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Loriot Mudisu Kayinga : « La chimiothérapie coûte cher»

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Trans Afrique

Loriot Mudisu Kayinga est doctorant, chargé des travaux à l’Institut supérieur de technique médicale de Lubumbashi. Il est spécialiste en soins palliatifs en oncologie. Il a participé au tout premier congrès international de la société Camerounaise d’oncologie tenu à Douala du 23 au 27 mars 2026.

Qu’est-ce qui vous fait venir à Douala ?

J’ai vu l’offre du premier congrès international de la société camerounaise d’oncologie étant doctorant. J’ai postulé à travers l’abstract que j’avais envoyé au comité d’organisation. Cet abstract a attiré la curiosité des scientifiques qui ont analysé ça et qui ont accepté que je vienne. Sous le leadership de notre directeur général.

Le Pr Oscar Luboya Numbi, fait de son mieux. Pour que l’Institut Lubumbashi soit représenté dans toutes les rencontres internationales scientifiques. Avec ses encouragements, il a mis les moyens afin que nous puissions nous déplacer de Lubumbashi jusqu’ici. Pour prendre part à cette grande cérémonie scientifique. Sur les défis de la prise en charge du cancer dans les contextes africains.

Vous avez pris la route et non l’avion. Quelle est la raison de courir les risques ?

C’est parce que je suis partisan de la lutte contre le cancer. Plus précisément le cancer du sein, dans les contextes de la ville-province de Kinshasa. Et de Lubumbashi, en République démocratique du Congo.

Qu’est-ce que vous avez appris là-dedans ?

Nous avons appris beaucoup de choses. Comme l’indique le thème du congrès, les défis dans la prise en charge du cancer et la couverture santé universelle. Nous avons appris beaucoup de choses. On a appris les différents défis que les professionnels de santé rencontrent.

Dans la prise en charge des patients qui souffrent du cancer. Et ces défis ont été classifiés en trois grands défis. Il y a les défis organisationnels d’abord.  Peu de structures sanitaires en Afrique et en République démocratique du Congo qui organisent les services d’oncologie. Il y a les ressources.

Autre défi?

Il y a les ressources limitées dans le contexte de la prise en charge des malades en cancérologie. Nous parlons des ressources humaines en santé. Il y a peu de médecins oncologues, peu d’infirmiers spécialistes en soins en oncologie. C’est ce qui fait que la prise en charge n’est pas de bonne qualité. Il y a aussi les défis culturels. Vous êtes sans oublier qu’en Afrique, le cancer n’est pas une maladie d’origine africaine.

Pour preuve, dans toutes les langues traditionnelles africaines, il est difficile de poser la question à une personne qui te dise le nom du cancer dans sa langue maternelle. Cela n’existe pas. C’est une maladie importée de l’Europe suite au changement de mode de vie que nous avons opté pour devenir Européens.

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Comme c’est une maladie chronique, la prise en charge doit se faire par la chimiothérapie, les soins palliatifs, la radiothérapie. Nos pays africains, d’abord, sont confrontés à ces défis-là. Nous n’avons pas de radiothérapeute.

Nous n’avons pas même la machine de radiothérapie. La chimiothérapie coûte cher. Nous sommes dans le contexte des pays à ressources limitées. Les finances aussi. La prise en charge du cancer coûte trop cher en Afrique. Tout cela constitue les différents défis que nous avons.

Au cours de cette conférence du Congrès international, nous avons formulé des recommandations. Afin que les gouvernements africains puissent s’approprier de la lutte contre le cancer.

Est-ce qu’on peut revenir sur quelques-unes que vous avez faites ?

Nous avons demandé que chaque gouvernement des pays africains. Puisse intégrer le programme national de lutte contre le cancer et qu’il puisse le financer. Et, en plus, intégrer les soins palliatifs dans les paquets minimum d’activité au niveau des centres de santé. Que les soins palliatifs, les soins d’oncologie soient intégrés dans les paquets minimum d’activité au niveau périphérique et opérationnel.

Comme ça, toutes les informations qui seront recueillies par les infirmiers titulaires dans des zones de santé, centres de santé. Seront remontées au niveau des hôpitaux généraux de référence et hôpitaux tertiaires. Ainsi, le peu d’oncologues que nous avons au pays peuvent facilement prendre en charge ces gens-là.

Vous avez suivi le professeur Ndom, qui a parlé de la solidarité entre les soignants. Comment ça se passe en RDC ?

Nous avons suivi la présentation du grand professeur Paul Ndom, qui est l’ex-président de la société camerounaise d’oncologie. Sa présentation sur l’accueil et la communication. Il a vraiment insisté pour que les malades soient bien accueillis dès la première réception. Et que la communication soit sincère. Qu’on puisse dire la vérité aux malades de sa maladie.

Il doit connaître sa maladie. Parce que plusieurs soignants non formés, soit font l’ignorant. Ont même la difficulté d’annoncer les diagnostics de l’incurabilité auprès du malade. Le professeur a insisté sur le fait que nous devons bien accueillir les malades. Aussi, on doit lui dire la vérité avec amour, avec sérénité, pour qu’il puisse accepter sa maladie.

