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Vies brisées par la guerre en Ukraine : quatre destins bouleversés

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Quatre ans après le début de l’invasion russe, l’Ukraine vit toujours sous les bombardements, les pertes humaines et les exils forcés. Derrière les statistiques, des vies brisées par la guerre en Ukraine. L’AFP met en lumière quatre destins qui incarnent la violence du conflit : une famille décimée à Odessa, un soldat amputé décidé à reprendre du service, un comédien russe devenu porte‑voix du patriotisme pro‑Kremlin, et une opposante réduite au silence dans un pays verrouillé.

La guerre a déjà tué des dizaines de milliers de civils et des centaines de milliers de soldats dans les deux camps. Elle a forcé des millions d’Ukrainiens à fuir leurs foyers. Elle a poussé des centaines de milliers de Russes à quitter leur pays pour échapper à la répression. À l’approche du 24 février, date du quatrième anniversaire de l’invasion, les cicatrices restent béantes.

Parmi elles, l’histoire de la famille Glodan. Une tragédie devenue symbole.

Une famille détruite

Kira avait trois mois. Sa mère, Valeria, 28 ans. Sa grand‑mère, Lioudmyla, 54 ans. Trois générations anéanties en quelques secondes. Le 23 avril 2022, un missile russe frappe un immeuble résidentiel d’Odessa. Cinq autres personnes meurent. Mais le drame de cette famille bouleverse le pays et dépasse les frontières.

Le père, Iouriï, était sorti faire des courses. Les images de l’époque le montrent, hébété, fouillant les décombres pour récupérer quelques affaires de sa femme et de son bébé. Une scène devenue l’un des visages de la guerre.

Iouriï et Valeria formaient un couple très amoureux, racontent leurs proches. Ensemble depuis une dizaine d’années, ils avaient accueilli Kira comme l’aboutissement d’une vie qu’ils imaginaient paisible. L’idylle s’effondre en un instant.

Après la frappe, Iouriï, ancien avocat devenu boulanger dans un café branché d’Odessa, s’engage dans l’armée en mars 2023. Il meurt en septembre, près de Bakhmout, au cœur de l’une des batailles les plus sanglantes du conflit.

La violence de cette histoire en fait un symbole du prix payé par les civils ukrainiens.

« Il y a des centaines d’histoires comme celles‑ci à travers le pays, mais merci de raconter l’histoire de mes amis », confie Alla Koroliova, la meilleure amie de Valeria, rencontrée par l’AFP à Odessa en février 2026.

Alla, 38 ans, experte en marketing, avait embauché Valeria comme assistante. Les deux femmes étaient devenues inséparables.
« Lera était un rayon de soleil. Elle adorait Odessa, la culture ukrainienne, l’opéra… Elle avait un énorme rire, qui me manque tellement », raconte‑t‑elle.

Au début de l’invasion, Alla fuit vers l’ouest avec sa famille. Valeria refuse. Elle se sent en sécurité à Odessa. Elle envoie régulièrement des photos de Kira à son amie. Un bébé qu’Alla n’aura jamais connu.

L’amputé qui veut combattre

La guerre bouleverse aussi les corps. Volodymyr en est l’un des visages.

La Russie lance son invasion le jour de son 32e anniversaire. L’engagement suit aussitôt. Le combat devient son quotidien. La survie s’impose. Puis, en 2024, un drone russe le frappe. Une jambe et un avant‑bras sont arrachés.

L’AFP l’avait rencontré quelques mois avant sa blessure, dans la région de Kharkiv. Il expliquait alors que les drones atteignent leur cible dans 90 % des cas « si le pilote est bon ».

En janvier 2026, Volodymyr raconte le traumatisme.
« J’ai levé la tête alors que j’étais allongé, j’ai regardé ma jambe, et un type (…) était en train de me la scier. »
Il subit 21 opérations en un mois. « Presque tous les jours, sauf le samedi, jour de repos pour de nombreux médecins. »

Aujourd’hui, une prothèse remplace la jambe perdue. La marche se fait sans béquilles. L’AFP le retrouve lors d’un tournoi de football en salle à Pavlograd, là où il jouait avant sa blessure. Les déplacements restent fluides. Le sourire revient. Le front demeure l’objectif.

