Le constat est sans nuance et résonne comme un aveu de défaillance systémique. Dans son dernier rapport majeur publié ce mercredi 24 juin 2026, intitulé « Je vis dans l’insécurité permanente ». L’ONG Human Rights Watch (HRW) dresse un bilan sévère de la condition des femmes au Cameroun. Au-delà des agressions physiques et psychologiques subies au quotidien par des milliers de citoyennes. L’organisation braque ses projecteurs sur le cœur du problème : un arsenal juridique obsolète, lacunaire et, par certains aspects, ouvertement complice des discriminations. Vingt ans après les premières promesses de campagne, l’urgence d’une refonte globale du Code de la famille et des lois civiles s’impose. Non plus comme un débat de société, mais comme un impératif de sécurité publique.
Pour de nombreuses Camerounaises, le foyer n’est pas un refuge. Mais le théâtre d’une vulnérabilité codifiée. En intitulant son document « Je vis dans l’insécurité permanente ».
Human Rights Watch refuse de traiter les violences basées sur le genre (VBG) comme de simples faits divers. Ou des dérives individuelles. L’ONG démontre que les promesses gouvernementales successives en matière de protection des droits des femmes. Sont restées de l’ordre du discours cosmétique.
Si les mentalités et les patriarcats locaux freinent l’émancipation. C’est avant tout parce que l’appareil législatif camerounais lui-même, offre un terrain fertile à l’impunité. En clair, au Cameroun, la loi n’intimide pas l’agresseur, elle désarme la victime.
Les « angles morts » d’une législation d’un autre âge
Le nœud de cette insécurité structurelle réside dans la cohabitation de textes civils datés. Et d’une tolérance disproportionnée vis-à-vis des dérives du droit coutumier.
Au premier rang se positionne le Code de la famille pétrifié dans le passé. Le Cameroun ne dispose toujours pas d’un Code de la famille unifié et modernisé. Les textes qui régissent le mariage, le divorce et l’autorité parentale consacrent encore, de fait ou de droit, une subordination de l’épouse.
Qu’il s’agisse de la gestion unilatérale des biens par le chef de famille (le mari). Ou des barrières financières et administratives imposées lors des procédures de séparation. Le cadre légal organise la dépendance. Une femme sans voix sur le patrimoine commun est une femme condamnée à subir en silence.
Ensuite il y’a le poids destructeur des coutumes face au vide protecteur. En matière de successions et d’accès à la terre. Le rapport de HRW souligne à quel point le droit positif capitule face aux pratiques coutumières, souvent discriminatoires.
Le sort des veuves et des filles cadettes, régulièrement spoliées de leurs biens. Et chassées des terres familiales à la mort du patriarche. Reste une réalité massive en zone rurale comme urbaine.
Faute d’une application stricte de la primauté de la loi républicaine sur la tradition. Les tribunaux arbitrent trop souvent en faveur du statu quo patriarcal.
Nous avons enfin l’’absence d’une loi-cadre spécifique sur les VBG. Certes, le Code pénal camerounais réprime le viol ou les mutilations génitales. Mais le Cameroun accuse un retard immense par rapport à d’autres nations du continent. Il ne possède pas de loi-cadre intégrée contre les violences domestiques.
Veuves au Cameroun : Quand la tradition dicte sa loi contre le droit
En l’absence d’une définition pénale claire de la violence psychologique. Economique ou du viol entre époux, les forces de l’ordre dans les commissariats. Et les gendarmeries ont tendance à renvoyer les femmes battues vers des « conciliations familiales » de la dernière chance. Souvent synonymes de retour direct auprès du bourreau.
Le cri d’alarme des juristes de terrain
Sur le terrain, les organisations de défense des droits humains et les collectifs de juristes. A l’instar de l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ). Partagent mot pour mot les conclusions de Human Rights Watch.
Pour ces praticiennes du droit. Le combat ne se joue plus seulement dans l’application des peines, mais à l’Assemblée nationale.
« Le problème n’est pas seulement l’application de la loi. C’est la loi elle-même qui est discriminatoire. Comment voulez-vous qu’un magistrat protège efficacement une femme spoliée ou violentée. Si les textes qu’il applique maintiennent des privilèges d’un autre siècle au conjoint ? ». S’insurge une avocate au barreau du Cameroun.
Tant que les procédures de plainte resteront un parcours du combattant coûteux et humiliant. Et tant que les ordonnances de protection d’urgence (visant à éloigner un conjoint violent) ne seront pas inscrites dans le droit commun. Le travail des centres d’écoute restera un pansement sur une hémorragie.
L’heure de la redevabilité a sonné
Le Cameroun ne peut plus jouer sur les deux tableaux. On ne peut pas continuer à ratifier avec faste les traités internationaux les plus progressistes. Au premier rang desquels le Protocole de Maputo relative aux droits des femmes en Afrique. Tout en maintenant à domicile un statu quo législatif obsolète.
En ce mois de juin 2026. Les conclusions de Human Rights Watch sonnent comme un ultimatum pour le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF). Et pour le Parlement.
L’élaboration du Code de la famille et l’adoption d’une loi-cadre criminalisant spécifiquement toutes les formes de violences de genre. Ne sont plus des options politiques ou des faveurs accordées aux minorités militantes. Mais une question de dignité nationale.
















