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Cancer : les thérapies ciblées, une révolution médicale, mais…

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Face au cancer, c’est une innovation majeure des trente dernières années: les thérapies ciblées, au mécanisme plus spécifique que les traitements classiques, ont réalisé nombre de promesses. Mais, comme de récentes études en témoignent, certains cancers leur résistent encore.

« C’est devenu une classe majeure de thérapies depuis le milieu des années 2000″, résume à l’AFP l’oncologue Manuel Rodrigues, vice-président de la Société française du cancer (SFC). « Mais, contrairement à ce que certains pensaient, ça n’a pas remplacé la chimio. »

Éliminer en bloc les cellules anormales

Les thérapies ciblées obéissent à un changement profond d’approche par rapport à des traitements classiques comme la chimiothérapie ou certaines immunothérapies.

La première vise à éliminer en bloc les cellules anormales, tandis que les secondes cherchent à réactiver le système immunitaire contre la tumeur. Les thérapies ciblées, comme leur nom l’indique, agissent de façon bien plus spécifique en interrompant des mécanismes particuliers aux cellules cancéreuses.

Quand elle fonctionne, cette mécanique de précision, qui passe souvent par le fait de bloquer l’action de protéines spécifiques à la cellule concernée, peut dépasser les thérapies classiques, qui sont susceptibles de s’attaquer aussi aux cellules saines.

Les thérapies ciblées

Près de trente ans après leur apparition, les thérapies ciblées ont, de fait, enregistré de grands succès. Elles ont considérablement amélioré les pronostics de plusieurs cancers: poumon, leucémies, mélanomes…

Mais deux études, chacune publiée ces dernières semaines dans la revue Nature Medicine, viennent d’illustrer que ces thérapies ne donnent pas toujours les résultats escomptés.

La première, publiée fin mars, évaluait l’intérêt d’une thérapie ciblée, l’olaparib, en combinaison avec une immunothérapie face à certains cancers du pancréas. La seconde, publiée fin avril, testait trois traitements ciblés face à une forme particulièrement meurtrière du cancer du cerveau chez les enfants.

Mieux cadrer de futures recherches

Les deux essais n’ont pas atteint leurs principaux objectifs. Le premier n’a globalement pas ralenti la progression du cancer de manière jugée satisfaisante, et, dans le second, aucun traitement n’a amélioré la survie générale des patients. Reste, pour leurs auteurs, l’espoir que ces résultats permettront de mieux cadrer de futures recherches.

« Les thérapies ciblées, quand elles sont ciblées sur des patients qui font partie d’une population particulière, peuvent faire une différence », assure à l’AFP le biologiste Jacques Grill, de l’institut Gustave-Roussy – un hôpital spécialisé dans le traitement des cancers près de Paris -, qui a supervisé l’essai sur les cancers du cerveau, dits gliomes infiltrants du tronc cérébral.

Parmi les quelque 90 jeunes patients qui ont reçu l’un des trois médicaments, l’évérolimus, quatre sont encore en vie six ans après leur diagnostic, une durée exceptionnelle pour un cancer qui s’avère généralement fatal dans l’année.

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Prouver l’effet du traitement

La proportion n’est pas suffisante pour prouver l’effet du traitement. Mais ces quatre enfants semblent présenter des caractéristiques communes sur le plan biologique. Un nouvel essai clinique se prépare donc pour évaluer l’évérolimus chez cette seule catégorie de patients.

« On ne va plus mélanger tout le monde », explique M. Grill. L’issue reste toutefois incertaine, ce qui illustre les tâtonnements nécessaires pour cibler au mieux ces thérapies, avec des délais qui se comptent en années, voire en décennies.

« C’est quinze ans de boulot pour moi », souligne M. Grill. « Ce ne sont pas des choses qui débouchent tout de suite. Parfois, ça montre le chemin aux autres. »

De même, dans l’essai sur le cancer du pancréas, l’olaparib donne des signes d’efficacité chez les patients porteurs d’une mutation dite BRCA, déjà bien connue pour son rôle dans plusieurs cancers comme certains frappant le sein ou les ovaires.

Toujours la chimiothérapie

Ces signaux restent, certes, insuffisants au regard des objectifs que s’étaient fixés les chercheurs. Mais on ne les retrouve pas chez d’autres patients, porteurs d’anomalies impliquant des mécanismes similaires à BRCA. « Si on a quelque chose qui ressemble, ça ne suffit pas », commente M. Rodrigues.

« Une thérapie ciblée doit avoir une bonne cible », résume l’expert, qui s’attend à ce que ces traitements gagnent encore en efficacité, grâce à l’essor de l’intelligence artificielle et de techniques de chimie d’une précision jamais vue.

« On va pouvoir traiter de mieux en mieux les cancers pour lesquels on a une cible précise », conclut-il. « Reste que la majorité des cancers n’ont pas de cible: pour eux, il y aura toujours la chimiothérapie ou l’immunothérapie. »

© Agence France-Presse

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