Les acteurs de la médecine traditionnelle dans le Littoral se sont retrouvés le mercredi 19 août 2026 à Douala. Pour préparer la 24ᵉ édition de la journée africaine consacrée à ladite médecine qui va se célébrer du 29 au 31 août 2026 dans la ville de Douala.
Comme on le voit donc, la médecine traditionnelle occupe une place importante dans le paysage de la santé en Afrique. La grande partie de la population continue de faire appel à des remèdes naturels, à des guérisseurs traditionnels. Et à des pratiques héritées de générations en générations.
Équilibrer le corps et l’esprit
Alors, bien que la médecine moderne ait progressé. La médecine traditionnelle reste un pilier de la prise en charge de la santé physique dans de nombreuses communautés africaines.
Il n’est plus besoin de le rappeler, « la médecine traditionnelle africaine utilise des plantes médicinales, des herbes. Et des racines pour soigner diverses maladies. Des exemples sont légion. On l’a vu dans la prise en charge du covid-19. On le voit dans le traitement des douleurs articulaires et l’inflammation. « Notre terre regorge de remèdes naturels qui apportent des bienfaits considérables à notre santé », dit M. Bomè Maka, à Dibomabri.
Pour Isaac Njoh, « la médecine traditionnelle ne se limite pas aux traitements physiques. Elle intègre aussi des pratiques spirituelles et des rituels qui visent à équilibrer le corps et l’esprit. Au Cameroun, les tradipraticiens jouent un rôle important dans les communautés. Ils traitent des affections spirituelles et émotionnelles qui influencent la santé physique », dit le thérapeute de la vie.
La médecine traditionnelle désormais reconnue
Pour lui encore, « la médecine traditionnelle africaine adopte une approche holistique qui prend en compte l’ensemble du bien-être physique. Mental et spirituel de la personne. Les guérisseurs traditionnels sont souvent consultés pour une large gamme de problèmes, de la douleur physique aux troubles émotionnels. Et offrent alors une prise en charge complète. Celle qui fait partie intégrante de la culture de soins de santé en Afrique et au Cameroun », explique-t-il
Au Cameroun, par exemple, la médecine traditionnelle est désormais reconnue officiellement et intégrée aux systèmes de santé. C’est dire que la recherche sur les plantes médicinales africaines gagne du terrain. Notamment avec des laboratoires locaux et internationaux, des facultés de médecine qui étudient leurs propriétés et leur efficacité.
Toutefois, la coexistence entre médecine traditionnelle et moderne reste parfois difficile. En effet, les professionnels de la santé moderne sont encore sceptiques à l’égard des guérisseurs traditionnels. Pourtant, la sensibilisation et la collaboration sont essentielles pour établir une relation de confiance. Et encourager les patients à utiliser des approches complémentaires.
Médecine traditionnelle : l’Ordre national des tradipraticiens en perspective
Pilier de la santé physique
Pour dire vrai, la médecine traditionnelle reste un pilier de la santé physique pour de nombreux Africains. Elle offre des solutions accessibles, culturelles et holistiques. « J’avais un problème d’infertilité. Après mes examens médicaux poussés et m’ayant déclaré que je ne pouvais pas enfanter. Je me suis retournée vers une maman qui m’a dit que ce sont mes seins qu’il fallait soigner simplement.
« Elle m’a donné un bidon de 5 litres d’une potion. Avec des indications et au bout d’un mois, je suis tombée enceinte. Et par la suite j’ai fait deux autres enfants », déclare Adèle Mobé, à Mbanga.
C’est dire que l’Afrique peut tirer profit des avantages des deux systèmes de soins.
En effet, la collaboration entre médecine moderne et traditionnelle peut contribuer à une meilleure santé pour tous. En répondant aux besoins spécifiques des populations locales et en respectant leurs croyances culturelles.
Entretien
Synclain Nana Nya

« La prise en charge de la médecine traditionnelle, à la base, est préventive »
Synclain Nana Nya est docteur traditionnel. Il est par ailleurs le président régional de gestion de la médecine traditionnelle dans le littoral, président national du Gic Trans pla mes Nat cam qui fait dans la transformation des plantes médicinales et de soins naturels du Cameroun. Avec lui, on parle de la médecine traditionnelle et de ses multiples facettes.
Quelle est la place aujourd’hui de la médecine traditionnelle dans la prise en charge des maladies au Cameroun ?
Au Cameroun, en particulier dans la région du Littoral, nous pouvons croire que les tradipraticiens ou les docteurs traditionnels sont en train d’évoluer positivement. À l’instar du fait que beaucoup ont régulièrement participé aux formations. À nous accorder par le délégué de la recherche scientifique, des colloques, des explications sur la pharmacopée africaine.
Vous verrez dans les différentes présentations aujourd’hui, beaucoup de personnes ne font plus qu’une médecine à tâtons, ils sont organisés, ils travaillent bien les contenus et en même temps, ils font bien les contenants.
Aujourd’hui, avec beaucoup d’expérience, il y a des personnes qui se convertissent de manière naturelle. Soit qui ont acquis des formations à travers des anciens. Ou qui s’y connaissent à travers des écoles de formation. À pouvoir présenter quelque chose de sérieux et de bien au public, aux patients. Et à des personnes qui désirent vraiment se faire prendre en charge par eux.
