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Libye : Le calvaire des migrants érythréens en prison

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Surpopulation, faim, violences et extorsions : des migrants érythréens détenus dans l’est de la Libye racontent à l’AFP leurs conditions de détention. Certains affirment que leurs geôliers réclament plusieurs milliers de dollars à leurs familles en échange de leur libération.

Cellules surpeuplées, nourriture insuffisante, viols : des migrants érythréens espérant rejoindre l’Europe ont raconté à l’AFP avoir échoué en prison dans l’est de la Libye, à la merci de geôliers réclamant de l’argent à leur famille pour les libérer.

« Dans notre cellule, presque tous sont faibles et en mauvaise santé« , raconte Debesay, 19 ans, qui a quitté l’Erythrée, pays de la Corne de l’Afrique de 3,5 millions d’habitants, dirigé d’une main de fer depuis son indépendance en 1993 par l’autocrate Issaias Afeworki.

La jeunesse érythréenne s’enfuit en masse de son pays, souvent qualifiée de Corée du Nord africaine, fuyant notamment un service militaire à durée illimitée, assimilé à de l’esclavage par l’ONU. C’est le cas de Debesay, qui a requis l’anonymat pour protéger sa famille en Érythrée. Le jeune conscrit a déserté le 27 janvier 2025.

« J’ai marché 10 jours avec des passeurs »

« J’ai marché 10 jours avec des passeurs » jusqu’au Soudan, un voyage « extrêmement difficile« , raconte-t-il. Arrivé ensuite en Libye, il est kidnappé et « torturé régulièrement ». Sa mère rassemble 9.000 dollars pour le libérer, un montant considérable en Erythrée où plus de la moitié de la population est pauvre, selon la Banque africaine de développement.

La rançon payée, ses ravisseurs vendent Debesay « à un autre groupe ». Mais la famille, désormais endettée, est à court d’argent. Après trois mois de captivité, faute de rançon, il est livré à la police. Les conditions de détention sont « extrêmement mauvaises », dit-il, « nous souffrons d’une faim sévère et du manque d’eau potable. Environ 150 personnes s’entassent dans une seule petite pièce.

Il y a aussi des maladies contagieuses, notamment tuberculose et paludisme, mais très peu de médicaments ». « Les policiers nous battent, nous insultent (…) Ils ne nous traitent pas comme des êtres humains », affirme Debesay.

Pain et riz 

L’AFP a pu s’entretenir avec plusieurs détenus car les gardiens, qui leur réclament de l’argent pour les libérer, leur laissent leur téléphone pour qu’ils puissent appeler leurs familles à l’aide.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, l’instabilité en Libye favorise la traite humaine, accompagnée de multiples abus contre les migrants, notamment extorsion et esclavage, selon l’ONU.

Ce dernier rapportait récemment que « migrants, réfugiés et demandeurs d’asile sont victimes de violations systématiques » commises « en toute impunité » en Libye et détenus « arbitrairement » dans environ 40 « centres de détention officiels et non officiels ».

De nombreux défenseurs des droits humains dénoncent de leur côté la coopération « honteuse » de l’UE avec les deux autorités concurrentes en Libye en matière de contrôle migratoire, estimant qu’elle se rend « complice » des abus « généralisés et systématiques » contre les migrants en toute « impunité ».

La Libye est aujourd’hui gouvernée par deux exécutifs rivaux. À Tripoli, Abdelhamid Dbeibah dirige le gouvernement reconnu par l’ONU. À Benghazi, le maréchal Khalifa Haftar exerce son influence sur les autorités de l’Est. Les migrants interrogés par l’AFP sont détenus dans l’est de la Libye.

Nous ne recevons qu’un morceau de pain

« Chaque jour, nous ne recevons qu’un morceau de pain le matin, une petite quantité de riz au déjeuner, même choisi au dîner », raconte Zerisenay, 35 ans, incarcéré depuis huit mois dans une prison où croupissent selon lui quelque 700 migrants, érythréens et éthiopiens.

La police exige « jusqu’à 4.000 dollars pour libérer un prisonnier », mais « la plupart d’entre nous n’ont plus d’argent », dit-il. Un jour, les migrants ont tambouriné sur les portes pour réclamer des soins pour les malades.

Selon Zerisenay, des policiers sont alors entrés et « ont tiré ». Les tirs ont tué deux migrants et blessé plusieurs dizaines d’autres. Selon lui, les autorités ne leur ont pas fourni de soins adéquats. « Nous pouvons les entendre pleurer et souffrir intensément », raconte-t-il.

Plusieurs violes 

Les femmes subissent en outre des violences sexuelles. Après avoir fui l’Erythrée vers l’Ethiopie en 2022, Fyori a pris en mars dernier la route de l’Europe. Mais au Soudan, les passeurs ont livré son groupe « aux Rashaida », tribu arabe de l’est du pays.

Une nuit, des hommes « sont venus là où j’étais allongée, m’ont dit de me laver puis forcée à sortir de la pièce. Ensuite, trois hommes m’ont violée », témoigne la jeune femme de 25 ans, libérée depuis contre 9.500 dollars.

À son arrivée en Libye, les autorités l’arrêtent. Deux gardiens de prison la violent durant sa détention. Elle tombe ensuite enceinte. Elle dénonce également le manque de médicaments, ainsi que « la faim et la soif ». « Ces trois derniers mois, les gardiens ne m’ont autorisée à prendre l’air qu’une seule fois », raconte-t-elle. Elle affirme que les gardiens l’ont violée ce jour-là.

Interrogé par l’AFP, le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a déclaré « des actes déplorables dont seules les autorités libyennes concernées sont responsables« . Sollicitées par l’AFP, les autorités de l’est de la Libye n’ont pas donné suite. Malgré sa situation, Debesay, le conscrit, refuse de perdre espoir : « je veux survivre, atteindre l’Europe, porter une éducation, construire une vie meilleure et soutenir ma famille ».

dyg/ayv/sba

© Agence France-Presse

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