

Le choix s’annonce difficile. Chaque baril consacré aux générateurs électriques représente un baril de moins pour les transports. Chaque baril destiné aux autobus et aux trains prolonge d’autant les coupures de courant dans les foyers. Aucune des deux options ne permet à elle seule de sortir l’île de l’impasse.

Ce pétrolier russe sous sanctions apporte une réponse partielle à une crise durable. Les 250 000 barils de gazole potentiels couvrent environ douze jours de demande nationale. Cuba devra, au-delà de cette livraison, sécuriser des approvisionnements réguliers pour éviter un retour rapide à la situation actuelle.

Source : Agence France-Presse

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