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Pakistan médiateur entre Iran et Washington : le maréchal Munir, artisan d’une diplomatie de crise

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Pakistan médiateur entre Iran et Washington : le maréchal Asim Munir s’est imposé comme la clé de voûte d’un processus diplomatique inédit. Depuis plusieurs jours, Islamabad mène une double offensive au Moyen-Orient pour rendre possible un second cycle de négociations entre les États-Unis et l’Iran. Ces pourparlers pourraient se tenir cette semaine dans la capitale pakistanaise.

Un Pakistan en première ligne des négociations

Depuis plusieurs jours, responsables militaires et civils pakistanais multiplient les déplacements au Moyen-Orient. Leur objectif commun est de rendre possible un second cycle de pourparlers entre Washington et Téhéran. La mobilisation est totale et coordonnée.

Le maréchal Asim Munir, chef des forces armées du Pakistan, s’est rendu à Téhéran mercredi. Les dirigeants iraniens ont précisé qu’ils portaient avec eux les propositions américaines pour d’éventuelles nouvelles discussions. Ce voyage place Munir au cœur du canal diplomatique le plus direct entre les deux capitales.

En parallèle, le Premier ministre Shehbaz Sharif et son ministre des Affaires étrangères ont conduit une tournée diplomatique express. Ils ont rencontré leurs alliés régionaux : l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Ces consultations visent à sécuriser l’environnement régional nécessaire à la poursuite du dialogue.

La simultanéité des deux missions révèle la nature de la politique étrangère pakistanaise. C’est ce que l’on désigne souvent, à Islamabad, comme un « régime hybride » : une articulation précise entre autorité civile et décision militaire. Dans cette architecture, le maréchal Munir ne tient pas un rôle parmi d’autres. Il tient le rôle principal.

« La synergie qui s’opère actuellement porte ses fruits », observe Sheharyar Khan, directeur exécutif du Forum national pour le dialogue, basé à Islamabad. « Et pour poursuivre sur cette lancée, toute cette synergie sera nécessaire », poursuit-il.

Pakistan médiateur entre Iran et Washington : un tournant dans l’histoire diplomatique

Asim Munir était l’un des deux médiateurs pakistanais présents lors du premier cycle de pourparlers entre les États-Unis et l’Iran. Ces discussions se sont tenues à Islamabad le 11 avril. Elles n’ont pas débouché sur un accord.

Malgré cet échec à conclure, elles ont marqué une rupture historique. Pour la première fois depuis la Révolution islamique de 1979, Washington et Téhéran ont négocié directement, à un niveau sans précédent dans l’histoire des deux pays. Cinq décennies de relations rompues venaient, le temps d’une session, de se rouvrir.

À l’issue de ce premier cycle, les canaux de communication sont restés ouverts via le Pakistan. Islamabad a immédiatement saisi cette dynamique. Les dirigeants pakistanais ont fait pression pour organiser un second cycle dans leur capitale.

Dimanche, les autorités ont considérablement renforcé la sécurité à Islamabad, signal visible d’une préparation logistique en cours. Le même jour, le président Donald Trump a annoncé l’envoi d’une délégation américaine dans la capitale pakistanaise dès le lundi. Le calendrier diplomatique converge désormais vers Islamabad.

L’armée pakistanaise entre consolidation et contestation

La montée en puissance d’Asim Munir sur la scène internationale s’inscrit dans un contexte intérieur tendu. Elle coïncide avec une consolidation marquée du pouvoir militaire au Pakistan.

Cette consolidation lui a valu une immunité juridique sans précédent et un mandat prolongé à la tête des forces armées. L’armée dans son ensemble a étendu son emprise sur la gouvernance du pays.

Des voix s’élèvent. Critiques et opposition affirment que ces évolutions, couplées à des réformes constitutionnelles d’envergure, ont affaibli les institutions démocratiques pakistanaises. L’armée, pour sa part, nie toute ingérence dans le domaine civil.

Ces démentis s’inscrivent dans une histoire longue et documentée. Depuis l’indépendance en 1947, les militaires ont gouverné le Pakistan pendant près de la moitié de son existence, à travers une succession de coups d’État. Ce rapport historique au pouvoir colore la lecture que les observateurs portent sur chaque initiative internationale venue d’Islamabad.

Réactions : la confiance personnelle de Munir, atout central

Au sein du dispositif diplomatique pakistanais, c’est vers Asim Munir que tous les regards convergent. Un responsable pakistanais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, juge sa visite en Iran « importante » pour ramener les deux parties à la table des négociations.

« Ce ne sont pas les dirigeants politiques qui prennent les décisions dans ce genre de situation, mais les dirigeants militaires », affirme ce responsable. « L’accord est presque conclu. (Munir) est la seule personne capable de convaincre les Iraniens de conclure un accord — et cela tient au niveau de confiance qu’il inspire », ajoute-t-il.

Sheharyar Khan, directeur exécutif du Forum national pour le dialogue, décrit sans détour la structure réelle du pouvoir en jeu. « Qui est la personne capable d’obtenir des résultats ? Qui est l’homme fort ? Qui tire les ficelles ? Qui est aux commandes ? C’est évidemment M. le maréchal », affirme-t-il.

Muhammad Saeed, général pakistanais à la retraite, apporte un éclairage précis à l’AFP. Le maréchal entretient selon lui une « communication directe » avec les dirigeants américains pour négocier les points d’achoppement dans le dialogue avec l’Iran. « Sa présence permet aux deux parties de se rapprocher », conclut le général Saeed.

Pakistan médiateur entre Iran et Washington : Munir et Trump, un axe stratégique

La position d’Asim Munir dans cette médiation repose également sur une relation personnelle construite avec Donald Trump. Le président américain qualifie régulièrement le maréchal de son « maréchal préféré ». Cette proximité affichée s’est forgée depuis un conflit bref mais intense entre le Pakistan et l’Inde l’année précédente.

Cette relation directe avec la Maison Blanche confère au maréchal pakistanais une position stratégique rare. Il incarne aux yeux de Washington un interlocuteur fiable, porteur d’un message que peu d’autres peuvent acheminer.

Adam Weinstein, directeur adjoint du programme Moyen-Orient au Quincy Institute de Washington, analyse cette configuration. « Munir s’est concentré sur l’Iran car c’est l’acteur clé et qu’il est considéré comme ayant la relation la plus étroite avec Trump », explique-t-il.

Cette double crédibilité — auprès de Washington d’un côté, de Téhéran de l’autre — place le Pakistan dans une position de médiateur que peu de capitales peuvent revendiquer. Islamabad parle aux deux parties. Les deux parties semblent l’écouter.

La semaine qui s’ouvre dira si cette confiance accumulée suffit à produire un accord. Les délégations convergent vers Islamabad. L’enjeu dépasse largement les frontières pakistanaises.

Source : Agence France-Presse

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