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Exposition au cadmium dans l’alimentation en France : l’Anses exige une réforme urgente des fertilisants agricoles

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L’exposition au cadmium dans l’ alimentation en France atteint un seuil critique. En 2025, près de la moitié des Français dépassait déjà les valeurs sanitaires de référence pour ce métal toxique, révèle une expertise inédite de l’Anses publiée mercredi 25 mars 2026. L’agence réclame une action immédiate sur les sols agricoles et les engrais phosphatés.

Exposition au cadmium dans l’alimentation France : une imprégnation généralisée, à tout âge

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail publie mercredi une expertise sans précédent. Pour la première fois, l’Anses a évalué l’exposition globale des Français au cadmium tout au long de la vie. Le constat est alarmant : en 2025, près de la moitié de la population française présentait des niveaux d’exposition dépassant les valeurs sanitaires de référence.

L’agence constate une « imprégnation préoccupante à tout âge et dès le plus jeune âge ». Ce point est central. La dose cumulée sur l’ensemble d’une vie détermine directement la toxicité du cadmium. Or l’organisme humain élimine ce métal très faiblement. Chaque exposition, même modeste, s’ajoute aux précédentes.

Les effets sanitaires sont documentés et graves. En cas d’exposition prolongée, le cadmium est cancérogène, toxique pour la reproduction, et provoque des atteintes osseuses et rénales. Ce métal est naturellement présent dans l’environnement. Certaines activités humaines, notamment agricoles et industrielles, en concentrent les niveaux dans les sols et les cultures.

Cette expertise ne part pas de rien. Plusieurs études antérieures avaient déjà identifié une situation préoccupante. Les niveaux d’exposition des Français s’avéraient trois à quatre fois supérieurs à ceux mesurés dans des pays européens comparables. L’Anses a cette fois évalué l’ensemble des sources d’exposition sur la durée d’une vie entière.

Exposition au cadmium dans l’alimentation France : les céréales et le pain, premiers vecteurs

L’alimentation constitue la source d’exposition dominante. Elle représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation chez les non-fumeurs, y compris pour les produits biologiques. Les fumeurs s’exposent en plus par l’inhalation directe de la fumée de tabac.

Les aliments les plus contributeurs sont les céréales du petit-déjeuner, les pains, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits sucrés. S’y ajoutent les pâtes, le riz, le blé, les pommes de terre et certains légumes. Ces produits occupent une place centrale dans l’alimentation quotidienne, ce qui explique leur rôle déterminant dans l’imprégnation globale.

Le chocolat est fréquemment mis en cause dans ce débat. L’expertise le remet à sa juste place. Géraldine Carne, coordinatrice de l’étude, l’a précisé lors d’une conférence de presse : il est « certes plus contaminé, mais moins largement consommé que les produits céréaliers ». L’Anses le classe comme « contributeur mineur ».

Des lacunes subsistent dans l’analyse. Le manque de données a empêché l’intégration du tabagisme passif, de certains cosmétiques et des expositions professionnelles dans l’évaluation.

Des sols agricoles contaminés par des engrais importés d’Afrique du Nord

Le cadmium pénètre dans l’alimentation principalement par les sols agricoles. Les engrais minéraux phosphatés constituent le premier vecteur de contamination des terres cultivées. Les effluents d’élevage et les boues de stations d’épuration jouent également un rôle.

La question des approvisionnements est au cœur du problème. Ces engrais sont fabriqués à partir de roches phosphatées extraites hors de France. Yann Le Bodo, expert à l’Anses et co-coordonnateur du rapport, a précisé que les sources se situent essentiellement au Maroc, en Algérie et en Égypte. Certaines de ces roches « peuvent contenir des teneurs plus élevées en cadmium », a-t-il indiqué.

La réglementation française est en retard sur les recommandations scientifiques. La limite autorisée s’établit à 90 milligrammes de cadmium par kilogramme d’engrais en France, contre 60 mg/kg dans l’Union européenne. L’Anses recommandait déjà en 2019 d’abaisser ce seuil à 20 mg/kg. Sept ans après, cette préconisation n’a pas été appliquée.

Pour réduire la présence du métal dans les fertilisants, l’agence recommande de privilégier des sources d’approvisionnement en roche phosphatée naturellement moins chargées en cadmium. Cette orientation suppose de reconsidérer des chaînes d’approvisionnement établies de longue date.

L’Anses réclame une action immédiate sur les intrants agricoles

L’agence ne se limite pas à alerter. Elle formule des recommandations précises et hiérarchisées. Pour réduire durablement la contamination, l’Anses appelle à « agir avant tout à la source » : réformer les fertilisants, transformer les pratiques agricoles et abaisser les seuils autorisés dans les aliments.

Sur les engrais, elle réclame l’application « dès que possible » de sa limite de 20 mg/kg. L’Anses identifie d’autres leviers concrets : ajuster les types et quantités de fertilisants selon les sols et les cultures, mobiliser le phosphore déjà présent dans les terres plutôt qu’en apporter davantage, et sélectionner des variétés de blé moins accumulatrices de cadmium.

L’Anses suggère également la création d’une base de données nationale dédiée au suivi des teneurs en cadmium dans les fertilisants. Sur les aliments eux-mêmes, ses experts demandent un abaissement des teneurs maximales autorisées pour les produits les plus contributeurs à l’exposition.

Géraldine Carne résume l’enjeu sans détour : « Si les niveaux d’exposition actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population. »

Un calendrier gouvernemental très en deçà de l’urgence sanitaire

Le gouvernement a confirmé son intention de réformer les normes. Le ministère de l’Agriculture a confirmé mercredi à l’AFP la publication prochaine d’un décret et d’un arrêté, après l’avis du Conseil d’État attendu « d’ici avril ».

Mais le rythme prévu s’avère très éloigné des recommandations de l’Anses. La limite dans les engrais phosphatés passerait de 90 mg/kg à 60 mg/kg en 2027, puis à 40 mg/kg en 2030. Le seuil de 20 mg/kg — celui préconisé dès 2019 — ne serait atteint qu’après une étude d’impact favorable et « avant 2038 ». Cela représente une trajectoire de douze ans supplémentaires au-delà d’une recommandation déjà vieille de sept ans.

La filière reconnaît les contraintes techniques. France Fertilisants, association représentant les producteurs, a indiqué développer des procédés de « décadmiation ». France Fertilisants reconnaît toutefois que ces techniques restent « complexes et coûteuses ». L’association n’a communiqué aucun calendrier de déploiement industriel.

Des gestes individuels utiles, mais insuffisants sans réforme collective

L’Anses pose clairement la hiérarchie des responsabilités. Les efforts doivent « avant tout » porter sur des mesures structurelles : réformer les intrants, renforcer les normes, surveiller les niveaux dans les aliments mis sur le marché.

En complément, des recommandations individuelles sont formulées. L’agence invite à limiter la consommation de produits sucrés et salés à base de blé : céréales du petit-déjeuner, gâteaux et biscuits. Remplacer les pâtes par des légumineuses représente une alternative concrète pour réduire son exposition au quotidien.

Ces ajustements restent un second niveau d’action. Sans réforme profonde des pratiques agricoles et des normes réglementaires sur les fertilisants, ils ne pourront suffire à contenir une contamination désormais systémique dans l’alimentation française.

Source : Agence France-Presse

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