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Croissance record pauvreté au Bénin : le prochain président face à un défi social persistant

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Croissance record pauvreté au Bénin : le contraste est frappant dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Le Bénin affiche une expansion économique supérieure à 6% par an, un déficit public maîtrisé et des milliers de kilomètres de routes tracées. Pourtant, plus de 30% de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Le président élu dimanche hérite de cette tension entre dynamisme économique et difficultés sociales persistantes.

Un boom économique qui fait des envieux

Sous la présidence de Patrice Talon, le Bénin a engagé une transformation économique de grande ampleur. La croissance annuelle dépasse 6%. Le déficit public a été ramené à 3% du PIB. Quelque 3 000 kilomètres de routes ont été construits à travers le pays. Des levées de fonds réalisées sur les marchés internationaux ont renforcé la crédibilité financière du pays à l’étranger.

Le climat des affaires s’est profondément assaini. Les procédures administratives ont été numérisées. La création d’entreprise, jadis longue et bureaucratique, peut désormais s’effectuer en ligne en une heure. Ces réformes ont produit des effets concrets pour de nombreux acteurs économiques.

À Abomey-Calavi, dans la proche banlieue de Cotonou, Mathias Tottin dirige une entreprise agroalimentaire qui emploie aujourd’hui une quarantaine de salariés. Ses incubateurs contiennent des milliers d’œufs destinés à devenir des poussins vendus sur le marché local. Sa trajectoire illustre l’impact des réformes menées sous Talon.

« Le climat des affaires est bien assaini au Bénin. Avant, à la douane, il y avait des tarifs à la tête du client pour le même produit. Aujourd’hui, c’est fini », se félicite-t-il.

Des entrepreneurs portés par les réformes

Au cœur de Cotonou, Caludia Togbe dirige une marque de cosmétiques locale dont la boutique a quadruplé de superficie en quelques années. Elle attribue cette progression à la simplification des démarches administratives.

« On peut créer son entreprise en une heure en ligne ! Plusieurs formalités sont digitalisées, il y a beaucoup de facilités pour les entrepreneurs et ça nous permet de rester focalisés sur notre métier au lieu de courir dans les administrations », détaille-t-elle.

Le développement économique a également favorisé l’émergence d’une clientèle nouvelle. Togbe observe l’apparition d’une « certaine classe moyenne » au Bénin, qui alimente désormais ses ventes. Ce phénomène, encore fragile, témoigne d’une transformation structurelle en cours.

Patrice Talon cède sa place après dix ans au pouvoir. Son bilan est salué dans le monde des affaires. Son successeur devra toutefois convaincre ceux que la croissance n’a pas encore atteints.

Croissance record pauvreté au Bénin : les chiffres qui nuancent le tableau

Ces performances macroéconomiques dissimulent des réalités sociales difficiles. Le taux de pauvreté dépasse encore 30% dans le pays. Le Bénin se classe 173e sur 193 à l’indice de développement humain. La croissance n’a pas profité à l’ensemble de la population.

Le secteur informel occupe une place considérable dans l’économie béninoise, comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest. Beaucoup de travailleurs exercent sans filets de protection sociale. Leurs revenus restent proches du minimum légal.

Dans le quartier Zongo de Cotonou, le couturier Moucharaf Fassassi emploie quatre salariés, rémunérés environ 60 000 francs CFA par mois (91,50 euros). Ce montant dépasse à peine le salaire minimum légal, fixé à 52 000 francs CFA (79 euros). La capacité d’épargne demeure très limitée.

La modernisation urbaine a aussi produit des effets inattendus. Les marchés informels de Cotonou ont été remplacés par des halles modernes, plus propres et mieux organisées. Mais les charges plus élevées se sont répercutées sur les prix à la consommation, pénalisant les ménages les plus modestes.

« Tout est cher ! » : le quotidien sous pression

À la faculté des sciences de la santé de Cotonou, Aliou Falilatou prépare du dégué, un populaire dessert lacté à la semoule. Devant ses marmites, elle dresse un tableau sombre du pouvoir d’achat.

« Tout est cher ! Au marché, le gingembre, la tomate… Plus rien n’est abordable », déplore-t-elle.

Elle reconnaît pourtant que des progrès ont eu lieu. « On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de développement, beaucoup de choses ont changé. Mais à la fin du mois, si je vous disais qu’il me reste de l’argent, je mentirais », ajoute-t-elle. Elle appelle à des prêts plus accessibles pour les revenus modestes.

Moucharaf Fassassi partage cette inquiétude. « Mon souhait, c’est que le prochain président diminue le coût de la vie, notamment les taxes et l’électricité. C’est difficile de mettre de côté aujourd’hui », confie-t-il à l’AFP.

Aristide Fadegnon, commerçant de produits céréaliers, résume le sentiment général avec franchise : « Toute cette croissance dont on se vante ne se ressent pas dans l’assiette du pauvre à l’heure du repas. »

Aristide Medenou, directeur général de l’Économie au ministère dédié, reconnaît l’urgence. « Notre croissance n’a de sens que si elle est inclusive, c’est notre priorité absolue », affirme-t-il. Selon lui, le « but ultime » de l’action gouvernementale reste « l’éradication de l’extrême pauvreté ».

Croissance record pauvreté au Bénin : les enjeux de la présidentielle

L’élection de dimanche cristallise ces tensions entre dynamisme économique et difficultés sociales. Le grand favori, Romuald Wadagni, occupe le poste de ministre des Finances depuis 2016. Architecte reconnu du boom économique béninois, il entend inscrire son mandat dans la continuité des réformes engagées.

Son rival, Paul Hounkpè, a répondu directement aux attentes des classes populaires. Il a promis des baisses de prix sur les produits de première nécessité, une proposition qui tranche avec la doctrine officielle.

Le gouvernement, par la voix de M. Medenou, écarte l’idée d’un contrôle direct des prix. « Dans une économie de marché, notre doctrine n’est pas d’administrer les prix de façon arbitraire, mais d’agir sur les fondamentaux de l’offre et d’assumer notre rôle de bouclier en cas de crise », explique-t-il.

Trois leviers guident la stratégie du camp Wadagni : davantage de production agricole, un mécanisme de stabilisation des prix du carburant et un pragmatisme fiscal en cas de choc économique. Pour encourager la sortie du secteur informel, il propose également « la mise en place d’un mécanisme de crédit allant de 50 000 (76 euros) à 50 millions de francs CFA » (76 200 euros), précise M. Medenou.

Le prochain chef de l’État dispose d’atouts économiques solides. Sa mission centrale sera de rendre cette croissance tangible pour les populations les plus fragilisées.

Source : Agence France-Presse

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