Donc, je peux vous rassurer que la médecine traditionnelle, surtout dans la région du Littoral, il y a beaucoup d’amélioration. Donc, vous voyez aujourd’hui des témoignages qui attestent la qualité du traitement. Vous verrez beaucoup de personnes qui justifient leur façon de faire, qui expliquent même leur méthode de travail.
Ça démontre à suffisance que les populations font confiance à cette médecine-là. Le 31 août, journée africaine de la médecine traditionnelle, vous aurez, au Parcours Vita. Des acteurs de cette médecine qui vont vous présenter des prises en charge, des soins directs, des conseils. Et vous verrez également, sur les tables d’exposition, des produits de qualité. Ils ont suivi, pour la majorité, des tests cliniques.
Selon la catégorie, vous verrez sur les étagères des produits qui sont propres à l’utilisation. Aujourd’hui, nous pensons qu’avec la santé publique, il y a de grands recensements qui sont faits. Pour permettre aux uns et aux autres de s’enregistrer dans le fichier régional des acteurs de la médecine traditionnelle.
Pour être cartographiés et enregistrés dans les différents districts de santé ou aires de santé de leur localité. Donc, je peux tout simplement vous dire ici que cette médecine va grandissant. Et avec la configuration actuelle, qui veut que les acteurs veuillent sortir de l’obscurantisme. C’est-à-dire ne plus travailler en cachette. C’est une véritable confiance que nous a faite le ministère de la Santé.
Est-ce qu’il y a certaines pathologies qui sont uniquement prises en charge aujourd’hui par la médecine traditionnelle ? Si oui, lesquelles par exemple ?
En ce qui concerne les pathologies prises en charge uniquement par la médecine traditionnelle, je pense qu’il y en a plusieurs. Avant de se rendre dans des soins hospitaliers, la majorité des personnes commencent par la médecine traditionnelle. Alors nous savons qu’avec la médecine traditionnelle, nous pouvons soigner les pathologies telles que la fièvre, le palud, la typhoïde.
Nous avons certaines blessures, des plaies inguérissables. Il y a les fractures. On peut citer autant. Nous avons par exemple des personnes qui ont des problèmes osseux, c’est-à-dire le massage. Les personnes qui font ce qu’on appelle régulièrement les rebouteurs d’os. Et nous avons beaucoup de pathologies qui sont prises en charge.
Donc ne pensez pas que ces pathologies sont uniquement prises en charge par la médecine traditionnelle. Cette médecine ne rivalise pas avec la médecine conventionnelle, puisque les deux vont aller ensemble. Si quelqu’un tombe brutalement d’une fièvre, vous n’allez pas le diriger directement chez un tradipraticien.
Il faut d’abord qu’il commence par des perfusions à l’hôpital, et puis qu’il arrête l’évolution brusque de la maladie. Et par la suite, il faut consommer des potions traditionnelles pour éradiquer de manière définitive ce palu.
Donc voilà un peu sur la prise en charge. Il faut comprendre que les deux médecines doivent marcher ensemble. La prise en charge de la médecine traditionnelle, à la base, est préventive. Parce que, comme elle, la majorité des personnes poussées dans un centre hospitalier sont déjà gravement malades.
Alors, ça veut dire qu’on a déjà développé des complications qui ne peuvent plus être arrêtées. Ou atténuées directement par une potion traditionnelle. Donc, il faut commencer par l’hôpital et revenir par la suite dans le domaine de la médecine traditionnelle.
Consommer des produits appropriés, puisque, à la base, c’est une médecine régénérative. Revenir maintenant à cette médecine pour continuer à auto-régénérer ses cellules, pour lutter contre les différentes pathologies qui influencent votre organisme.
Il est utile de savoir qu’il ne faut pas attendre la maladie avant de commencer à prendre certaines potions ou certains produits. Parce qu’il y a des fatigues, il y a des nerfs, le problème du manque de sommeil. Le développement du stress qui envahit et détruit progressivement nos cellules.
Il y a beaucoup de complications de ce genre. Alors, pour des personnes qui le savent déjà, Il y a des potions qu’ils prennent quand ils rentrent le soir. Et se disant, «quand je suis trop fatigué. Ça veut dire que je suis en carence de vitamines, en énergie, etc. ». Il y a des potions, des herbes que nous pouvons presser, macérer et consommer pour combattre ces fatigues. Mais dans la majorité des cas, les gens ne savent pas.
Il y a parmi vous qui disent soigner toutes les maladies. Est-ce que cela est possible ?
Vous savez, dans tout métier, il y a des brebis galeuses. Parce que, justement, dire soigner tout, c’est un peu aberrant. Que ce soit dans cette médecine comme dans l’autre, aucun médecin ne peut te dire qu’il soigne tout.
Et vous savez, il y a le chômage grandissant qui est dans notre pays. Ce qui fait en sorte qu’il suffit que vous alliez chez un tradipraticien. Il vous a aidé avec certaines décoctions, puisque aujourd’hui, les gens vivent dans l’imitation. C’est un exemple tout simplement.
