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Veuves au Cameroun : Quand la tradition dicte sa loi contre le droit

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En ce 23 juin, Journée internationale des veuves. Le sort des femmes ayant perdu leur conjoint reste profondément précaire au Cameroun. Malgré un arsenal juridique théoriquement protecteur. Le poids des coutumes et les spoliations familiales transforment trop souvent le deuil en une brutale descente aux enfers. Sur le terrain, des figures de la société civile se battent pour briser ce cycle.

C’est un rituel de l’ombre qui se joue au lendemain des enterrements. Loin des déclarations officielles et des célébrations annuelles. Au Cameroun, perdre son époux équivaut encore, pour des milliers de femmes. À basculer instantanément dans la vulnérabilité absolue. Au-delà de la douleur de la perte, commence alors une seconde épreuve. Celle de défendre son droit à l’existence, à son toit et à ses enfants face à sa propre belle-famille.

Le mirage du droit écrit face au poids des coutumes

Sur le papier, la législation camerounaise est pourtant claire. La Constitution, le Code civil et les traités internationaux ratifiés par le pays garantissent le droit à la propriété et l’égalité des chances. Mais dans la réalité quotidienne. Le pluralisme juridique camerounais où coexistent le droit moderne et les traditions locales crée une brèche. Dans laquelle, s’engouffrent de nombreux prédateurs familiaux.

« Dès que mon mari a rendu son dernier soupir, ses frères ont confisqué les clés de notre maison et les documents de la plantation. Ils m’ont dit que dans notre culture, une femme n’hérite pas de la terre, car elle-même fait partie des biens à partager ». Confie Thérèse, 42 ans, qui se bat depuis deux ans pour récupérer son logement.

En zone rurale comme en milieu urbain. Le mariage traditionnel prime encore souvent sur le mariage civil aux yeux des communautés. En l’absence d’un acte de mariage légal ou d’un testament en bonne et due forme. La veuve se retrouve juridiquement désarmée, considérée comme une « étrangère » par les siens.

Des rites de veuvage dégradants pour briser la résistance

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La spoliation matérielle marche presque toujours de pair avec une violence psychologique et physique. Laquelle est codifiée sous le nom de « rites de veuvage ». Bien que le Code pénal camerounais punisse sévèrement les violences faites aux femmes. Certaines pratiques ancestrales ont la vie dure. Obligation de coucher à même le sol, privation d’hygiène pendant plusieurs jours. Interdiction de s’alimenter librement ou encore le lévirat (l’obligation d’épouser le frère du défunt pour rester dans la concession).

Ces rituels ne sont pas de simples traditions.  Ils servent de leviers de pression psychologique. Une veuve affaiblie, stigmatisée ou culpabilisée par des accusations de sorcellerie. Aura beaucoup moins de force pour entamer une bataille judiciaire longue, coûteuse et socialement mal vue.

La riposte par la base : la révolution des chefferies

Face à cette inertie, la résistance s’organise de l’intérieur. Notamment en bousculant le pouvoir traditionnel là où il dicte sa loi. C’est le combat historique d’Anne Stella Fomumbod, fondatrice de l’ONG Interfaith Vision Foundation of Cameroon (IVFCam). Constatant que les lois de la République peinaient à franchir les portes des villages. Cette militante a initié une démarche inédite, négocier directement avec les gardiens de la tradition.

Son coup d’éclat reste la signature de la Charte des Veuves.  Un accord présenté en 2017 et par lequel près de 100 chefferies traditionnelles se sont engagées par écrit à abolir les rites dégradants. Et à garantir aux veuves l’accès aux terres de leurs défunts époux. Une avancée majeure qui prouve que les mentalités peuvent évoluer. Surtout lorsque la coutume est réformée par ses propres leaders.

De la guérilla judiciaire à l’accueil d’urgence

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Sur le front légal, la riposte est menée par l’Association Camerounaise des Femmes Juristes (ACAFEJ). Sous la houlette de magistrates et d’avocates engagées. L’association multiplie les cliniques juridiques mobiles pour vulgariser le droit des successions. Devant les tribunaux, l’ACAFEJ mène une véritable guérilla judiciaire. Pour, faire primer le Code civil sur les décisions des conseils de famille spoliateurs. Offrant ainsi, une assistance gratuite à celles qui n’ont pas les moyens de se défendre.

Mais que faire lorsque la rupture est consommée. Et que la veuve est physiquement chassée de son foyer ? C’est là qu’interviennent les structures de terrain comme l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF). À travers leurs « Centres Vie », notamment dans les régions de l’Ouest et du Grand Nord. L’ALVF offre un refuge d’urgence, un accompagnement psychologique et une aide à la réinsertion économique. Afin de permettre à ces femmes de se reconstruire loin de la fureur familiale.

L’urgence d’un Code de la Famille harmonisé

Pour les experts et les activistes, ces victoires locales et associatives, bien que vitales, restent des remparts provisoires. Le véritable basculement structurel n’interviendra qu’avec l’adoption tant attendue d’un Code de la Famille unique et harmonisé au Cameroun.

Un texte législatif fort. Capable de s’imposer définitivement face aux barrières coutumières sur toute l’étendue du territoire. En attendant cette révolution législative. Le deuil des Camerounaises se conjugue encore trop souvent. Au rythme des tribunaux et du courage des militants de terrain.

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