Les frappes israéliennes au Sud-Liban ont repris avec intensité samedi 16 mai, quelques heures après que Washington a annoncé la prolongation d’un cessez-le-feu pour un mois et demi. Une vingtaine de villages ont été touchés dans la journée, poussant des milliers d’habitants à fuir vers Saïda et Beyrouth. La trêve ne change rien pour les Libanais déplacés. Les bombes continuent de tomber sur le sud.
Frappes israéliennes sud Liban : un samedi de bombardements intenses
L’armée israélienne a frappé le sud du Liban samedi. Sa cible déclarée : « des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones » de la région. Des appels à l’évacuation de neuf villages ont précédé les opérations militaires.
Les frappes ont touché une vingtaine de villages dans la journée, selon l’ANI (officielle). L’un d’eux se trouve à plus de 50 kilomètres au nord de la frontière israélienne, un périmètre inédit par rapport aux frappes précédentes. Cette extension du rayon d’action illustre une intensification des opérations dans une zone géographique inédite depuis le début du conflit.
Des habitants ont quitté leurs villages pour rejoindre Saïda, principale ville du sud, et Beyrouth, la capitale, selon l’ANI. Des milliers de Libanais avaient déjà quitté leurs foyers depuis le début de la guerre. Ce nouvel exode a grossi leurs rangs. Des familles entières ont rejoint des centres d’accueil improvisés à travers le pays.
Un bilan de plus de 400 morts depuis le cessez-le-feu du 17 avril
Vendredi, la ville millénaire de Tyr, sur la côte méditerranéenne, a subi des frappes particulièrement destructrices.
Des frappes sur une zone résidentielle ont blessé trente-sept personnes. Israël avait diffusé des avertissements avant de bombarder.
Un correspondant de l’AFP présent sur place a constaté d’importantes destructions sur le site visé, situé à proximité des ruines antiques de la cité côtière. Ibrahim Kahwaji, tailleur dont la boutique se trouve dans le secteur, a été blessé à la jambe lors de l’attaque. « Ils ont détruit le quartier tout entier. Ils vident le sud de sa population. C’est une véritable occupation, nous voulons une solution », dit-il.
Les frappes ont tué six personnes vendredi. Trois d’entre elles travaillaient pour le Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, selon le ministère libanais de la Santé.
Depuis le 17 avril et l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plus de 400 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur le territoire libanais. Ce bilan est établi par un décompte de l’AFP fondé sur des chiffres officiels libanais. Il traduit la fragilité réelle d’un accord qui n’a jamais pleinement mis fin aux violences.
Une trêve prolongée à Washington, violée sur le terrain
Vendredi, lors d’une deuxième journée de pourparlers à Washington entre Israël et le Liban, les États-Unis ont annoncé la prolongation du cessez-le-feu pour un mois et demi supplémentaire. Cet accord, entré en vigueur le 17 avril, devait expirer dimanche sans cette reconduction.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué la prolongation, « exhortant tous les acteurs à respecter pleinement la cessation des hostilités ». Son appel intervient dans un contexte où les violations se succèdent de part et d’autre de la frontière depuis la mise en place de la trêve.
Ces négociations entre Israël et le Liban constituaient la troisième session de discussions depuis le début du conflit. Elles représentent aussi les premières discussions directes entre les deux pays depuis des décennies : Israël et le Liban n’entretiennent pas de relations diplomatiques. Le Hezbollah a rejeté ces pourparlers et a refusé d’y participer.
Les négociations portent notamment sur l’épineuse question du désarmement de la formation chiite, un point central dans tout règlement durable du conflit. C’est précisément sur ce dossier que les positions restent les plus éloignées.
« Ce n’est pas une trêve » : la colère des déplacés du sud
Pour ceux qui ont tout quitté, les annonces diplomatiques sonnent creux. Ali Salamé, 60 ans, a fui le sud du Liban et s’est réfugié dans une école de Beyrouth reconvertie en centre d’accueil pour déplacés. Sa frustration est directe. « Ce n’est pas une trêve puisque les agressions israéliennes se poursuivent sur le sud et ses habitants. Il y a des martyrs, des blessés et des destructions », dit-il à l’AFP.
Nawal Mezher, déplacée du village de Babiliyé dans le sud, partage ce sentiment de trahison. Elle exprime sa méfiance envers les négociations et son attachement au Hezbollah. « De quelle trêve parlent-ils alors qu’ils viennent de menacer les villages et que les gens s’enfuient ? Où est l’État ? Nous sommes avec la Résistance et c’est tout », affirme-t-elle, en référence au Hezbollah pro-iranien.
Ces témoignages dessinent une fracture profonde entre les annonces diplomatiques et la réalité des populations du sud du Liban. Pour de nombreux déplacés, la trêve n’existe que sur le papier.
Frappes israéliennes au sud Liban : le Hezbollah dénonce des « concessions gratuites »
Le Hezbollah a critiqué formellement la prolongation de la trêve dans un communiqué publié samedi. L’organisation chiite estime que la proposition d’instaurer un mécanisme sécuritaire facilité par les États-Unis s’ajoute « à une série de concessions gratuites » « offertes à l’ennemi » par les autorités libanaises. Une attaque directe contre le gouvernement de Beyrouth.
La formation continue de revendiquer des attaques contre l’armée israélienne, dont plusieurs samedi dans le sud du Liban où des soldats israéliens sont déployés. Des tirs visent aussi épisodiquement le nord d’Israël. L’organisation affirme agir en représailles à des violations du cessez-le-feu dans des villages du sud.
Cette double posture — rejeter les négociations tout en poursuivant les opérations militaires — place le gouvernement libanais dans une position délicate face à ses partenaires internationaux.
Guerre régionale : près de 3 000 morts et un million de déplacés depuis le 2 mars
Le 2 mars, le Hezbollah a attaqué Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei. Cette offensive a plongé le Liban dans une guerre régionale. Les frappes du samedi 16 mai en sont le prolongement direct. Depuis cette date, le bilan humain s’est considérablement alourdi.
Près de 3 000 personnes ont été tuées et plus d’un million déplacées, selon les chiffres officiels libanais. Du côté israélien, vingt personnes ont perdu la vie depuis le début des hostilités : dix-neuf soldats et un contractuel travaillant pour l’armée.
Face à cette situation, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a pris position vendredi soir contre le Hezbollah. « Assez d’aventures irresponsables qui servent les intérêts étrangers », a-t-il déclaré, assurant qu’aucun groupe armé ne devait être toléré sur le sol libanais. Une déclaration ferme qui tranche avec la prudence habituelle du pouvoir politique libanais face à la formation chiite.
Source : Agence France-Presse
















