L’Iran bloque les négociations avec Washington à un moment décisif. À deux jours de l’expiration du cessez-le-feu, la télévision d’État iranienne annonce que Téhéran n’a aucun plan pour reprendre les pourparlers. La saisie d’un cargo iranien par la marine américaine dans le golfe d’Oman aggrave une crise déjà au bord de la rupture.
Téhéran ferme la porte aux discussions
La télévision d’État iranienne Irib a publié dimanche une déclaration sans ambiguïté. Téhéran n’a « actuellement pas de plans de participer à la prochaine session de discussions Iran-États-Unis ». Cette annonce intervient à deux jours seulement de l’expiration du cessez-le-feu.
L’agence officielle Irna confirme de son côté l’absence de « perspectives claires de négociations fructueuses ». Les deux déclarations officielles convergent vers la même conclusion.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et chef de l’équipe de négociation, évoque de son côté « de nombreuses divergences ». Plusieurs médias iraniens précisent en parallèle la condition avancée par Téhéran : la levée du blocus naval américain constituerait un préalable indispensable à toute reprise des pourparlers. Cette exigence campe Téhéran dans une posture de refus tant que Washington maintient son dispositif naval.
La marine américaine saisit le cargo Touska
La saisie d’un cargo iranien dans le golfe d’Oman, annoncée dimanche, a immédiatement durci la situation. Battant pavillon iranien, le navire Touska « a tenté de franchir notre blocus maritime, et mal lui en a pris », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social. L’épisode survient précisément au moment où Téhéran subordonnait toute discussion à la levée de ce même blocus.
L’état-major iranien a répondu sans délai. Son porte-parole promet de « riposter bientôt » contre cet « acte de piraterie armée ». La saisie d’un navire battant pavillon national constitue pour Téhéran une violation directe du droit international maritime.
Cette escalade rend la condition préalable de Téhéran plus incontournable encore. Les incidents en mer réduisent la marge de manœuvre des diplomates des deux camps. La reprise des pourparlers s’éloigne à mesure que les accrochages se multiplient.
L’Iran bloque les négociations : la délégation américaine en route vers Islamabad
Donald Trump a annoncé dimanche l’envoi au Pakistan d’une délégation de haut niveau, malgré l’incertitude sur la participation iranienne. Le vice-président JD Vance dirigera la mission aux côtés de l’émissaire Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président américain. Leur arrivée est prévue lundi soir à Islamabad.
Ce déplacement n’est pas une première. JD Vance avait déjà conduit une délégation à Islamabad le 11 avril pour des discussions présentées comme inédites par leur niveau. Ces pourparlers ont débouché sur un échec.
Sur Truth Social, Donald Trump a qualifié son offre de « deal raisonnable ». Il a précisé qu’en cas de refus, « les États-Unis détruiraient toutes les centrales électriques et tous les ponts en Iran ». La menace vise explicitement des infrastructures civiles iraniennes.
À Islamabad, des journalistes de l’AFP ont constaté dimanche un renforcement visible du dispositif sécuritaire. Des routes fermées, des barbelés et des barricades se multiplient près des hôtels les plus sécurisés de la capitale pakistanaise. La préparation logistique contraste avec l’incertitude diplomatique entourant la tenue des pourparlers.
Détroit d’Ormuz : les passages tombent à zéro
Le détroit d’Ormuz reste au centre des tensions entre Washington et Téhéran. L’Iran a annoncé samedi reprendre « le strict contrôle » du détroit, revenant sur la décision de la veille d’en autoriser le passage. Selon le site Marine Traffic, les transits étaient réduits à zéro dimanche.
Vendredi, en rouvrant le détroit, Téhéran espérait que « les États-Unis répondraient en levant le blocus », analyse Vali Nasr, professeur en relations internationales à l’université américaine Johns Hopkins. Washington n’a pas levé le blocus. Le maintien du dispositif naval a alimenté la méfiance iranienne.
Avant la saisie du Touska, Donald Trump avait dénoncé des attaques attribuées à l’Iran contre plusieurs navires commerciaux tentant de traverser le détroit. Un navire de la compagnie CMA CGM a ainsi essuyé des « tirs de semonce » samedi, a indiqué à l’AFP le groupe français de transport maritime.
Réactions : experts et dirigeants prennent position
Le maintien du blocus américain « n’a fait que nourrir la suspicion de l’Iran », souligne Vali Nasr sur X. Pour ce spécialiste de Johns Hopkins, Téhéran craint désormais que les discussions d’Islamabad « ne soient qu’une ruse diplomatique avant une autre attaque militaire ».
Le président iranien Massoud Pezeshkian a réagi dimanche avec vigueur. « Trump dit que l’Iran ne doit pas faire usage de ses droits nucléaires (…) Qu’est-ce qui lui prend de vouloir priver l’Iran de ses droits ? », a-t-il déclaré, cité par l’agence Isna.
Donald Trump affirme de son côté que l’Iran a accepté de remettre son uranium hautement enrichi, un enjeu jugé crucial dans les négociations. Téhéran dément catégoriquement cette version. Les deux capitales livrent des lectures radicalement opposées de l’état des discussions.
Téhéran défend son droit au nucléaire civil et nie formellement vouloir se doter de l’arme atomique. Ce désaccord fondamental sur le volet nucléaire reste le principal obstacle à toute avancée diplomatique.
L’Iran bloque les négociations : le front libanais en suspens
Au Liban, la situation demeure très instable malgré un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Hezbollah, entré en vigueur vendredi. Les deux parties se sont mutuellement accusées de violations. Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a annoncé que l’armée utiliserait « toute sa force » en cas de « quelconque menace » contre ses troupes.
Katz a par ailleurs affirmé à plusieurs reprises qu’Israël démolirait des maisons le long de la frontière pour établir une « zone de sécurité ». L’Agence nationale d’information libanaise (ANI) signale que les destructions se poursuivent dans des localités frontalières. Sur le terrain, les populations civiles subissent l’incertitude.
« Nous ne savons pas ce qu’il va advenir, je ne sais pas si je dois réparer mon magasin ou si les bombardements vont reprendre », témoigne Ali Assi, propriétaire d’une boutique de vêtements à Nabatieh, dans le sud du pays.
À quarante-huit heures de l’expiration du cessez-le-feu irano-américain, aucun des deux camps n’a confirmé sa participation aux pourparlers d’Islamabad. Washington et Téhéran se renvoient mutuellement la responsabilité des violations. Les incidents maritimes et les divergences nucléaires réduisent chaque jour la marge de manœuvre diplomatique.
Source : Agence France-Presse
















