Washington lève sanctions iraniennes sur le pétrole stocké en mer. Les États-Unis envisagent cet assouplissement en pleine campagne militaire contre l’Iran, près de trois semaines après leurs premières frappes sur le territoire iranien. L’objectif affiché : contenir la flambée des prix à la pompe qui agite l’opinion américaine.
Washington lève sanctions iraniennes pour freiner la hausse des prix
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a annoncé jeudi que Washington pourrait, dans les tout prochains jours, lever certaines sanctions visant le pétrole iranien actuellement stocké sur des navires en mer. La déclaration a été faite sur la chaîne Fox Business.
« Dans les jours à venir, nous pourrions lever les sanctions sur le pétrole iranien qui se trouve actuellement en mer », a déclaré Scott Bessent. L’objectif, selon lui : utiliser « les barils iraniens contre les Iraniens pour maintenir les prix à un niveau bas (…) alors que nous poursuivons cette campagne » militaire.
La Maison Blanche a également exclu, ce même jeudi, toute limitation des exportations de pétrole produit sur le sol américain.
140 millions de barils et une fenêtre de dix à quatorze jours
Environ 140 millions de barils de pétrole iranien sont actuellement immobilisés en mer, selon Scott Bessent lui-même. Cette réserve pourrait compenser les pertes que subit le marché « pour dix jours ou deux semaines », d’après le ministre.
Le volume en jeu représente moins de deux jours de consommation mondiale. L’effet sur les prix resterait donc limité dans le temps. Scott Bessent n’a pas précisé combien de temps pourrait durer un tel assouplissement.
Une source proche du dossier, non autorisée à s’exprimer publiquement, a confirmé à l’AFP que cette mesure ressemblerait à celle déjà annoncée la semaine précédente concernant le pétrole russe. Les nouvelles règles de Washington permettent à Moscou d’écouler son or noir stocké sur des navires jusqu’à début avril.
L’administration Trump multiplie par ailleurs d’autres initiatives depuis plusieurs jours. Mercredi, elle a annoncé la suspension d’une loi séculaire sur le transport maritime pour faciliter le commerce du pétrole. Elle a également accordé une nouvelle détente dans les sanctions économiques visant le Venezuela, pays doté de très larges réserves d’hydrocarbures. Elle s’est aussi engagée à mettre progressivement sur le marché 172 millions de barils dans le cadre d’un plan coordonné avec l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
« Nous n’intervenons pas sur les marchés financiers, nous approvisionnons les marchés physiques », a assuré Scott Bessent.
Une guerre qui bouleverse les marchés pétroliers
Les États-Unis ont lancé leurs premières frappes en Iran il y a près de trois semaines. Cette opération militaire a immédiatement fait bondir les prix à la pompe. La guerre au Moyen-Orient prive désormais le marché mondial d’une large part des exportations habituelles d’hydrocarbures en provenance du Golfe.
Le détroit d’Ormuz, passage vital pour ces exportations, est au cœur des tensions. Sa fermeture ou sa perturbation aggrave directement la pression sur les cours mondiaux du brut.
L’augmentation des prix à la pompe est particulièrement mal supportée aux États-Unis, pays très dépendant de l’automobile. L’exécutif américain multiplie donc les mesures pour atténuer cette hausse, dans un contexte politique intérieur sensible.
Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates, résume la situation : « Cela montre jusqu’où le gouvernement est prêt à aller pour soulager les consommateurs face aux prix élevés de l’essence et du diesel. »
Une manœuvre jugée « contradictoire »
La décision d’envisager une levée partielle des sanctions iraniennes suscite des réactions contrastées, y compris chez des alliés proches.
Katherina Reiche, ministre allemande de l’Économie et de l’Énergie, a réagi auprès du journal Bild. « Chaque dollar pour le pétrole iranien stabilise un régime qui est fondamentalement en contradiction avec nos valeurs », a-t-elle déclaré.
Andy Lipow pointe, lui, une tension politique interne : « D’un point de vue politique, cela semblerait très contradictoire, car on aurait l’impression que nous permettons à l’Iran de vendre son pétrole alors même que nous sommes en guerre contre ce pays. » L’analyste précise toutefois que si les sanctions étaient effectivement levées, « cela ouvrirait la possibilité pour l’Iran de vendre à certains de ses clients qu’il avait des décennies plus tôt en Europe. »
Philip Luck, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), se montre quant à lui sceptique sur l’impact réel. Si les États-Unis « font ça pour changer les prix (…) cela n’arrivera tout simplement pas », estime-t-il.
Washington lève sanctions iraniennes : la Chine en position de force
À court terme, l’annonce profiterait d’abord à la Chine. « Le grand gagnant sera la Chine », anticipe John Kilduff, spécialiste du pétrole pour Again Capital.
Pékin a en effet acheté l’essentiel des exportations iraniennes de brut ces dernières années, déjouant les sanctions américaines. La levée envisagée lui offrirait un laissez-passer officieux pour vendre ces millions de barils avec l’aval de Washington.
James Knightley, économiste chez ING, voit dans cette manœuvre un objectif diplomatique plus large. Plutôt que de réduire les prix à la pompe, l’administration Trump chercherait surtout à s’attirer la bonne grâce de ses partenaires. « Cela ressemble un peu à une tactique de négociation visant à rallier les Chinois à leur cause, afin de renforcer l’idée d’une coalition navale pour rouvrir le détroit d’Ormuz« , explique-t-il à l’AFP.
« Le jeu en vaut la chandelle » si cette approche force la Chine à exercer une pression sur l’Iran, estime James Knightley. Washington lève sanctions iraniennes non pas pour équilibrer le marché, mais peut-être pour reconfigurer ses alliances dans une guerre qui dépasse le champ militaire.
Source : Agence France-Presse
















