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Togo : Paris tente de freiner l’avancée de la Russie

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Après 24 ans sans visite de ce niveau, le chef de la diplomatie française s’est rendu à Lomé pour relancer le partenariat entre la France et le Togo. Une démarche stratégique, alors que la Russie renforce son influence militaire, économique et culturelle dans ce pays clé du golfe de Guinée, confronté à la menace jihadiste et proche des régimes sahéliens alliés de Moscou.

Une première depuis 24 ans: en dépêchant fin avril son chef de la diplomatie à Lomé, Paris a réaffirmé son partenariat avec le Togo, au moment où la Russie intensifie son rapprochement avec ce pays ouest-africain menacé par les jihadistes, pour étendre son influence régionale.
Si le Togo n’a jamais cessé d’entretenir de bonnes relations avec Paris, il est devenu ces dernières années un terrain fertile pour l’expansion de Moscou, qui ambitionne d’en faire son point d’ancrage dans le golfe de Guinée après le Sahel.
Car Lomé est resté très proche du Mali, du Niger et du Burkina Faso voisin, trois pays gouvernés par des juntes souverainistes qui ont rompu leurs relations historiques avec la France pour se rapprocher notamment de la Russie.

 

L’absence d’une visite d’un tel niveau pendant deux décennies constituait une « anomalie » que Paris entendait corriger « au regard de la densité et l’ancienneté de la relation entre la France et le Togo », ancienne colonie française, déclarait Jean-Noël Barrot lors de sa visite à Lomé les 23 et 24 avril.

« Le président Faure (Gnassingbé) et le président Macron ont souhaité donner encore plus d’impulsion à la relation entre nos deux pays qu’elle n’en avait déjà », a-t-il expliqué. « L’enjeu pour la France n’est pas tant un +retour+ au Togo qu’une tentative de contenir l’érosion continue de son influence régionale », explique à l’AFP le politologue et essayiste togolais Madi Djabakate.

Un accord de coopération militaire avec Lomé

En 2025, Moscou a signé un accord de coopération militaire avec Lomé, qui lui permet d’envoyer des « instructeurs », des navires et des aéronefs militaires au Togo, confronté aux violences jihadistes meurtrières dans sa partie nord.

Avec cet accord, le Togo est cité parmi les pays où le groupe paramilitaire russe Africa Corps « pourrait s’étendre (ou se serait déjà étendu) », pour lutter contre les jihadistes qui frappent le nord du pays, selon un rapport d’avril du Congressional Research Service (CRS), organe d’expertise du Congrès américain.

Moscou s’intéresse également au stratégique port de Lomé, « le plus profond d’Afrique de l’Ouest avec ses 17 mètres  », qu’elle envisage comme un hub logistique pour écouler ses marchandises vers le Togo mais aussi les pays enclavés du Sahel, expliquait l’ambassadeur russe au Togo et au Bénin, Igor Evdokimov, dans une interview en mars.

Pour accompagner cette stratégie, la Russie veut construire une ligne ferroviaire reliant le port de Lomé à l’intérieur du pays, voire jusqu’à la frontière burkinabè, ainsi qu’un projet d’oléoduc sur le même axe, détaillait le diplomate russe.

Moscou mise également sur le soft power pour asseoir son influence au Togo: nomination prochaine d’un ambassadeur résident, plus de bourses d’études, bientôt un centre d’enseignement du russe et des concerts d’artistes du conservatoire de Moscou à Lomé.

La Russie étend sa coopération et sa présence

« On voit bien que la Russie étend sa coopération et sa présence. Mais de notre côté, ce qu’on propose, c’est du concret », assurait à l’AFP un conseiller de Jean‑Noël Barrot en marge de sa visite à Lomé. « On n’a pas de soucis pour la diversification des partenariats. C’est à nous de démontrer que notre offre est la meilleure », ajoute une diplomate de la délégation.

Un message que la visite de Jean‑Noël Barrot à Lomé visait précisément à illustrer, avec à la clé des projets tangibles sur des financements français, comme la rénovation d’un CHU doté d’équipements de pointe ou le lancement d’une école d’excellence en programmation et intelligence artificielle.

Pour le politologue Madi Djabakate, « dans cette compétition d’influence, Moscou progresse moins par sa puissance économique que par son efficacité narrative et psychologique: discours anti-occidental, défense de la souveraineté étatique, rejet des injonctions démocratiques et offre de coopération sécuritaire rapide. » « De notre côté nous sommes fiables et on s’inscrit dans la durée », assure la diplomate française.

Selon plusieurs spécialistes du Sahel, la présence russe n’empêche pas les jihadistes de progresser dans la région, notamment au Mali où les Russes n’ont pu défendre la ville-symbole de Kidal face aux attaques menées fin avril. Toutefois, Paris ne doit pas ignorer « une opinion publique togolaise de plus en plus sensible aux discours critiques de la +Françafrique+ », prévient Madi Djabakate.

Représenté par le président de l’Assemblée nationale au sommet franco-africain Africa Forward de Nairobi début mai, le dirigeant togolais Faure Gnassingbé, est attendu fin octobre à Moscou pour un sommet Russie-Afrique.

© Agence France-Presse

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