pixel

Négociations directes sur l’Iran: Vance face à Araghchi

Date:

Pages jaunes
Trans Afrique

Les négociations directes sur l’Iran à Islamabad ont débuté samedi entre de hauts responsables des deux pays ennemis. Depuis la Révolution islamique de 1979, Washington et Téhéran n’avaient jamais négocié à ce niveau. L’objectif : convertir un cessez-le-feu fragile en paix durable, alors que le conflit ébranle l’économie mondiale.

Des pourparlers sans précédent depuis quarante-sept ans

Pour la première fois depuis la Révolution islamique, des délégations américaine et iranienne de haut rang se font face à la même table. Le cadre choisi est Islamabad, capitale du Pakistan, acteur central du processus diplomatique.

La Maison Blanche a précisé que les discussions se déroulent en format trilatéral. Le Pakistan, dont les responsables ont facilité la conclusion d’un cessez-le-feu de deux semaines entré en vigueur mercredi, siège aux côtés des deux délégations.

Côté américain, c’est le vice-président JD Vance qui dirige la délégation. Il est accompagné de l’émissaire spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président Donald Trump.

L’Iran a mobilisé une représentation de poids. Mohammad Bagher Ghalibaf, influent président du Parlement, conduit la délégation iranienne. Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères, est également présent à Islamabad.

En soirée, la télévision d’État iranienne a confirmé la tenue de deux sessions. Une troisième devait se tenir « probablement ce soir ou demain » dimanche, sans davantage de précisions sur le fond. La Maison Blanche a qualifié les pourparlers de « en cours ».

Atmosphère cordiale, contenu opaque

Un responsable pakistanais a livré ses premières impressions à l’AFP. « Les pourparlers progressent dans la bonne direction », a-t-il indiqué, sous couvert d’anonymat. « L’ambiance générale est cordiale », a-t-il ajouté.

Aucune image des discussions n’a été diffusée. Les positions des deux parties demeurent floues.

L’analyste Trita Parsi, du groupe de réflexion washingtonien Quincy Institute for Responsible Statecraft et spécialiste du dossier, décrypte la composition de la délégation iranienne. Elle inclut le directeur de la Banque centrale. Ce choix révèle selon lui « autant la sincérité de Téhéran dans ces négociations que ses attentes et sa confiance ».

« Jamais auparavant les Iraniens n’ont négocié avec les États-Unis avec autant d’atouts, et ils ont clairement l’intention de les exploiter au maximum », a-t-il déclaré.

L’Iran n’est « pas loin » de disposer de la bombe atomique, dit le chef de l’AIEA

Les négociations directes sur l’Iran à Islamabad face au dossier Ormuz

Au cœur des échanges figure le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures est bloqué de facto depuis le début du conflit. Les répercussions s’enchaînent : pénuries d’approvisionnement, hausses de prix et perturbations économiques mondiales.

Des médias iraniens ont rapporté que Washington avait formulé des demandes jugées « excessives » sur ce dossier lors des discussions. La tension autour du détroit est palpable sur le terrain.

L’armée américaine a annoncé samedi que deux de ses destroyers avaient franchi le détroit dans le cadre d’une opération préalable à son déminage. Un haut responsable militaire iranien a rejeté ces allégations.

La question des avoirs iraniens gelés alimente également les débats. Les agences iraniennes Fars et Tasnim ont évoqué « l’acceptation par les États-Unis de la libération des avoirs iraniens », précisant que des discussions techniques plus approfondies étaient jugées nécessaires à ce sujet. Peu après, un haut responsable américain a démenti que Washington ait accepté un tel déblocage. La contradiction illustre la fragilité du dialogue en cours.

Un conflit aux fronts multiples, déclenché le 28 février

La guerre a été déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l’Iran. Elle a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Le fossé entre belligérants reste profond. Au-delà d’Ormuz, les désaccords portent sur les sanctions contre la République islamique et sur la situation au Liban, où Israël combat le Hezbollah pro-iranien.

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a averti que l’étape s’annonçait « difficile » pour « instaurer une trêve durable ». Sa formule résume l’enjeu sans détour : « C’est cette étape que l’on appelle en anglais +make or break+ (ça passe ou ça casse). »

Ces négociations directes Iran-Islamabad sont suivies de près par d’autres acteurs ayant contribué aux efforts diplomatiques : l’Égypte, la Turquie et la Chine, avec lesquels le Pakistan coordonne ses positions.

L’Iran sous coupure internet, le Liban sous les bombes

En Iran, les autorités ont imposé une coupure internet. Des habitants ont témoigné de leur scepticisme auprès de l’AFP. Un homme de 30 ans, sous anonymat, résume : « On ne devrait pas prendre Trump aussi au sérieux. Il veut rayer une civilisation de la carte et, douze heures plus tard, met en place un cessez-le-feu qui ne repose sur rien. »

Au Liban, la situation demeure critique. Dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, Israël a déclaré que l’accord ne couvrait pas le Liban.

Samedi, des frappes israéliennes sur le sud du pays ont tué 18 personnes, selon le ministère libanais de la Santé. L’armée israélienne a annoncé avoir frappé plus de 200 cibles du Hezbollah en vingt-quatre heures. Mercredi, les frappes avaient été les plus meurtrières depuis le début du conflit : au moins 357 morts en une seule journée selon le dernier bilan disponible.

Depuis le 2 mars, les autorités libanaises ont comptabilisé 2 020 morts et 6 436 blessés.

Netanyahu vise un accord « pour des générations »

La présidence libanaise a annoncé des pourparlers entre le Liban et Israël à Washington mardi. Le Hezbollah les a d’ores et déjà rejetés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pris la parole samedi soir. Il a déclaré vouloir un accord de paix « qui tiendra pour des générations ». Il a par ailleurs affirmé que son pays avait « anéanti » les programmes nucléaire et balistique iraniens, et qu’Iran et ses alliés « se battent pour leur survie ».

Ces négociations directes Iran-Islamabad restent entourées d’incertitudes majeures. Chaque belligérant maintient des positions dures publiquement, tout en continuant à négocier. L’issue de ces pourparlers historiques conditionne la stabilité d’une région entière — et l’économie mondiale avec elle.

Source : Agence France-Presse

- Pub -
Pages jaunes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager :

spot_imgspot_img

Populaires

Dans la même catégorie
Associé

Iran-États-Unis : L’accord sous tension

Alors que les négociations se poursuivent avec Washington, Téhéran...

Politique de la terre brûlée : Beyrouth accuse Israël de punition collective au Liban

La politique de la terre brûlée conduite par Israël...

Guerre États-Unis Iran : Washington affirme sa capacité à reprendre les frappes

La guerre États-Unis-Iran entre dans une phase critique. Le...