pixel

Cameroun : le recensement de la population se proroge encore

Date:

Pages jaunes
Trans Afrique

Le Cameroun a lancé le recensement général de sa population depuis avril dernier. Mais la couverture nationale stagne à 65%. Résultat, le délai des opérations a été prorogé pour la seconde fois par le chef du gouvernement.

Saura-t-on jamais combien de personnes le Cameroun compte en 2026 ? La question se pose avec acuité et vaut son pesant d’or. Et la réponse dépend de la fiabilité des données à recueillir à l’issue du 4ᵉ recensement général de la population. Dont la phase opérationnelle a été lancée en grande pompe il y a trois mois.

En effet, c’est le 24 avril 2026 que les agents recenseurs ont été déployés sur l’étendue du territoire national. L’opération était censée être bouclée le 31 mai. Soit un peu plus d’un mois plus tard.

Seulement, dès les premières semaines de leur déploiement, les agents recenseurs sont rattrapés par les réalités du terroir. Notamment le mauvais rapport de certains Camerounais, détenteurs de petites portions de pouvoir, avec l’argent dû aux autres compatriotes.

Des agents réclament leur paiement

En effet, beaucoup d’agents à travers le territoire réclament le paiement des frais promis depuis le phase de formation. Des montants qui dépassent 100 000 Fcfa pour certains. Les plus chanceux ont reçu des paiements partiels.

Certains membres de leur hiérarchie tentent de se justifier. En pointant du doigt, d’une part, les opérateurs de téléphonie mobile, à qui incombent ces paiements. Et, d’autre part la non-production, par certains agents, de leur pièce d’identité. Document exigé pour les paiements électroniques.

Mais certains agents courageux écument les studios et plateaux de télévision pour apporter un cinglant démenti à ces allégations. Ils y voient un prétexte, sinon une fuite en avant de la part des chefs. Leur slogan de grève ? « No money, no work, no data », explique le contrôleur Mbessa.

Des populations toujours méfiantes et réticentes

Parce qu’ils n’ont pas d’argent, bon nombre d’agents sont alors contraints de préfinancer leurs descentes sur le terrain. Un véritable casse-tête, vu l’enclavement de certaines localités. De nombreux agents démissionnent à ce stade.

A ce problème de paiements se greffe la dure réalité du terrain. Notamment la réticence des populations, qui se traduit par leur méfiance vis-à-vis des agents recenseurs. Résultat de la course, le délai initialement fixé au 31 mai avait été reporté au 31 juillet.

Seulement, le 17 juillet dernier, dans un fax, le ministre de l’Administration territoriale tirait la sonnette d’alarme. Il fustigeait les résultats médiocres. On était alors à 14 jours de l’expiration du délai de la première prorogation.

Recensement de la population : Le Mrc critique le processus

Atanga Nji joue sa partition sur le tard

Paul Atanga Nji instruisait alors les sous-préfets de superviser personnellement les opérations. En outre, il sollicitait le concours des autorités traditionnelles et religieuses, des élus locaux et des forces vives.

Pour accompagner les agents recenseurs et faciliter leur maillage territorial pendant les opérations. Malgré cette intervention du Minat, la donne n’a pas changé. A preuve, le calendrier des recensements a connu une seconde prorogation fin juillet.

Il a été rallongé de 45 jours supplémentaires. Les opérations censées s’achever le 31 juillet dernier vont donc se poursuivre jusqu’au 31 septembre 2026. La prorogation est contenue dans un arrêté du Premier ministre, chef du gouvernement.

Un taux de couverture nationale de 65%

En effet, au 5 août dernier, le taux de couverture nationale stagnait autour de 65%. Il était en progression seulement de 5% par rapport à la semaine qui précédait cette mise au point.

Ce bilan à mi-parcours a été présenté par le comité de suivi technique des opérations, présidé par Jean Tchofo. Qui par ailleurs est le secrétaire général du ministère des Petites et Moyennes entreprises, de l’Economie sociale et de l’Artisanat.

Il a annoncé un train de mesures correctives. Notamment « le redéploiement des équipes vers les zones les moins couvertes. La poursuite de la régulation des paiements des agents de terrain. Et l’utilisation d’une cartographie détaillée pour orienter efficacement les ressources.

Le Wouri et la Mfoudi à la traîne

Fort curieusement, le Wouri et le Mfoundi sont les deux départements qui ne réalisent pas des avancées significatives. Ces départements abritent pourtant les deux principales villes du pays : Douala et Yaoundé.

Au 5 août, les deux départements affichaient des résultats de couverture toujours très faibles : 25,1% pour le Wouri et 36,5 % pour le Mfoundi. À Bonabéri, dans l’arrondissement de Douala 4ᵉ en particulier, le retard est criard. En raison de la nature spécifique d’une majeure partie de sa population.

Comme l’explique le sieur Mbessa, contrôleur. « Le taux de couverture est très faible parce que plusieurs déplacés internes estiment que le recensement ne les concerne pas. Ils disent que le gouvernement les a abandonnés. Ils ne veulent pas répondre.»

Recensement de l’agriculture et de l’élevage

La conduite des opérations de recensement est loin de rassurer. De la périphérie ouest (Douala 4ᵉ) à la banlieue est (Douala 3) de la capitale économique, en passant par Douala 5ème. L’on semble faire du surplace. De nombreux Camerounais n’ont pas reçu la visite des agents.

Le problème à la base semble d’ordre conceptuel. Le couplage du recensement de la population et de l’habitat avec le recensement de l’agriculture et de l’élevage. Surtout que le gouvernement n’a pas anticipé la communication sur ce volet. Pourtant, le recensement avait été annoncé par un décret présidentiel depuis 2015.

De nombreuses populations cibles apprécient cette initiative avec beaucoup de recul et de réserves. Certains y voyant un espionnage fiscal qui ne dit pas son nom. D’autres exprimant simplement leur lassitude relative à l’environnement socioéconomique, dix mois après l’élection présidentielle contestée.

Plus de 19 milliards engloutis

L’échec qui se profile tranche avec les gros montants investis dans ce 4ᵉ recensement général de la population. Une opération couplée au recensement de l’habitat, de l’agriculture et de l’élevage.

En effet, le budget initial était de 13 milliards Fcfa. Financé en grande partie par les partenaires financiers internationaux du Cameroun. En l’occurrence le Fonds monétaire international (Fmi).

Suite à la première prorogation du délai, un avenant de 6 milliards avait été ajouté au montant initial. Ce qui portait le coût global des opérations à environ 19 milliards Fcfa. Et pourtant, paradoxalement, les agents de terrain crient à la galère.

- Pub -
Pages jaunes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager :

spot_imgspot_img

Populaires

Dans la même catégorie
Associé

Douala : Un agent immobilier retrouvé mort

La ville de Douala est plongée dans l’insécurité. Selon...

Camair-Co : Deux avions immobilisés à Addis-Abeba

Selon nos sources, ces deux avions de Camair-Co, sont...

Yaoundé : Deux gangs de voleurs démantelés

Six présumés voleurs à l’arraché ont été présentés le...

Logone-et-Chari : Un présumé ravitailleur de Boko Haram interpellé

La Gendarmerie nationale a récemment interpellé un homme soupçonné...