L’Hôpital Général de Douala a organisé une campagne de consultations gratuites et des examens d’ophtalmologie avec comme plat de résistance la sensibilisation. Le service d’ophtalmologie est resté rempli les 15 et 16 octobre 2026.
Plus de 400 personnes sont passées devant les médecins pour se faire consulter les yeux. Dans une organisation de grands jours, un dispositif a été mis en place pour contenir le flux de patients.
Les yeux sont minutieusement scannés
Sous une tente installée dehors, les patients défilent selon leur numéro d’ordre. Après que le personnel a pris leurs paramètres, les soignants les conduisent dans une salle d’attente à la lumière tamisée. L’équipe appelle chaque patient selon son numéro pour le faire passer devant des appareils de dernière génération, qui scannent minutieusement ses yeux.
Aucun détail n’est négligé. Les médecins se relaient, tandis que les assistantes s’occupent à mettre des collyres dans les yeux des malades consultés. La note est tout simplement bonne : « Je traine un malaise depuis des semaines. A mon réveil, mes yeux sont larmoyants. J’ai donc appris qu’il y a des consultations gratuites ici à l’Hôpital Général de Douala. Je suis venue et on m’a mise devant les machines qui voient le fond des yeux ».
« On prend l’œil gauche et l’œil droit. Vraiment je n’avais pas encore vu cela. Le docteur n’a rien vu de grave. Du moins elle m’a donné quelques conseils pour une bonne hygiène de vue », explique Adeline W.
L’accueil est excellent
Henri M. est venu avec son fils de 3 ans. « Il se gratte beaucoup les yeux. Je suis donc venu avec lui pour avoir le cœur net. L’accueil est excellent. On a donné la priorité aux tout petits enfants. Je ne peux rien vous dire sur le diagnostic. Je sais juste que c’est moins grave son cas », va-t-il nous répondre.
Selon le Dr Jasmine Nyouma, beaucoup de maladies oculaires évoluent à bas bruit et font des dégâts. À ce sujet, l’OMS et l’Agence internationale pour la prévention de la cécité rappellent d’ailleurs qu’au moins 2,2 milliards de personnes vivent avec une déficience visuelle ou une cécité.
Et l’Afrique subsaharienne compte environ 140 millions de personnes qui vivent avec une déficience visuelle. Dans la classification, la cataracte représente près de la moitié des cas de cécité, renseigne l’OMS.
A l’Hôpital Général de Douala, les amétropies ou vices de réfraction, la cataracte, le glaucome. Les complications liées au diabète et à l’hypertension, les conjonctivites. Les anomalies de la surface oculaire. Et des pathologies cérébrales sont les maladies les plus récurrentes. « J’ai eu à dépister un cas de loase dans l’œil, un filaire dans l’œil », informe le Dr Nyouma
Dr Jasmine Nyouma
« Évitez le savon, évitez l’eau salée, parce que les mélanges d’eau salée et le savon, c’est délétère.»
Dr Jasmine Nyouma est ophtalmologue en service à l’hôpital général de Douala, nous l’avons approchée lors de la campagne de consultation gratuite des maladies de la vue organisée du 15 au 16 octobre 2026 par cette formation hospitalière.
Vous consacrez 48 heures à la vue, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas ?
En fait, la sensibilisation sur la santé oculaire, c’est un volet assez méconnu des populations au Cameroun. Beaucoup de maladies oculaires évoluent à bas bruit et font des dégâts quand le diagnostic est fait. Souvent à des stades tardifs, il est trop tard pour ramener la vision.
C’est pour ça qu’il était important pour nous. D’insister à l’occasion de la Journée mondiale de la vue, sur le dépistage des affections oculaires. Il faut savoir que le dépistage que nous faisons est déjà assez prolifique.
Vous parlez des affections oculaires, on est curieux de savoir les différents maux qui pèsent sur l’œil.
Les plus fréquents dans notre contexte, c’est les amétropies. Ça veut dire les vices de réfraction qui nous amènent à porter des lunettes. Il y a le glaucome, la cataracte, les complications liées au diabète et à l’hypertension.
Il y a les conjonctivites, toutes les anomalies de la surface oculaire. Même des pathologies cérébrales qui peuvent impacter la vision. Et qui vont se manifester par une chute de la paupière, ce qui est appelé la ptosis. J’ai eu à dépister un cas de loase dans l’œil, un filaire dans l’œil. Donc, vous voyez l’importance du dépistage.
