Un haut responsable de l’État islamique a été abattu au Nigeria lors d’une opération conjointe américano-nigériane. Chef EI Nigeria éliminé : Abou Bilal al-Minuki, sous sanctions américaines depuis 2023, était présenté comme le numéro deux mondial de l’organisation jihadiste par Donald Trump et les deux armées. Sa mort a été confirmée simultanément par les présidents des États-Unis et du Nigeria, dans la nuit du samedi 17 mai 2026.
Une frappe nocturne dans le bassin du lac Tchad
L’assaut a débuté à minuit et s’est achevé avant 04 h 00, heure locale. Les forces nigérianes et américaines ont ciblé un complexe fortifié dissimulé dans le village isolé de Metele, dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria. Cette zone reculée borde le bassin du lac Tchad, espace frontalier partagé avec le Niger, le Tchad et le Cameroun.
Le porte-parole de l’armée nigériane, Sani Uba, a précisé que des renseignements avaient signalé la présence d’Abou Bilal al-Minuki dans cette enclave. Sa cellule terroriste internationale y avait aménagé un dispositif défensif structuré. L’opération a mobilisé des moyens aériens et des unités terrestres, officiellement qualifiée d’« opération air-sol de précision ».
Abou Bilal al-Minuki a été tué avec plusieurs de ses lieutenants. Aucune perte n’a été signalée du côté des forces alliées. L’État de Borno constitue l’épicentre d’une insurrection armée qui dure depuis dix-sept ans.
Chef de l’EI au Nigeria éliminé : le profil d’un coordinateur mondial
Abou Bilal al-Minuki n’était pas un commandant régional parmi d’autres. Les forces de défense nigérianes et le Commandement américain pour l’Afrique (Africom) le décrivent comme une « figure opérationnelle et stratégique » à l’échelle internationale.
Son rôle au sein de l’État islamique dépassait largement les frontières nigérianes. Il conseillait les entités de l’EI présentes à l’extérieur du pays sur les opérations médiatiques, la guerre économique et le développement de capacités militaires. La fabrication d’armes, d’explosifs et de drones faisait partie de son périmètre direct.
L’Africom lui attribue « un lourd passé d’implication dans la planification d’attentats et la direction de prises d’otages ». Sa mort « élimine un maillon essentiel par lequel l’État islamique coordonnait et dirigeait ses opérations dans différentes régions du monde », selon les forces de défense nigérianes. Cette formulation illustre l’importance stratégique de la cible.
Les États-Unis l’avaient placé sous sanctions en 2023 pour ses liens avec l’organisation jihadiste. Donald Trump et les armées des deux pays le présentaient comme le numéro deux mondial de l’EI. Aucune autre personnalité du groupe n’avait reçu cette désignation publique conjointe.
Ancien haut responsable de Boko Haram, Abou Bilal al-Minuki était lié à l’enlèvement de plus de 100 écolières à Dapchi, dans l’État de Yobe, en 2018. Cet épisode avait provoqué un choc profond au Nigeria. Il avait également mis en lumière l’imbrication entre les réseaux de Boko Haram et ceux de l’État islamique.
La présidence nigériane a voulu écarter tout doute sur l’identité du jihadiste abattu. Des médias locaux avaient rappelé qu’en 2024, l’armée avait annoncé la mort d’un chef islamiste portant un nom similaire. Abuja a confirmé sans ambiguïté : l’homme tué samedi était bien Abou Bilal al-Minuki.
Les présidents Trump et Tinubu revendiquent l’opération
Donald Trump a été le premier à s’exprimer. Depuis son réseau Truth Social, il a déclaré : « Sur mes instructions, les courageuses forces américaines et les forces armées du Nigeria ont mené à la perfection une mission méticuleusement planifiée et très complexe afin d’éliminer du champ de bataille le terroriste le plus actif au monde. »
Son homologue nigérian, Bola Tinubu, a confirmé « une opération conjointe audacieuse qui a porté un coup dur aux rangs de l’État islamique ». Il a remercié Trump pour son « soutien indéfectible » et dit attendre « avec impatience des frappes plus décisives contre toutes les enclaves terroristes à travers le pays ».
Les forces de défense nigérianes ont décrit Abou Bilal al-Minuki comme « l’un des terroristes les plus actifs du monde ». Cette qualification, partagée par les deux gouvernements, traduit l’importance accordée à cette opération. Elle illustre également la convergence affichée entre Washington et Abuja sur le dossier sécuritaire dans la région.
Chef de l’EI au Nigeria éliminé dans un contexte d’insécurité chronique
Depuis des années, une double menace sécuritaire frappe le nord du Nigeria. Les groupes jihadistes liés à Boko Haram ou à l’État islamique y mènent une insurrection armée depuis 2009. Des bandes criminelles — appelées localement « bandits » — s’y ajoutent, attaquant régulièrement des villages et procédant à des enlèvements massifs contre rançon.
La recrudescence des violences ces derniers mois a accentué la pression sur le gouvernement Tinubu. Donald Trump affirme que les chrétiens nigérians sont « persécutés » et victimes d’un « génocide » perpétré par des « terroristes ». Abuja et la majorité des experts réfutent cette grille de lecture : les violences frappent en général indifféremment chrétiens et musulmans.
L’armée américaine s’était déjà engagée militairement au Nigeria avant cette opération. Le jour de Noël 2025, des frappes avaient ciblé l’État de Sokoto, dans le nord-ouest, visant selon Washington des jihadistes de l’EI. Depuis lors, Washington a déployé des centaines de soldats sur le sol nigérian pour former et appuyer les forces armées locales.
Une coopération renforcée face à des défis persistants
La mort d’Abou Bilal al-Minuki fragilise la structure de commandement de l’État islamique à l’échelle mondiale. En tant que coordinateur entre filiales régionales et direction centrale, il remplissait un rôle difficile à remplacer. Sa disparition prive l’organisation d’un profil capable de relier opérations locales et stratégie globale.
Les heures suivant l’annonce ont pourtant rappelé l’ampleur des défis restants. La police nigériane a rapporté que des jihadistes avaient tué dix-sept de ses hommes la semaine précédente, en attaquant un centre d’entraînement dans le nord-est du pays. Cette information est venue nuancer la portée symbolique de l’opération.
Bola Tinubu a formulé ses attentes sans détour : des frappes plus décisives, contre l’ensemble des enclaves terroristes présentes sur le territoire. La coopération militaire entre Washington et Abuja s’inscrit désormais dans une logique d’engagement durable. Le déploiement de soldats américains au Nigeria marque un tournant structurel dans la relation sécuritaire entre les deux pays.
Source : Agence France-Presse
















