Sur trois décennies, des élites au nigérianes ont détourné des centaines de millions de dollars de fonds publics pour les blanchir dans l’immobilier américain. C’est ce qu’affirme une ONG dans un rapport publié mardi 22 septembre 2026.
Depuis des décennies, une corruption endémique gangrène le secteur public au Nigeria. Des marchés publics aux recettes pétrolières. En passant, par les interactions quotidiennes avec la police et les fonctionnaires.
Bien qu’il soit le premier producteur de pétrole du continent. Le pays le plus peuplé d’Afrique fait face à une pauvreté qui s’accroît. Avec 63% de pauvres en 2025 selon le FMI.
Les Nigérians se rendent aux urnes en janvier prochain pour élire leur président. Le chef de l’Etat sortant Bola Tinubu étant candidat à sa propre réélection.
Un patrimoine immobilier massif sous les projecteurs
Quelque « 284 biens immobiliers situés aux Etats-Unis. D’une valeur totale de près de 271 millions de dollars. Liés à 61 hauts responsables nigériens, actuels ou anciens », ont été acquis à partir de 1991. Estime l’enquête de l’ONG Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF).
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« Parmi les 61 personnes examinées, 39 ont déjà été publiquement accusées. Inculpées ou condamnées pour corruption », explique l’ONG spécialisée dans la protection des lanceurs d’alerte sur le continent africain. Créée par l’avocat français William Bourdon.
Souvent, les hauts responsables nigériens impliqués ont acquis ces propriétés aux Etats-Unis en leur nom propre ou en celui de leurs conjoints, sans passer par des sociétés écrans ou des montages financiers complexes, décryptent le rapport.
De plus, dans quatre cas sur cinq, les biens ont été achetés « sans financement apparent », c’est-à-dire comptant, ce qui « soulève des soupçons de blanchiment d’argent ».
La coopération internationale qui aurait dû permettre de repérer ces biens « reste limitée », souligne la PPLAAF.
Le coût humain du blanchiment et l’enrichissement des élites
Le Nigeria est le deuxième partenaire commercial africain des États-Unis et des Nigérians et constitue la plus importante diaspora africaine.
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Parmi les officiels impliqués, la PPLAAF a repéré des hauts responsables des différents Etats du pays, des élus, des agences de sécurité et des sociétés publiques.
Le Nigeria est en proie à de nombreuses défis sécuritaires, parmi lesquels des groupes jihadistes actifs depuis dix-sept ans, et des gangs armés : « L’ampleur des dépenses consacrées à la défense et à la sécurité a créé des opportunités persistantes de passation de marchés opaques », note l’ONG qui estime que la « lutte contre Boko Haram continue d’enrichir les élites militaires ».
« Les biens identifiés dans ce rapport ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Et représentent bien plus que de simples malversations financières », conclut le rapport.
« Ils symbolisent des écoles non construites, des hôpitaux en sous-effectif et un réseau électrique incapable d’assurer l’éclairage – le coût matériel et quotidien de la corruption soutenu depuis des décennies par les Nigérians ordinaires ».
« Nous soutenons toute lutte contre la corruption et collaborons avec le gouvernement américain dans ce but », a répondu à l’AFP Daniel Bwala, l’un des porte-parole de la présidence nigériane.












