Trump prolonge la trêve iranienne sine die, cédant in extremis à la demande des médiateurs pakistanais. Moins de quarante-huit heures après avoir jugé toute prolongation « hautement improbable », le président américain a évité la reprise des hostilités. L’Iran, de son côté, menace d’anéantir la production pétrolière des monarchies du Golfe si les combats reprennent.
– La trêve prolongée malgré les signaux contraires
Donald Trump avait semblé fermer la porte lundi. Le locataire de la Maison Blanche qualifiait alors toute prolongation du cessez-le-feu de « hautement improbable ». Mardi, il annonçait pourtant la reconduire sur Truth Social, jusqu’à « ce que l’Iran présente une proposition visant à mettre fin au conflit ».
La décision est intervenue à la demande explicite des médiateurs pakistanais, quelques heures avant l’heure limite. Trump a justifié ce revirement en citant des « divisions au sommet du pouvoir iranien ». Ces tensions internes, selon lui, rendaient nécessaire un délai supplémentaire.
La confusion avait régné jusqu’au dernier moment sur la date d’expiration exacte. Téhéran estimait la trêve arrivée à échéance dans la nuit de mardi à mercredi, heure locale. Washington situait cette limite à mercredi soir, heure américaine. Ce désaccord résume à lui seul l’état des relations entre les deux pays : une trêve maintenue, mais profondément fragile.
Le cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril. Bientôt deux mois après le début des hostilités déclenchées par Israël et les États-Unis, chaque journée de trêve supplémentaire reste un acquis précaire dans un contexte de tensions permanentes.
– Trump prolonge la trêve iranienne mais maintient le blocus des ports
La prolongation de la trêve ne s’accompagne d’aucun assouplissement du blocus maritime. Trump l’a précisé sans ambiguïté mardi : l’embargo sur les ports iraniens se poursuit. Cette mesure ne fait pas partie des concessions accordées.
Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a vivement réagi. L’Iran sait comment « résister aux intimidations », a-t-il déclaré. Il a qualifié le blocus américain des ports iraniens d' »acte de guerre » et de « violation du cessez-le-feu ».
Cette accusation fragilise le cadre juridique de l’accord. Téhéran conteste la légalité des mesures américaines tout en se déclarant encore sous cessez-le-feu. L’impasse illustre la difficulté des deux capitales à trouver un terrain commun.
– Les Gardiens de la Révolution menacent le pétrole du Golfe
L’Iran n’a pas attendu la décision américaine pour durcir le ton. Les Gardiens de la Révolution, bras armé idéologique du régime islamique, ont adressé un avertissement direct aux monarchies voisines. Leur message ne laissait aucune ambiguïté.
« Nos voisins du Sud doivent savoir que si leur territoire et leurs installations sont mis au service des ennemis pour attaquer la nation iranienne, ils peuvent dire adieu à la production pétrolière au Moyen-Orient », ont-ils déclaré.
Cette menace vise directement les infrastructures pétrolières régionales. Elle place les pays du Golfe dans une position délicate. Entre leur alliance stratégique avec Washington et la menace iranienne sur leurs installations, le choix est difficile.
– Les marchés pétroliers sous haute tension
Ces menaces s’exercent sur un marché déjà fortement perturbé. Avant même les déclarations des Gardiens de la Révolution, les cours du brut progressaient d’environ 3 %. Le bouclage du détroit d’Ormuz alimente directement cette hausse.
Ce passage maritime stratégique assure en temps ordinaire le transit d’un cinquième de l’approvisionnement pétrolier mondial. Sa fermeture fait peser des pressions immédiates sur les prix à l’échelle internationale. L’Iran dispose ainsi d’un levier économique considérable, même sans reprendre les combats.
Les menaces des Gardiens de la Révolution ont accentué cette pression. Toute frappe sur les installations du Golfe aggraverait une situation des marchés déjà sous tension depuis le début du conflit.
– Trump prolonge la trêve iranienne en attendant une proposition de Téhéran
Deux semaines après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les pourparlers restent bloqués. L’Iran refuse d’envoyer une délégation au Pakistan pour reprendre les négociations avec les États-Unis. Une première session s’était tenue le 11 avril sans déboucher sur le moindre résultat.
Le vice-président JD Vance devait mener à nouveau la délégation américaine lors du prochain cycle de discussions. Mardi à la mi-journée, il se trouvait encore à Washington pour des « réunions supplémentaires », selon la Maison Blanche. Son maintien sur place traduit le gel diplomatique en cours.
Trump a fixé une condition nette pour avancer. Téhéran doit formuler une proposition concrète visant à mettre fin au conflit. Sans ce geste, aucune nouvelle échéance n’est annoncée. La prolongation sine die ouvre une période d’attente sans calendrier défini.
– Femmes iraniennes et quotidien à Téhéran
Avant d’annoncer la prolongation, Donald Trump avait demandé à l’Iran de « libérer » plusieurs femmes. Il les présentait comme menacées d’exécution et avait reproduit leurs photographies sur Truth Social. Leur libération constituerait un « très bon début pour les négociations », avait-il estimé.
L’AFP n’a pas pu confirmer les menaces d’exécution évoquées, ni identifier les femmes dont Trump a diffusé les images. L’Iran a catégoriquement démenti tout risque d’exécution les concernant.
À Téhéran, la trêve a permis une reprise partielle de la vie quotidienne. Les principaux aéroports de la capitale ont rouvert lundi, après plusieurs semaines de fermeture liée au conflit. Mobina Rasoulian, étudiante de 19 ans rencontrée par l’AFP dans une rue de la capitale, raconte son soulagement : « Je suis sortie sans me stresser (…) je suis allée dans les cafés, restaurants, ici et là. »
Tous les Iraniens ne partagent pas cet apaisement. Saghar, 39 ans, s’exprime depuis Paris. Pour elle, « il n’y a pas de lumière au bout du tunnel ». La situation économique est « horrible », dit-elle. Des gens se font arrêter « pour rien » et « les exécutions se multiplient ».
– Le front libanais reste instable
Le conflit régional dépasse le seul face-à-face irano-américain. La diplomatie américaine a annoncé mardi de nouvelles discussions directes entre Israël et le Liban pour jeudi à Washington, au niveau des ambassadeurs. Un premier cycle identique avait eu lieu le 14 avril.
Un fragile cessez-le-feu de dix jours est entré en vigueur vendredi entre l’armée israélienne et le Hezbollah pro-iranien. Les deux parties se sont mutuellement accusées de violations dès les premières heures.
L’armée israélienne a frappé mardi une position dans le sud du Liban, en riposte à des tirs de roquettes contre ses soldats déployés dans la région. Le Hezbollah a revendiqué de son côté une attaque dans le nord d’Israël, dénonçant des violations « flagrantes » du cessez-le-feu.
Des sirènes ont retenti dans deux localités du nord d’Israël, après l’interception d’un drone lancé depuis le Liban, selon l’armée israélienne. Le bilan officiel au Liban atteint 2 454 morts en six semaines de guerre.
Source : Agence France-Presse















