À Paris, un nouvel acte du soutien européen à l’Ukraine s’est joué mardi : Européens et Américains ont scellé un accord de principe sur des garanties de sécurité destinées à Kiev, applicables une fois un cessez‑le‑feu conclu avec la Russie.
Un signal politique fort, censé préparer l’après‑guerre et rassurer Kiev sur la solidité du soutien occidental.Mais derrière cette unité affichée, une zone d’ombre subsiste : Washington reste évasif sur la nature exacte de son engagement.
Cette prudence américaine, déjà visible lors des précédentes discussions, montre que la coalition avance sur un terrain sensible.Et dans cet espace où chaque mot engage, Washington choisit de conserver une large marge de manœuvre.
Dans une « Déclaration de Paris », les 35 pays de la « Coalition des Volontaires », majoritairement européens, ont acté le principe d’un déploiement multinational en Ukraine.
Et ils se disent prêts à surveiller le cessez‑le‑feu sous leadership américain, une fois un accord de paix conclu avec Moscou — une perspective qui reste, pour l’heure, très incertaine.
Emmanuel Macron a salué, à l’issue de la réunion à l’Élysée, une déclaration qui reconnaît « pour la première fois » une « convergence opérationnelle » entre la Coalition, l’Ukraine et les États‑Unis. Et surtout, un accord assorti de garanties de sécurité jugées « robustes ».
Il a martelé que ces garanties de sécurité sont « la clef » pour éviter qu’un accord de paix ne tourne en reddition ukrainienne. Et surtout, pour qu’il ne devienne jamais une nouvelle menace contre l’Ukraine.
– Soutien verbal de Washington –
Emmanuel Macron a aussitôt précisé, sur France 2, que « plusieurs milliers » de soldats français pourraient être envoyés en Ukraine. Et ce, une fois un cessez‑le‑feu conclu avec la Russie. Ainsi, Paris se dit prête à contribuer directement au maintien de la paix.
S’ils affirment vouloir « soutenir » l’initiative, les États‑Unis ne figurent pourtant pas parmi les signataires de la déclaration. Et les contours exacts de leur engagement militaire restent flous.
Donald Trump « soutient fortement ces protocoles de sécurité », conçus pour « dissuader toute attaque » future en Ukraine, a indiqué l’envoyé spécial Steve Witkoff.
« Si l’Ukraine signe un accord de paix définitif, elle doit avoir la certitude qu’elle bénéficiera ensuite d’une dissuasion solide et de véritables filets de sécurité pour empêcher tout retour du conflit », a déclaré Jared Kushner, gendre du président américain.
La force multinationale, préparée depuis des mois, rassemblera les pays volontaires de la Coalition. D’abord, elle sera commandée par les Européens. Ensuite, les États‑Unis apporteront un soutien officiel, selon la déclaration finale de la présidence française. Ainsi, l’architecture opérationnelle se précise.
La contribution américaine en matière de renseignement et de logistique, ainsi que l’engagement des États‑Unis à soutenir la force « en cas d’attaque », figuraient dans le projet de déclaration consulté par l’AFP. Mais ces éléments ne figurent pas dans le texte final.
« Il est important que la coalition dispose aujourd’hui de documents substantiels, et pas seulement de paroles », a déclaré Volodymyr Zelensky.
Mais plusieurs questions « restent ouvertes », a‑t‑il reconnu, notamment celle — ultrasensible — des concessions territoriales réclamées par Moscou.
– La Russie fixe ses conditions –
La balle est désormais dans le camp de la Russie, ont insisté les Européens. Selon Donald Tusk, tout cela « requiert de toute évidence de la bonne volonté du côté de l’agresseur russe ». Un rappel formulé alors que le Kremlin s’est systématiquement opposé à tout déploiement militaire occidental en Ukraine.
Moscou continue de marteler ses exigences territoriales sur l’ensemble du Donbass, région minière et industrielle de l’est de l’Ukraine. Y compris sur les zones encore tenues par l’armée de Kiev.
« Espérons que nous serons en mesure d’arriver à certains compromis », a déclaré Steve Witkoff, qui s’est félicité de « progrès significatifs ».
Le président ukrainien a rappelé que plusieurs « idées » restaient sur la table, dont la démilitarisation de territoires contestés. Et il a proposé que ces pistes soient désormais discutées « au niveau des dirigeants ».
Les contours opérationnels de la force multinationale restent flous.
D’autant que plusieurs pays continuent d’afficher une prudence marquée sur leur contribution.
Comme l’Italie, qui a réaffirmé mardi son refus d’envoyer des soldats en Ukraine. Et comme l’Allemagne, dont les troupes pourraient rejoindre la force multinationale, mais uniquement dans un pays membre de l’Otan, voisin de l’Ukraine, selon le chancelier Friedrich Merz.
– Washington avance ses pions –
L’opération américaine au Venezuela et les déclarations de Donald Trump réclamant une mainmise sur le Groenland, territoire autonome du Danemark, ont également marqué la journée.
Mais les dirigeants européens ont soigneusement évité de répondre aux questions des journalistes sur le sujet, surtout en présence des émissaires américains.
Nouvelle illustration de leur délicat jeu d’équilibriste diplomatique.Mardi, plusieurs pays européens — dont la France, l’Allemagne, le Royaume‑Uni et l’Italie — ont publié une déclaration commune.Objectif : soutenir le Groenland et le Danemark face aux revendications du président américain.
Emmanuel Macron a écarté tout risque de tension avec Copenhague. Sur France 2, il a assuré qu’« aucun scénario » ne placerait les États-Unis dans une situation de violation de la souveraineté danoise au Groenland. Et il a rappelé la solidité des équilibres diplomatiques dans la région.
Plus tard dans la soirée, la porte-parole de la Maison Blanche a déclaré à l’AFP que Donald Trump examinait « plusieurs options » pour acquérir le Groenland. Et parmi elles, figurait même la possibilité « d’utiliser l’armée ».
Les États-Unis ne participent pas à la Coalition des volontaires. Mais leur soutien à Kiev demeure crucial. Washington influence l’équilibre du front diplomatique. Et son niveau d’engagement entraîne, bien souvent, celui des autres alliés.
La perspective d’un cessez-le-feu reste lointaine. Fin décembre, Volodymyr Zelensky rencontre Donald Trump. En parallèle, le président américain multiplie les appels à Vladimir Poutine. Pourtant, rien ne bouge. Moscou maintient ses exigences territoriales. Et les discussions échouent à réduire l’écart entre les positions.
Source: Agence France-Presse












