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Le Congrès face aux pouvoirs de Trump : le Sénat valide la guerre contre l’Iran

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Le Congrès face aux pouvoirs de Trump : le Sénat refuse de désarmer le président. Il rejette mercredi la résolution démocrate qui visait à limiter ses pouvoirs militaires contre l’Iran. Derrière le vote, une bataille constitutionnelle divise Washington — et révèle les fractures d’une Amérique entraînée dans une guerre que personne n’a officiellement déclarée.

53 voix contre 47 : le Sénat tranche

La résolution ne passe pas. 53 voix contre, 47 pour. Le Sénat américain rejette mercredi la tentative démocrate de reprendre le contrôle sur une guerre lancée sans autorisation du Congrès. La majorité républicaine tient. Elle soutient l’opération américano-israélienne contre l’Iran. Elle soutient Trump.

L’auteur de la résolution, le sénateur démocrate de Virginie Tim Kaine, avait pourtant déposé son texte dès fin janvier — avant même le déclenchement du conflit. Son objectif : « ordonner le retrait des forces armées américaines des hostilités contre la République islamique d’Iran qui n’ont pas été autorisées par le Congrès. » Un rappel à la Constitution. Une mise en garde. Un acte politique fort.

Le vote révèle aussi deux dissidences significatives. Le démocrate John Fetterman, favorable à la guerre, vote contre la résolution de son propre camp. À l’inverse, le républicain Rand Paul est le seul de sa formation à voter pour. Deux électrons libres dans un Sénat qui, pour le reste, se range derrière son président.

Pour Tim Kaine et les démocrates, l’enjeu dépasse le conflit iranien. Il touche à l’équilibre des pouvoirs, à l’architecture même de la démocratie américaine. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a méthodiquement étendu l’emprise du pouvoir exécutif sur le législatif. Ce vote en est une nouvelle illustration.

La guerre des pouvoirs : Constitution contre urgence

Au cœur du débat, une question juridique et politique explosive : qui, du président ou du Congrès, a le droit de déclencher une guerre ?

La réponse constitutionnelle est claire : seul le Congrès peut déclarer la guerre. Mais une loi de 1973 — le War Powers Act — ouvre une brèche. Elle autorise le président à lancer une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d’urgence créée par une attaque contre les États-Unis ou par une menace imminente.

C’est précisément ce mot — « imminente » — que Donald Trump a utilisé samedi pour justifier l’opération contre l’Iran. Dans sa vidéo annonçant l’offensive, il évoque une menace « imminente » posée selon lui par Téhéran. L’opposition démocrate rejette cet argument.

Mardi soir, à l’issue d’un briefing classé secret défense entre les sénateurs et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, Tim Kaine tranche. Il assure à l’AFP qu’« aucune preuve n’avait été présentée par le gouvernement sur l’existence d’une menace imminente de l’Iran contre les États-Unis ». Pas de preuve, pas de légitimité. La guerre serait donc, selon lui, « illégale ».

Depuis samedi, le sénateur de Virginie le répète sans relâche. Et il choisit ses mots pour toucher l’opinion publique : « Les Américains veulent que le président Trump fasse baisser les prix — pas qu’il nous entraîne dans des guerres inutiles et éternelles », écrit-il dans un communiqué publié mardi.

La Chambre des représentants : même combat, même défaite annoncée

Le front parlementaire ne s’arrête pas au Sénat. Jeudi, la Chambre des représentants soumet une résolution similaire au vote. Même résultat attendu : un nouvel échec.

Le président républicain de la Chambre, Mike Johnson, a fixé le cadre dès lundi, devant la presse réunie au Capitole. Ses mots ne laissent aucun doute sur sa position. « L’idée que nous retirions ce pouvoir à notre commandant en chef, le président, de finir le boulot est une perspective effrayante pour moi », affirme-t-il. Puis il enfonce le clou : « C’est dangereux, et j’espère — et je crois — que nous avons suffisamment de voix pour rejeter cela. »

Johnson parle en chef de majorité sûr de ses troupes. Il parle aussi en homme qui a choisi son camp : celui d’un président qui agit vite, fort, sans chercher le consensus législatif. Dans cette vision, le Congrès n’est pas un contre-pouvoir. Il est un soutien.

Face à lui, les démocrates accumulent les défaites parlementaires tout en construisant un récit politique pour la suite. Chaque vote perdu devient une pièce à conviction. Chaque résolution rejetée, une preuve supplémentaire de ce qu’ils présentent comme une dérive autoritaire.

Trump, la guerre et la légitimité démocratique

Derrière ce duel institutionnel, une réalité s’impose : les États-Unis sont en guerre contre l’Iran sans que le Congrès l’ait formellement autorisé. Six soldats américains sont morts. Des bases américaines dans le Golfe ont été frappées. Le détroit d’Ormuz est menacé. Et Washington débat encore de savoir si tout cela est légal.

Ce paradoxe est au cœur de la crise politique qui se joue en parallèle de la crise militaire. Donald Trump gouverne par l’urgence. Il agit, puis demande une validation que le Congrès républicain s’empresse de lui accorder. Le War Powers Act, conçu après le Vietnam pour éviter que des présidents n’entraînent l’Amérique dans des guerres sans fin, se retrouve au cœur d’un conflit qui, précisément, menacer de s’installer dans la durée.

Tim Kaine le sait. Il continuera à déposer des résolutions, à alerter, à documenter. Pas pour gagner — il sait que les chiffres ne sont pas en sa faveur. Mais pour que l’histoire retienne que le Congrès a été tenu à l’écart d’une décision de guerre majeure. Et que certains, au moins, ont dit non.

Pour l’heure, Trump avance. Le Sénat l’y autorise. Et la guerre contre l’Iran entre dans son cinquième jour.

Source : AFP – 4 mars 2026

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