Et vous avez vu les décoctions qu’il vous a données pour vous aider, vous devenez subitement tradipraticien. Ou bien vous commencez à faire l’automédication pour donner ces conseils aux gens en disant : j’ai consommé, ça m’a aidé. Donc que ce soit du cas de la médecine traditionnelle ou du cas de la médecine conventionnelle, ça ne s’explique pas.
On est à la veille d’une célébration, la 24ᵉ journée mondiale de la médecine traditionnelle africaine. Et le constat est que c’est monsieur Tout-le-monde qui propose des plantes médicinales. Est-ce que cela ne fragilise pas un peu cette médecine ?
Merci pour votre question. Oui, je le dirai directement. Avec la montée grave du chômage, les gens s’approprient des professions qu’ils ne maîtrisent pas. La vision que nous voulons faire de cette journée, c’est en principe valoriser la médecine traditionnelle. Et les bonnes pratiques de la médecine traditionnelle.
Également, promouvoir le savoir-faire endogène. Apporter beaucoup plus d’informations du 29 au 31 août 2026 au parcours Vita de Douala. Et comme ça les éduquer dans l’utilisation des plantes médicinales pour éviter l’arnaque. Par exemple, vous voyez dans les coins de rue aujourd’hui un monsieur qui brandit les feuilles du papayer.
Alors, il vous récite tout un tas de choses sur la feuille du papayer. Mais en fin de compte, c’est pour vendre une petite poudre noire. Alors, nous allons arriver au stade où on va arrêter le fonctionnement de ces derniers dans la voie publique.
Et là, il faut beaucoup de travail. Certainement, d’autres parmi eux en savent quelque chose dans le domaine. Mais ils ne sont pas des professionnels de santé en principe. Nous, on veut essayer d’apporter plus d’éclairage là-dessus.
Donc, c’est quelque chose qu’il faut travailler techniquement. Je l’ai déjà dit un peu en pensant que c’est un milieu qui n’est pas assez ouvert. Mais il faut travailler techniquement pour que chacun s’identifie. C’est à partir des organisations comme celle-ci que nous allons comprendre ce que les uns et les autres font.
Le thème cette année est la médecine traditionnelle africaine, levier de la santé, de la culture et du développement durable. C’est pour expliquer quoi concrètement ?
Vous savez, la médecine traditionnelle est enregistrée comme sous-secteur de la santé publique depuis 2007 au Cameroun. Elle a été validée comme une organisation internationale ou africaine depuis 2001 par les pays d’Afrique membres de l’ancienne OUA. Aujourd’hui, ce secteur, par le passé, n’avait pas assez prospéré.
Avec beaucoup d’efforts faits avec les confrères dans le Littoral depuis décembre 2024, il y a une loi qui a déjà reconnu cette profession et on attend juste le décret d’application pour que cette loi commence à prendre effet.
C’est pour dire que l’État camerounais est en train d’avoir un regard positif pour les acteurs de la médecine traditionnelle. Et cela justifie l’évolution de cette médecine et les preuves de traitement de plusieurs pathologies. Nous avons vu lors de la Covid-19 comment les travailleurs et les praticiens ont agi.
Et ça a été positivement reçu par l’État camerounais et nous comprenons qu’aujourd’hui ce n’est plus une médecine cachotière. Mais c’est une médecine explicative. Donc voilà un peu ce que je peux vous dire. Ce thème nous renvoie à une application véritable. Ou implication véritable des acteurs de cette médecine dans le domaine de la santé publique.
Quels sont les rapports aujourd’hui entre vous et la médecine moderne ?
Je pense que dans la région du littoral, nous avons de bons rapports. Depuis mon intervention, je vous parle toujours du délégué régional de la santé. Du délégué régional de la recherche scientifique et de l’innovation. Et par ailleurs, on ne doit pas ignorer le délégué régional des arts et de la culture.
Cette délégation accompagne de manière positive les médecins traditionnels dans la région du Littoral. Et vraiment nous leur disons toujours merci parce que bien que des personnes ne croient pas. Mais ils vivent avec nous au quotidien et voient les efforts que nous fournissons dans ce domaine.
Ils arrivent à nous accompagner, surtout en nous produisant beaucoup de conseils dans le secteur par des formations. Également parfois dans les cas précis que nous rencontrons souvent dans des hôpitaux. Et que des patients ont besoin de prise en charge par nos soins. Aussi pour des cas où nous avons des patients que nous référons à l’hôpital.
Ce sont des conseils qui sont prodigués à longueur de journée et pendant des formations. Ce qui fait que beaucoup de personnes parmi nous savent déjà qu’ils ne perdent rien en référant des patients à l’hôpital. Et également que les médecins de l’autre côté ne risquent rien en recevant un tradipraticien pour une intervention dans un centre hospitalier.
Pour conclure sur cette question, je souhaiterais tout simplement que les tradipraticiens puissent se faire enregistrer tous. Pour être connus et pouvoir mettre en exergue leurs professions selon la loi qui régit l’activité de notre métier.












