CIA – Cuba panne électrique : la journée du 15 mai 2026 à La Havane conjugue diplomatie discrète et effondrement énergétique. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a rencontré de hauts responsables cubains pour un dialogue politique inédit entre deux adversaires idéologiques. Simultanément, sept des quinze provinces de l’île se retrouvaient privées d’électricité, certaines pendant plus de vingt heures.
Une visite au plus haut niveau de la CIA à La Havane
Le directeur de la CIA a posé les pieds à La Havane jeudi. John Ratcliffe a rencontré de hauts responsables du ministère cubain de l’Intérieur lors d’une réunion qualifiée d’exceptionnelle par les autorités de l’île.
L’agence américaine de renseignement, sollicitée par l’AFP, n’a pas confirmé la rencontre dans l’immédiat. Les autorités cubaines ont été les premières à en rendre compte publiquement.
Cette visite n’est pas sans précédent immédiat. Une première rencontre de haut niveau avait déjà eu lieu à La Havane le 10 avril. C’était la première fois qu’un avion gouvernemental américain se posait dans la capitale cubaine depuis 2016.
Les deux parties se retrouvaient donc pour une seconde fois en cinq semaines. Ce rythme tranche avec des décennies de relations gelées entre Washington et La Havane. La rencontre visait à « contribuer au dialogue politique » entre les deux pays, selon les autorités cubaines.
Jeudi, La Havane a affirmé que les échanges ont permis de démontrer « catégoriquement que Cuba ne constitue pas une menace pour la sécurité nationale des États-Unis Le gouvernement cubain a également assuré « qu’il n’existe aucune base militaire ou de renseignement étrangère sur son territoire ».
Cette précision répond directement aux allégations américaines de présence de bases d’écoute chinoises sur l’île. Washington n’a pas commenté ces déclarations jeudi.
CIA – Cuba : panne électrique – deux crises simultanées
Pendant que les délégations négociaient, l’île s’enfonçait dans le noir. Jeudi matin, sept des quinze provinces cubaines ont été déconnectées du réseau électrique national. En fin de journée, quatre d’entre elles n’avaient toujours pas été reconnectées.
La compagnie électrique cubaine a annoncé une nouvelle panne de la centrale thermoélectrique Antonio Guiteras. Cette installation se situe à environ cent kilomètres de La Havane. Elle constitue la plus grande source d’électricité du pays et a subi une défaillance en raison « d’une fuite dans la chaudière ».
La situation énergétique de Cuba se dégrade depuis la mi-2024. Elle a franchi un seuil critique avec le blocus pétrolier imposé par Washington depuis janvier 2026. Le pays de 9,6 millions d’habitants n’a plus de réserves de diesel ni de fioul.
Depuis fin janvier, un seul pétrolier russe chargé de brut a été autorisé à accoster à Cuba. Sa cargaison est aujourd’hui épuisée. Aucun autre approvisionnement n’est annoncé dans l’immédiat.
Donald Trump avait menacé de représailles tout pays souhaitant fournir ou vendre du pétrole à l’île caribéenne. Cette pression a dissuadé les fournisseurs potentiels. Cuba se retrouve ainsi isolée sur le plan énergétique, dans une spirale de pannes de plus en plus longues.
Blocus américain : des sanctions durcies depuis janvier
L’escalade des sanctions contre Cuba résulte d’une décision politique directe de Donald Trump. Fin janvier, il a signé un décret présidentiel qualifiant Cuba d' »extraordinaire menace » pour les États-Unis Ce texte a fourni la base juridique au renforcement de restrictions déjà très contraignantes.
Cuba est soumise à un embargo américain depuis 1962. Les nouvelles sanctions ont encore réduit les marges de manœuvre de l’île. Washington a imposé un blocus pétrolier de facto, ciblant directement le secteur énergétique.
L’île caribéenne se situe à 150 kilomètres des côtes de Floride. Malgré cette proximité géographique, l’administration américaine n’a montré aucune intention d’assouplir sa position.
La Havane tient Washington directement responsable de l’état critique du réseau électrique. Les États-Unis réfutent cette analyse. Ils attribuent la crise à une mauvaise gestion économique interne.
La tension entre ces deux lectures de la situation complique toute négociation. Tant que les responsabilités ne sont pas reconnues, les solutions structurelles restent hors de portée.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a résumé la position de Washington sans détour. « C’est une économie ruinée et dysfonctionnelle, et il est impossible de la changer. J’aimerais qu’il en soit autrement », a-t-il déclaré mercredi soir.
Colère populaire et ouverture conditionnelle de La Havane
La capitale cubaine a vécu une nuit agitée entre mercredi et jeudi. Les habitants de La Havane ont exprimé leur exaspération face à des délestages répétés. Certains ont tapé sur des casseroles, d’autres ont mis le feu à des poubelles dans les rues.
Des coupures d’électricité pouvant dépasser vingt heures alimentent une colère croissante. La tension sociale monte dans un pays déjà frappé par une crise économique profonde.
Face à cette pression, le gouvernement cubain a signalé une ouverture prudente. Le président Miguel Diaz-Canel s’est dit « prêt » à examiner une proposition d’aide financière de 100 millions de dollars présentée la veille par Washington.
Cette aide est assortie d’une condition posée par les États-Unis : elle devra être distribuée par l’Église catholique, sans transiter par le gouvernement cubain. Diaz-Canel a estimé qu’elle ne rencontrerait « pas d’obstacles » si elle remplit les « standards » internationaux de l’aide humanitaire.
Le président cubain a néanmoins posé ses priorités clairement. Une levée du « blocus » imposé par Washington serait, selon lui, une façon « plus simple » d’aider l’île. Cette déclaration résume la position de La Havane : les concessions symboliques ne remplacent pas un allègement des contraintes structurelles.
La libération d’une dissidente cubaine s’est ajoutée au tableau. Washington s’est félicité jeudi du départ en exil de Sissi Abascal, condamnée à six ans de prison pour sa participation aux manifestations du 11 juillet 2021. L’ONG Cubalex a précisé qu’elle était membre du mouvement des Dames en blanc.
CIA – Cuba panne électrique : les obstacles à une sortie de crise
L’équation cubaine demeure difficile à résoudre. Washington exige des garanties précises sur la distribution de toute aide et la transparence des autorités. La Havane conditionne toute avancée réelle à un allégement des sanctions.
Entre ces deux positions, l’espace de manœuvre reste étroit. Les rencontres de haut niveau représentent pourtant un progrès significatif par rapport au gel diplomatique des dernières décennies.
Sur le plan énergétique, le retour à la normale est encore lointain. Les quatre provinces toujours déconnectées en fin de journée jeudi illustrent l’ampleur du problème. Sans approvisionnement en carburant, les centrales ne peuvent pas fonctionner normalement.
Cuba fait face à une crise structurelle qui dépasse les seuls enjeux diplomatiques. Les délestages prolongés, l’absence de carburant et l’état dégradé des infrastructures forment un ensemble difficile à résoudre rapidement.
La rencontre du 15 mai 2026 laisse pourtant une porte entrouverte. Les deux adversaires continuent de se parler au plus fort de la crise. Ce dialogue reste fragile, et ses résultats concrets sont encore à venir.
Source : Agence France-Presse
















