Une ténébreuse affaire financière sur un avion présidentiel secoue les coulisses de la diplomatie judiciaire entre Yaoundé et Doha. En janvier 2025, la République du Cameroun a officiellement saisi la Cour civile et commerciale du Qatar Financial Centre (QFC). Pour réclamer la restitution de 660 000 dollars, environ 355 millions Fcfa
Ces fonds, versés en janvier 2018, avaient été destinés à la réparation d’un hélicoptère servant aux déplacements du chef de l’État. Cependant, au lieu de parvenir à la filiale chargée des travaux. La somme va plutôt atterrir sur les comptes de sa maison mère, Horizon Crescent Wealth LLC (HCW). Avant d’être totalement immobilisée par les autorités réglementaires qataries.
Gros soupçons de blanchiment d’argent
L’affaire met en lumière de profondes zones d’ombre. Créée au Qatar, la société HCW était autorisée à administrer des trusts. Mais ne possédait aucune licence pour exercer des activités de gestion d’actifs. En 2018, ses comptes bancaires ont été gelés à la suite de gros soupçons de blanchiment d’argent. Ce qui va déboucher en 2019 sur une sanction de 30 millions de riyals qataris infligée par le régulateur (QFCRA).
Alors, placé en liquidation judiciaire en décembre 2023, l’établissement laisse derrière lui un flou persistant. La décision de justice du 24 février 2025 ne précise ni l’identité de la filiale contractante. Ni l’autorité camerounaise ayant ordonné le virement, encore moins, le modèle ou l’immatriculation de l’appareil présidentiel concerné.
Ainsi donc, le Cameroun va faire valoir ses droits face aux autres créanciers dans le cadre de la liquidation. Le pays va adopter une posture juridique singulière. Plutôt que de s’inscrire comme un créancier ordinaire réclamant le paiement d’une simple dette. Plutôt, Yaoundé revendique un droit de propriété direct sur ces fonds, selon une logique assimilable au droit des trusts.
Cameroun: cinq ONG interdites pour « financements illicites »
Les fonds mélangés aux autres avoirs de la société
Seulement, cette qualification permet théoriquement de soustraire la somme à la masse des dettes de HCW. Aussi, elle exige en contrepartie une preuve irréfutable du traçage de l’argent. Une démonstration d’autant plus complexe que les fonds ont été mélangés aux autres avoirs de la société. C’est sur une question d’habilitation que la démarche camerounaise a buté en première instance.
Alors, La demande introduite par l’avocat genevois Me Jean Orso reposait sur une procuration signée par un confrère suisse. Ce dernier lui-même étant détenteur d’un mandat initial qui remonte à septembre 2018.
Conflit d’intérêts
Par ailleurs, il juge cette chaîne d’habilitation ambiguë et insuffisamment documentée quant aux pouvoirs réels accordés par l’État du Cameroun. La Cour a exigé la production d’une « proper authorization » (habilitation appropriée) avant tout examen au fond.
En effet, la situation est d’autant plus singulière comme le représentait Me Jean Orso, quelques mois auparavant à l’HCW. Et ses dirigeants dans cette même procédure de liquidation. Ce basculement d’un camp à l’autre soulève la question d’un éventuel conflit d’intérêts au regard de la déontologie.
Et du droit suisse. Et donc, à ce jour, la justice qatarie ne s’est pas prononcée sur le fond de la revendication. Toute chose qui laisse en suspens le sort des 660 000 dollars de l’État camerounais.











