L’industrie américaine de défense enregistre un nouveau bond des commandes au premier trimestre 2026. RTX, Northrop Grumman et GE Aerospace ont publié mardi des résultats en forte hausse, portés par le conflit en Iran. Le secteur bénéficie d’une demande soutenue, tant aux États-Unis qu’à l’international, dans un contexte géopolitique toujours plus tendu.
Des commandes records pour l’industrie américaine de défense
RTX, Northrop Grumman et GE Aerospace ont présenté mardi leurs résultats du premier trimestre 2026. Les trois groupes signalent chacun un bond marqué des commandes militaires. Ce dynamisme prolonge une tendance solidement ancrée depuis 2025.
L’an passé, le secteur avait déjà connu une forte croissance. Les guerres en Ukraine et à Gaza alimentaient la demande en armements. Des incursions russes dans des espaces aériens européens inquiétaient les membres de l’OTAN.
Les manœuvres militaires chinoises autour de Taïwan et les tensions en mer Rouge avaient achevé de dégrader le tableau géopolitique mondial. Depuis fin février 2026, le conflit en Iran a ajouté une pression supplémentaire sur l’ensemble du secteur.
Les pays du monde entier cherchent désormais à renforcer leurs réserves d’armements et d’équipements militaires. Ceux directement engagés dans des conflits actifs doivent en outre reconstituer leurs stocks en temps réel. La maintenance et la réparation des matériels déployés sur le terrain représentent un besoin opérationnel immédiat et croissant.
RTX et Raytheon accélèrent la production de munitions
Le PDG de RTX, Chris Calio, a exprimé l’espoir d’une « résolution durable » au Moyen-Orient lors de la présentation de ses résultats. Devant les analystes, il a confirmé que le groupe travaillait avec le ministère américain de la Défense « pour accélérer la production de munitions ».
Le Pentagone a multiplié les accords et les contrats ces derniers mois. Les firmes majoritairement américaines concentrent l’essentiel de ces engagements. Ces contrats ciblent en priorité les systèmes de missiles : Tomahawk, Patriot, GEM-T et AMRAAM figurent parmi les programmes stratégiques concernés.
Avec Raytheon, filiale directe de RTX, cinq « accords cadre majeurs » ont été conclus récemment. Calio les a présentés comme « vitaux pour la sécurité nationale ». RTX a déjà engagé près de 900 millions de dollars pour accroître ses capacités de production industrielle.
Pour le PDG, la réalité est sans ambiguïté. « La situation actuelle illustre clairement le besoin en munitions, en technologies de défense intégrées aériennes et de missiles, et davantage de capacités avancées pour contrer l’évolution des menaces », a-t-il déclaré. Calio observe par ailleurs « une demande vraiment très forte, à la fois nationale et internationale ». Ce contexte a conduit RTX à revoir à la hausse plusieurs de ses prévisions annuelles.
GE Aerospace entre records historiques et prudence macroéconomique
GE Aerospace a enregistré des commandes record en défense sur la dernière décennie. Le groupe décrit un « départ solide » pour l’année 2026. Ces performances témoignent de la même dynamique que ses principaux concurrents.
La direction maintient néanmoins ses précédentes prévisions annuelles. Les incertitudes macroéconomiques globales justifient cette retenue. « Nous partons actuellement du principe que le conflit et ses effets vont se prolonger jusqu’à l’été », a déclaré Larry Culp, patron de GE Aerospace, lors d’une audioconférence avec des analystes.
Sur le plan militaire, l’engagement du groupe reste entier. « Nous continuons d’exécuter avec rapidité les besoins militaires hautement prioritaires pour soutenir les États-Unis et leurs alliés », a assuré Culp.
GE Aerospace produit également des moteurs pour avions de ligne de Boeing et d’Airbus. Or le conflit au Moyen-Orient a réduit le trafic aérien commercial dans la région. Cette contraction pèse directement sur les activités de maintenance civile du groupe. Le secteur défense progresse fortement ; l’aviation commerciale régionale subit un effet inverse qui grève une partie des perspectives globales.
Northrop Grumman : vingt nouvelles usines face à l’urgence
Northrop Grumman partage les mêmes impératifs industriels que ses concurrents. Sa priorité absolue consiste à livrer équipements et munitions le plus rapidement possible. Les volumes commandés progressent de manière continue.
Sa PDG, Kathy Warden, a fait état d’une expansion industrielle considérable. Une vingtaine de nouvelles usines ont ouvert sur le territoire américain au cours des deux dernières années. Cette montée en puissance témoigne de l’ampleur des investissements consentis pour absorber la croissance de la demande.
« Le conflit en Iran a clairement créé un sentiment accru d’urgence », a-t-elle déclaré lors de la présentation des résultats trimestriels.
Calio, de son côté, souligne que ce volume de contrats offre une « visibilité de long terme » à l’ensemble du secteur. Les dépenses mondiales de défense ne cessent d’augmenter. Cette dynamique globale ancre les perspectives industrielles des groupes américains dans la durée, bien au-delà du seul contexte iranien.
L’industrie américaine de défense portée par un budget 2027 en hausse de 42 %
Le cadre budgétaire américain amplifie encore ces perspectives. Jules Hurst, sous-secrétaire à la Défense, s’est exprimé lors d’un briefing au Pentagone mardi matin.
« Le président Donald Trump a proposé un budget 2027 pour la défense nationale de 1 500 milliards de dollars », a-t-il annoncé. Cette hausse de 42 % représente un signal fort adressé à l’ensemble de la base industrielle de défense.
Hurst a détaillé les ambitions de la proposition. Elle vise à « dynamiser la base industrielle de défense en augmentant la production de systèmes d’armement majeurs ». Elle prévoit aussi de renforcer « la chaîne d’approvisionnement » et de soutenir « des dizaines de milliers de petites et moyennes entreprises » intégrées au secteur.
Le sous-secrétaire a précisé que plus de 750 millions de dollars — « soit quasiment la totalité du budget de défense 2022 » — seraient dédiés au développement des capacités et à l’achat de systèmes d’armement. Ce chiffre illustre l’ampleur du réinvestissement envisagé par l’administration américaine.
Boeing et Lockheed Martin attendus pour compléter le tableau
Le panorama du secteur reste incomplet. Boeing, dont la branche défense occupe une place stratégique dans l’industrie américaine, publiera ses résultats mercredi matin. Lockheed Martin, autre acteur central de l’armement mondial, suivra jeudi.
Ces publications permettront de mesurer l’ampleur réelle de la vague de commandes à l’échelle du secteur. RTX, Northrop Grumman et GE Aerospace ont fixé le cadre. Boeing et Lockheed Martin devront à leur tour confirmer ou nuancer cette tendance.
Le conflit en Iran structure la demande à court terme. Les tensions persistantes en Europe, en mer Rouge et autour de Taïwan nourrissent les perspectives sur le long terme. Face à ce contexte, l’industrie américaine de défense aborde 2026 avec des carnets de commandes historiquement élevés.
Source : Agence France-Presse