On a des petites pratiques, on a parfois un ver dans l’œil, on vous dit de prendre un jus de citron, vous y mettez.
Ce conseil de grand-mère, je ne le conseillerais pas. Par contre, vous découvrez un filaire dans l’œil, évitez de manipuler votre œil, vous allez voir l’ophtalmologiste en urgence. Si vous avez, par exemple, des yeux qui deviennent rouges, là, vous n’attendez pas, vous évitez l’automédication, les produits traditionnels, vous allez voir l’ophtalmologiste en urgence. Si vous avez une projection de produits chimiques, etc., il faudra, par contre, laver immédiatement les yeux, pendant au minimum 15 minutes avec de l’eau potable. Et puis vous rendre chez l’ophtalmologue.
On peut y mettre du savon ?
Non ! Évitez le savon, évitez l’eau salée, parce que les mélanges d’eau salée et le savon, c’est délétère. Ça va plus agresser la surface oculaire qu’autre chose.
Alors, docteur, vous avez cité beaucoup de maladies oculaires tout à l’heure. Est-ce qu’il y en a qui sont guérissables ?
En effet, si certaines pathologies oculaires comme les conjonctivites se guérissent parfaitement, d’autres nécessitent une prise en charge à vie. C’est le cas du glaucome : on ne peut pas le guérir, mais le traitement permet de stabiliser la vision **afin d’**éviter l’évolution vers la cécité.
Il y a une pratique très courante, l’opération des yeux. Vous en faites à l’hôpital général, quelles sont les complications pouvant y conduire ?
Vous parlez de la chirurgie de la cataracte qui est la plus répandue au monde. La chirurgie ambulatoire, c’est-à-dire celle qui ne nécessite pas d’hospitalisation. Vous venez, on vous opère, le matin vous rentrez, le même jour chez vous.
Maintenant, cette chirurgie, les complications peuvent dépendre du terrain, c’est-à-dire du malade lui-même, le type de cataracte aussi. Nous en faisons à l’Hôpital Général. Les complications sont connues.
Ça peut être l’infection, la luxation de l’implant, l’hémorragie en cours de chirurgie, l’œdème post-inflammatoire. C’est pour cela qu’après la chirurgie, il ne faut pas disparaître, il faut continuer le suivi chez son ophtalmologue pendant trois semaines à un mois.
Comment faire pour avoir une belle vue ?
Pour préserver une bonne vision, il convient avant tout d’adopter une hygiène de vie saine, ce qui implique notamment d’éviter le tabac et l’alcool. En effet, la consommation d’alcools frelatés s’avère particulièrement redoutable, car elle peut provoquer des intoxications gravissimes pour le nerf optique.
Il faut avoir une alimentation riche en fruits et légumes, vitamines A, B, C, D, E. C’est très bon pour les cellules rétiniennes. Il faut pratiquer de l’exercice physique, un exercice de préférence non violent, d’intensité modérée pendant deux à trois heures au minimum par semaine. Là, je parle de la course, de la marche.
Maintenant, faire les dépistages, les consultations d’ophtalmologie au minimum tous les deux ans. Même s’il n’y a pas de plainte, il faut consulter un ophtalmologiste. Voici les clés pour assurer une bonne vision.
Alors, docteur, vous allez faire deux jours de consultation et après, ça sera quoi ?
À l’issue de ces deux jours de consultation, nous dresserons un bilan statistique des pathologies observées. Puis, nous transmettrons ces données à la délégation de la santé ainsi qu’au programme national de lutte contre la cécité. Cela permet aux soignants de mieux suivre les patients et d’adapter les stratégies de prise en charge.
Et les cas les plus graves, vous allez les traiter, c’est ça, Docteur ?
Pendant la consultation, nous prescrivons d’abord les examens nécessaires aux patients. Ces derniers reviendront ainsi la semaine suivante pour les réaliser, permettant ainsi d’établir un diagnostic définitif. C’est le déroulement normal du parcours de soins.
Certes, ces examens entraîneront un coût pour les patients. Néanmoins, grâce à l’aval de la direction générale, l’équipe appliquera des réductions significatives dès leur retour. Par ailleurs, cette mesure permettra de rendre les soins plus accessibles.