Et il a évoqué aussi la référence et la contre-référence. Parce que généralement, pour des raisons pécuniaires, ce sont les médecins de santé qui consultent. Et qui constatent que les malades ont un cancer. Au lieu de l’envoyer dans une structure appropriée pour la prise en charge du malade, non, ils le gardent. Et soit s’il l’envoie, il n’y a pas la contre-référence. Et puis c’est comme ça. Cela n’impacte pas la solidarité dans la prise en soin des patients.

Et comment ça se passe au Congo ? Est-ce que les médecins s’entendent?

En République démocratique du Congo, la collaboration entre les médecins, les infirmiers, plus particulièrement à Lubumbashi, se passe très bien. Surtout dans le domaine des soins palliatifs, au niveau national.

Nous avons l’Association nationale des soins palliatifs, qui est pilotée par le Pr. Désiré Mashinda Kulimba. Et l’École de santé publique de l’université de Kinshasa. À travers cet organe, tout ce qui est soins palliatifs, soins oncologiques est régulé. Et nous avons aussi le Centre national de lutte contre le cancer, piloté par le Pr Bienvenu Lebwaze.

C’est à travers les deux organisations que la prise en charge du cancer se fait au pays. Jusque-là, nous n’avons qu’un centre hospitalier universel du niveau tertiaire, qui est le Centre hospitalier Nganda, piloté par le professeur Dr Soulbasseb, qui a une radiothérapie et puis qui a un oncologue radiothérapeute.

Tous les malades qui ont besoin de la radiothérapie, de la chimiothérapie dans les différentes provinces de la RDC sont renvoyés au centre hospitalier Nganda, qui est un centre tertiaire, dont la prise en charge se fait gratuitement.

Sous le leadership de notre président de la République, Félix Etienne Tshisekedi, ils ont mis un paquet important d’argent pour la prise en charge des personnes atteintes du cancer. Et ces gens-là sont pris en charge par le Centre national de lutte contre le cancer, à travers le Centre hospitalier Nganda, qui s’en occupe à Kinshasa.

Quelles sont les statistiques sur le cancer aujourd’hui en RDC ?

Pour des raisons d’honnêteté scientifique, je n’ai pas pu consulter les statistiques actuelles. Mais nous avons une base de données au niveau du Centre national de lutte contre le cancer. Où dans toutes les formations, congrès.

Parce qu’on a identiquement le cinquième congrès de soins palliatifs en RDC. Les statistiques présentées par le Centre national de lutte contre le cancer montrent que le taux d’incidence du cancer en RDC est en hausse.

Et on a formulé des recommandations pour que toutes les parties prenantes puissent s’impliquer vers d’abord la sensibilisation. On doit lutter en amont. Parce que généralement, quand nous allons dans des journées scientifiques, on parle toujours de la prise en charge.

Or, dans la prise en charge d’une maladie, nous avons la prise en charge préventive. Nous avons la prise en charge curative et nous avons la prise en charge promotionnelle. Et la promotion vaut plus que le traitement, que la prise en charge curative.

Ainsi, nous devons commencer par la sensibilisation de la population. Qu’ils connaissent ce qu’est le cancer et quels sont les mécanismes de prise en charge. Par quelles structures sanitaires faut-il se faire soigner.

Et quand ils sont informés, et informés sur la prévention, sur le tabagisme, l’alcoolisme. Vous êtes sans ignorer que le tabagisme est parmi les facteurs favorisant le cancer à 20%. Il faut que la jeunesse, les adultes, toutes les parties prenantes puissent s’abstenir à tous les facteurs favorisant cette maladie.

Quels sont les cancers les plus fréquents en RDC ?

Les cancers les plus fréquents à la ville-province de Kinshasa, c’est le cancer du sein. Et à la ville de Lubumbashi, c’est le cancer du col de l’utérus.

La collaboration entre les médecins

Un message pour l’Afrique !!

Le message que nous pouvons lancer pour toutes les populations africaines est que le cancer est une réalité en Afrique. Et surtout en Afrique francophone. Nous devons tous prendre conscience de cette réalité. En prenant conscience, nous devons tous nous mettre dans la lutte contre le cancer.

Par la sensibilisation de la population dans la lutte promotionnelle, la lutte curative, la prise en charge des maladies. Equiper les structures de santé, les hôpitaux généraux de référence, les hôpitaux tertiaires de radiothérapie. Les médicaments pour faire la chimiothérapie, et former d’abord, parce qu’il y a un sérieux problème de formation.

Nous avons peu de médecins spécialistes en oncologie en Afrique, plus particulièrement en RDC. Peu d’infirmiers chirurgiens en oncologie, et peu de chirurgiens, peu d’infirmiers. Et cela n’arrive pas à répondre aux besoins de la population sur la lutte contre le cancer.

Vous rentrez avec un prix. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

C’est une surprise, c’est une joie immense. On m’a décerné le prix du meilleur voyage de la science par le comité organisateur. Parce que nous avons traversé trois pays pour arriver à Douala, et puis ce n’est pas la première fois.

Nous avons été l’année passée avec le Dr Esther Dina Bell, que j’ai remerciée de passage, à Gaborone. Parce qu’on a fait Johannesburg et puis Gaborone aux conférences internationales. Sur les soins palliatifs, organisés par l’association africaine des soins palliatifs. Nous avons présenté là-bas et on a fait encore des efforts de venir présenter à Douala. Et aujourd’hui, les fruits de tous ces sacrifices est là…

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