Depuis 18 mois, il suit une rééducation constante.
« Dès le début, j’avais prévu de retourner auprès de mes frères d’armes. »
Il sait qu’il ne reprendra pas un poste en première ligne. Mais il veut servir.

Pourtant, son regard sur la guerre a changé.
« Il y a deux ans, nous étions fermement convaincus que nous pourrions revenir aux frontières de 1991 », dit‑il, évoquant la Crimée et l’est du pays.
« Mais maintenant, en étant dans l’armée et en vivant tout cela de près, je comprends que le prix à payer pour les frontières de 1991 sera très élevé. »

Le comédien opportuniste

La guerre ne se contente pas de frapper. Elle transforme. Elle révèle. Et, parfois, ouvre une seconde vie à ceux capables de s’adapter.

Andreï Botcharov, alias « Botcharik », en est l’exemple. Dans les années 1990, il incarne un « fils à maman » dans la série culte 33 m2. Il amuse des millions de Russes avec ses maladresses et ses mimiques candides. Puis sa carrière s’essouffle.

Le 24 février 2022 change tout. La société russe se fracture. Les voix se radicalisent. Botcharik choisit son camp : celui du Kremlin.

À 59 ans, il se réinvente en patriote ardent. Dans ses publications et podcasts, il défend l’offensive, attaque ceux qui fuient la mobilisation, raille l’Occident « décadent ». Il trouve un public. Plus de 350 000 abonnés le suivent sur Telegram et VK.

Chaque vendredi, il anime une émission sur la radio d’État Spoutnik. Il y répète ses slogans.
« Nous sommes les premiers parce qu’on a une âme et pas seulement de l’argent et nos gars au front le prouvent chaque jour », affirme‑t‑il.

Il aime aussi plaisanter :
« La Russie gagne toujours : nous sommes Russes, et le bortsch est avec nous ! »

Contrairement à de nombreux artistes partis en exil, Botcharik reste. Il s’affiche comme défenseur des « valeurs traditionnelles ». Il incarne une Russie qui se replie, qui se durcit, qui se raconte une histoire héroïque pour supporter la guerre.

L’opposante silencieuse

À l’opposé, Varvara (prénom changé) incarne ceux qui refusent la guerre mais n’ont plus la force de la combattre.

Le 24 février 2022, Varvara manifeste à Moscou. Une pétition contre l’invasion suit. L’emploi dans une structure publique disparaît aussitôt. La peur d’une arrestation s’installe. Un double des clés est confié à des proches. L’espoir, enfin, que son chat « ne mourra pas de faim » si elle disparaît, devient une pensée obsédante.

Elle échappe aux poursuites. Mais la Russie adopte une censure militaire draconienne. Des centaines de personnes sont condamnées à de lourdes peines. Des milliers reçoivent des amendes ou de courtes peines de prison.

Beaucoup de ses amis quittent le pays. Elle hésite. Elle reste.
« Je ne savais pas comment, où, ni de quoi je vivrais », explique‑t‑elle.

La visite policière qu’elle redoutait ne vient jamais. Elle trouve un emploi dans une organisation caritative. Elle tente de reconstruire une vie.

Il lui faut deux ans pour ressentir de la joie sans culpabilité.
« Une amie et moi étions sorties nous promener. C’était l’été. Et soudain, j’ai réalisé que c’était juste une belle journée, et que je ne me sentais pas coupable de l’apprécier. »

Le mariage ouvre une parenthèse de stabilité. Le désir d’enfants s’affirme. Les risques deviennent inenvisageables. La prise de parole publique disparaît. Comme beaucoup d’opposants, le silence finit par s’imposer.

La guerre reste pourtant présente. Son père, membre des forces de l’ordre, a servi en Ukraine. Elle l’aime. Il lui propose une aide financière. Elle refuse.

Elle ne croit pas au changement politique.
« Toute résistance venant d’en bas sera écrasée. J’espère simplement que nous survivrons à tout cela, physiquement. »

Source: Agence France‑Presse*

 

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